CHAPITRE IX
d'autrefois et les épopées métaphysiques, se réfugie dans une philosophie amère qui proteste contre la dure loi de la lutte pour l'existence, qui condamne l'effort, qui maudit la vie, qui mesure la vanité de la gloire à la fatigue qu'elle coûte, au sang qu'elle fait verser, à l'inanité des résultats qui sont toujours ou à conquérir ou à maintenir par la force. Le pessimisme est l'envers du triomphe dans un peuple qui n'est pas belliqueux par nature, qui l'est devenu par nécessité et par politique, que l'on contraint à mener le rôle d'un conquérant maigre lui, et qui, à travers son triomphe, a des visions de sa vie tranquille d'autrefois et comme la nostalgie du repos. S'il ne peut se reposer ailleurs, il aspire au néant. Ce ne sont là, dira-t-on, que des accès et des crises, soit ; mais il en faut tenir compte.
Parmi toutes ces influences, la plus importante de toutes, la plus décisive, celle que l'on oublie trop souvent, c'est une influence de l'ordre tout philosophique, c'est l'évolution qui s'est accomplie pendant ces
trente ou quarante dernières années, le progrès constant de la philosophie critique qui a détruit les idoles métaphysiques de la même main habile et sûre qui avait miné « les idoles religieuses ». La métaphysique gouverne le monde, sans qu'il s'en doute, par une action de présence Ou d'absence. Elle ne peut disparaître momentanément ou subir une éclipse sans qu'un trouble profond se produise dans l'esprit humain. Indiquons d'un trait les négations et les suppressions qui se sont faites dans la philosophie, ou si l'on aime mieux les simplifications radicales qui l'ont réduite à sa plus simple expression, et nous verrons, à mesure que ces suppressions s'opèrent, diminuer le prix de la vie jusqu'à ce qu'il tombe à zéro, puis au-dessous de zéro, et qu'on ne puisse plus l'apprécier que par des quantités négatives, comme le fait le pessimisme.
Le chrétien, le déiste, le disciple de Kant trouvent des raisons de vivre, même si la vie est malheureuse. Elle a en elle-même son prix absolu que déterminent l'idée de l'é-