Philosophie de V Inconscient, 2e vol., p
300 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
ment qu'il s'imprime, de cette activité qu'il s'impose, et qui a comme honte et peur de lui-même ; quand il se retrouve en tête-àtête avec sa propre image dans la conscience, il a horreur de ce qu'il voit et se rejette en arrière dans le néant, d'où il est sorti, on ne sait comment, d'où il aurait bien dû ne jamais sortir pour se donner ce triste spectacle et infliger au monde cette torture sans raison, sans trêve et sans fin. A ce point, le pessimisme nous apparaît comme le dernier terme d'un mouvement philosophique qui a tout détruit : la réalité de Dieu, la réalité du devoir, la réalité du moi, la moralité de la science, le progrès, et par là l'effort, le travail, dont cette philosophie proclame l'absolue inutilité.
L'excès même de ces négations et de ces destructions nous rassure, en nous éclai-
rant sur l'influence artificielle et momentanée de cette philosophie. Elle pourra se produire de temps en temps, dans l'histoire du monde, comme un symptôme de la fatigue d'un peuple surmené par l'effort industriel