‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 158 sur 167 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le système nerveux : il devient une véritable maladie. L'optimisme et le pessimisme sont donc, avant tout, une affaire de tempérament, d'hérédité morbide, d'humeur et de nerfs. Il faut aussi faire la part du caractère proprement dit, bien que le tempérament y entre comme un élément essentiel, de l'exercice et du développement de la volonté, plus ou moins disposée à entrer en lutte avec le dehors, à endurer la peine, à l'envisager en face et sans effroi. Il se trouve ainsi qu'il y a des tempéraments optimistes et des tempéraments pessimistes, des caractères heureux et des caractères malheureux, des sensibilités plus ou moins craintives et douloureuses, des natures d'esprit enfin disposées à des appréciations tout à fait contraires, à propos des mêmes faits. Les événements et les situations de la vie revêtent deux aspects très-différents, prennent deux teintes opposées, selon qu'ils se présentent aux uns ou aux autres, aux uns tout prêts d'avance à des interprétations favorables, aux autres enclins à trouver toujours tout en défaut, les hommes et la vie (fault-finding).

Il y a là des observations justes et fines. J'en rapprocherai volontiers celle d'un illustre chimiste, devant lequel nous nous entretenions de cette question du pessimisme et qui la résumait ainsi en la ramenant à des termes fort simples : selon lui, cette philosophie avec ses tristes visions était la philosophie naturelle des peuples qui ne boivent que de la bière. « Il n'y a pas de danger, ajoutait-il, qu'elle s'acclimate jamais dans les pays de la vigne ni surtout en France ; le vin de Bordeaux éclaircit les idées et le vin de Bourgogne chasse les cauchemars. » C'est la solution chimique de la question à côté de la solution physiologique de M. James Sully.

Ce sont là des explications qui ont leur prix; mais il reste bien des obscurités encore. Il y a eu de tout temps des tempéraments tristes, des caractères malheureux, il y a eu aussi toujours des buveurs de bière; ce qui n'a pas existé de tout temps, ce sont les doctrines pessimistes, c'est cette vogue inouïe d'une philosophie absolument

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