CHAPITRE II
que lui : elles au moins ignorent leur misère, elles oublient vite tout accident, toute crainte qui traverse leur existence, elles n'éprouvent pas l'ennui1. — Voyez le genêt; il croît heureux et calme sur les flancs du Vésuve, tandis qu'à ses pieds dorment tant de villes ensevelies, tant de populations prises par la mort dans le plein triomphe et l'orgueil de la vie. Lui aussi, cet humble genêt, il succombera un jour à la cruelle puissance du feu souterrain, mais du moins il périra sans avoir dressé son orgueil vers les étoiles, d'autant plus sage et plus fort que l'homme, qu'il ne se sera pas cru immortel comme lui8. Leopardi retourne cruellement le mot de Pascal : « Quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que lui, parce qu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui. — L'univers n'en sait rien3. » C'est là précisément notre infériorité,