‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 4 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dents individuels : ils expriment la mélancolie d'un tempérament, la gravité attristée d'un penseur, le bouleversement d'une âme sous le coup du désespoir, ils n'expriment pas, à proprement parler, une conception systématique de la vie, la doctrine raisonnée du renoncement à l'être. Job maudit le jour où il est né : « L'homme né de la femme vit peu de jours tout pleins de misère ; » mais Jehovah parle, foudroie de ses évidences le doute ingrat, la plainte injuste, la vaine révolte de son serviteur, il le relève en l'éclairant et le sauve de lui-même. Salomon déclare « qu'il est ennuyé de la vie, voyant tous les maux qui sont sous le soleil, et que toutes choses sont vanité et affliction d'esprit1; » mais ce serait une interprétation bien superficielle que celle qui ne voudrait voir dans cette sombr^poésie de YEcclésiaste que le côté du désespoir sans y voir en même temps le contraste des vanités de la terre, épuisées jusqu'au dégoût par une grande âme, avec des fins plus hautes qui

1, VEeclésiaste, ÏI, 17,

G LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

l'attirent, et comme l'antithèse éternelle qui résume toutes les luttes du cœur de l'homme, sentant sa misère dans l'ivresse de ses joies et cherchant au-dessus de lui même ce qui doit combler le vide de son ennui.

Des sentiments analogues se rencontrent dans l'antiquité grecque et romaine. On a noté souvent des traits de profonde mélancolie soit chez Hésiode et Simonide d'Amorgos, soit dans les chœurs de Sophocle et d'Euripide. C'est de la Grèce qu'est partie cette plainte touchante : « Le mieux pour l'homme est de ne pas naître, et, quand il est né, de mourir jeune. » M. de Hartmann n'a pas manqué de relever un passage de Y Apologie, où Platon lui fournit une image expressive pour faire ressortir la proposition fondamentale du pessimisme, que le non*être est préférable en moyenne à l'être : « Si la moit est la privation de tout sentiment, un sommeil sans aucun songe, quel merveilleux avantage n'est-ce pas que de mourir ! Car, que quelqu'un choisisse une nuit ainsi passée dans un sommeil profond, que n'aurait troublé aucun songe, et qu'il compare celte nuit avec

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