‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 29 sur 167 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'un devoir : tourner la roue de l'univers dans lequel la mort entretient la vie, et la vie la mort. «Mais alors, répond l'Islandais, puisque tout ce qui est détruit souffre, puisque ce qui détruit ne jouit pas et est bientôt détruit à son tour, dis-moi ce qu'aucun philosophe ne sait me dire : à qui plaît donc, à qui est utile cette vie malheureuse de l'univers qui ne subsiste que par la perte et par la mort de tous les éléments qui la composent ? » La Nature n'a pas la peine de répondre à son embarrassant interlocuteur : deux lions affamés se jettent sur lui et le dévorent, en attendant qu'ils tombent eux-mêmes épuisés sur le sable du désert.

y\Le silence, c'est la seule réponse à ces grandes curiosités, qui vont se heurter à un mur infranchissable ou se perdre dans le vide. Donc, plus de bonheur à espérer sous une forme transcendante. Voilà le premier stade d'illusion traversé par Leopardi, ou plutôt par l'humanité, qu'il porte en lui. Il a montré à l'homme la déraison/de ses espérances fondées sur l'invisibleAmais au moins l'homme

n'aura-t-il pas raison de jouir du présent, puisqu'il n'y a pas d'avenir, de chercher à agrandir son être par les grandes pensées et les grandes passions, de le confondre par une immolation sublime soit avec la patrie, que l'on fera héroïque, puissante et libre, soit avec un autre être auquel on fera le don de soi et que l'on enrichira de son propre bonheur? Le patriotisme, l'amour, la gloire, que de raisons de vivre encore, même si le ciel est vide, combien de manières d'être heureux! Et puisqu'il faut renoncer aux chimères de l'avenir, tout cela n'est-il pas bien solide et substantiel, tout cela n'est-il pas la réalité même, sous sa forme la plus noble et la plus belle, et ne vaut-elle pas qu'on vive ?

Certes, personne plus que Leopardi n'a senti en lui l'âme delà patrie. En lisant Y Ode à V Italie, on croirait entendre tantôt un frère de Pétrarque, tantôt un rival d'Alfieri. Celui qui écrivait ces vers que toutes les mémoires italiennes ont retenus, que toutes les bouches répètent et qui ont valu sans doute bien des bataillons de volontaires au vaincu de Novare

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