‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 14 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Grecs; chez les Romains, le désir de la domination universelle, le rêve de la grandeur et de l'éternité de Rome. Dans ces diverses civilisations, il n'y a place que fortuitement pour les inspirations du pessimisme. L'ardeur virile au combat de la vie dans ces races énergiques et neuves, la passion des grandes choses, la puissance et la candeur vierge des nobles espoirs que l'expérience n'a pas flétris, le sentiment d'une force qui ne connaît pas encore ses limites, la conscience toute fraîche que l'humanité vient de prendre d'elle-même dans l'histoire récente du monde, tout cela explique la foi profonde des anciens dans la possibilité de réaliser ici-bas la plus grande somme de bonheur ; tout cela est juste à Topposé de cette théorie moderne qui semble être le triste apanage d'une humanité vieillie, la théorie de l'universelle et irrémédiable douleur. En revanche et par contraste avec le monde antique, on ne saurait nier qu'il y ait des influences et des courants de pessimisme dans certaines sectes qui ont plus ou moins fidèlement interprété la doctrine chrétienne.

18 LE PESSIMISME AU IXe SIÈCLE.

Peut-on douter, par exemple, que telle pensée de Pascal ou telle page des Soirées de Saint-Pétersbourg ne trouvent leur place, comme des illustrations d'idée ou de style, à côté des analyses les plus amères de la Philosophie de V Inconscient, ou parmi les canzoni les plus désespérées de Leopardi ? Ce rapprochement ne semblera forcé à aucun de ceux qui savent que le pessimisme du poète italien a revêtu d'abord la forme religieuse. 11 y a dans le christianisme un côté sombre, des dogmes redoutables, un esprit d'austérité, de dépouillement, d'ascétisme même, qui n'est pas toute la religion sans doute, mais qui en est une partie essentielle, un élément radical et primitif, avant les atténuations et les amendements qu'y apportent sans cesse les complaisances du moi naturel ou les affaiblissements de la foi. D'ailleurs chacun fait un peu la religion à son image et y. met le pli particulier de son esprit. Le christianisme vu exclusivement de ce côté et sous cet aspect comme une doctrine d'expiation, comme une théologie des larmes et de l'épouvante, a

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