CHAPITRE VIII
attacher à la vie par des liens imaginaires. — Des illusions, toutes ces idées, tous ces sentiments qui renaissent sans cesse dans le cœur de l'homme, même après tant de tentatives multipliées pour les détruire? — Des ruses de l'Inconscient, dites-vous? mais qu'est-ce donc que cet Inconscient qui travaille contre lui-même, qui s'applique si ingénieusement à se tromper, dupe éternelle de sa propre fraude? Tout cela est mille fois plus inintelligible que ce que vous prétendez détruire. Là où vous ne voulez voir que des fraudes gigantesques , nous croyons qu'il y a de grands faits psychologiques, permanents, éclatants de vitalité, indestructibles. Ce sont des bases d'induction pour une philosophie sans parti-pris. Qui a tort, de vous ou de nous? — On nous dit : Pures chimères que tout cela! l'homme a toujours voulu croire à ce qu'il a désiré ; la force de son désir crée l'objet de son désir. Mais d'où viennent donc le désir lui-même et sa force toujours renaissante, et l'invincible élan de nos passions les plus nobles, et qu'est-ce qu'une philosophie qui n'en tiendrait pas compte?
$,$2 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE. •
Dans cet ordre de problèmes, ni le mépris ni la colère ne résolvent rien, et si la nature est plus vaste, plus haute, plus profonde que le système, eh bien ! tant pis pour le système ! Cela ne fait rien aux choses que l'on se fâcho contre elles, et s'il y a un désaccord entre la réalité humaine et les théories, à coup sûr ce n'est pas la réalité qui a tort.