‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 33 sur 167 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les seuls moments heureux sont ceux de la conception ; mais bientôt leur succèdent les luttes de l'idée contre l'expression matérielle de chaque art. Si l'on n'était pas pressé par le désir d'en finir , si l'ambition ou l'amour de la réputation n'aiguillonnait pas l'auteur, si des considérations extérieures ne lui commandaient pas de se hâter, si enfin le spectre bâillant de l'ennui ne se dressait pas derrière la paresse, le plaisir qu'on se promet de la production ne suffirait pas à en faire oublier les fatigues. Et la critique envieuse et indifférente ! et le public si restreint et si peu compétent ! Qu'on se demande combien d'hommes en moyenne sont accessibles d'une manière sérieuse aux jouissances de l'art et de la science1. — Cette page de M. de Hartmann peut servir de commentaire aux arguments d'il Parmi. La conclusion est dure : ^Qu'est-ce qu'un grand homme? Un nom qui bientôt ne représente plus rien. L'idée du beau change avec le

1. Philosophie de l 'Inconscient , IIIe partie, xin8 chapitre.

52 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

temps. Quant aux œuvres scientifiques, elles sont bientôt dépassées et oubliées. Le plus médiocre mathématicien de nos jours en sait plus que Galilée et Newton. Donc la gloire est une ombre, et le génie dont elle est l'unique récompense, le génie est un présent funeste à qui le reçoit. » X

Reste l'amour, dernière consolation possible de la vie présente, ou plutôt dernière illusion,

mais la plus tenace, qu'il faut dissiper pour se bien convaincre que la vie est mauvaise et que la plus heureuse ne vaut pas le néanlX C'est une erreur comme les autres, mais qui persiste plus longtemps que les autres, parce que les hommes y croient saisir une dernière ombre de bonheur, après qu'ils ont été trompés par tout le reste. Error beato, dit le poèteA — Erreur, soit; qu'importe, si cette erreur nous rend heureux ? — XNon, elle ne nous rend pas heureux, même en nous trompant et nous attirant sans cesse ; c'est une fascination toujours renaissante qui nous laisse chaque fois plus désolés et qui autant de fois ressaisit notre cœur, épris de son erreur même. La lutte de

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