‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 154 sur 167 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

liorée, àl'action parce qu'ellepeut être féconde, à la moralité et au progrès parce que l'humaviité comme l'univers doit avoir une fin divine. Est-ce le désespoir et la mort qui ont raison, ost-ce la vie et l'espérance ?

M. de Hartmann raille quelque part, avec une verve implacable, la vanité de ces espoirs et proclame bien haut l'indifférence souveraine de la philosophie à l'égard de la plainte humaine. « La philosophie, nous dit-il , ne doit à l'homme ni une consolation, ni une espérance : de tels besoins trouvent leur satisfaction dans les manuels de piété. La philosophie n'a pas à se préoccuper de savoir si ce qu'elle trouve plaî' ou non au jugement sentimental des foules instinctives. Elle est dure et insensible comme la pierre. Elle ne vit que dans léther de la pure pensée, et ne poursuit que la froide connaissance de ce qui est, des causes et de l'essence des choses. Si l'homme n'est pas assez fort pour supporter ce régime de la pensée pure, si son cœur se glace d'horreur ou se brise de désespoir devant la vérité entrevue, si sa volonté se dissout dans le découragement,

la philosophie enregistre ces faits comme des données précieuses pour ses recherches psychologiques. Elle n'observe pas avec moins d'intérêt les dispositions plus énergiques et toutes contraires avec lesquelles d'autres âmes ac ceptent la vérité : soit l'indignation et la colère qui font grincer des dents, soit la rage froide et contenue qu'inspire le carnaval insensé de la vie, soit la fureur méphistophélique qui se répand en plaisanteries funèbres sur ce fiasco de l'existence, et jette une égale et souveraine ironie sur les dupes enivrées de leurs illusions et sur les victimes qui se lamentent; ou bien enfin l'effort de ceux qui luttent contre la fatalité pour sortir de cet enfer par une suprême tentative d'affranchissement. — Quant à la philosophie elle-même, elle reste impassible, ne voyant dans le malheur sans nom de l'existence que la manifestation de la folie du vouloir, qu'un moment transitoire du développement théorique du système1 ».

Oui, sans doute, dirons-nous, la philosophie

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