‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 153 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

digne de la pensée qui ne s'enivre pas d'ellemême : la résignation.

Seulement ce mot, sublime et fier dans sa tristesse, plus grand que toutes les chimères de la révolte, ce mot peut être compris de deux manières bien différentes. Il y a, parmi les résignés, ceux qui, avant compris l'inutilité de la lutte contre la force des choses, se vengent par le mépris de leur impuissance : c'est Leopardi, par exemple, sentant que la lutte est vaine et y renonçant, n'attendant rien delà vie, ni de Dieu, ni des hommes, vivant dans une sorte de stoïcisme hautain et répétant avec une amertume passionnée cette plainte qui résume sa poésie : « A quoi bon la vie, si ce n'est à la mépriser? » — Il y a, parmi ceux qui pensent dans la foule humaine, une autre classe de résignés, ce sont ceux qui, sans tout comprendre, ne nient rien de partipris, qui, sans trop attendre de la vie, essaient de l'améliorer sinon pour eux-mêmes, du moins pour les autres et pour ceux qui viendront après eux ; qui agissent comme si leurs œuvres devaient avoir des suites, s'efforçant

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d'agir le mieux possible, persuadés que les résultats de l'action bonne ne seront pas anéantis et deviendront une semence d'actions meilleures encore et des germes de progrès ; qui espèrent que rien ne se détruira dans le monde moral pas plus que dans le monde physique, considérant chacun de nous comme l'humble architecte de ce monde moral qui grandit toujours ; ceux enfin, qui croient que l'idéal qui règle le mouvement de leur pensée n'est pas seulement une belle chimère, et que cette force mystérieuse n'agit si profondément sur la conscience et le cœur de l'humanité que parce qu'elle émane d'un principe vivant d'ordre et d'harmonie qu'ils pressentent sous les nuages de la vie, qu'ils recherchent dans les profondeurs voilées de l'univers comme dans la marche mystérieuse de l'histoire. — H y a ainsi deux sortes de résignations bien différentes : celle qui nie le progrès et la réalité de l'idéal, proclamant la souveraineté de la force et du hasard dans toutes les régions de l'être, et la résignation virile à la vie parce qu'elle peut être amé-

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