CHAPITRE II
les vertus utiles au bien général, ces imaginations belles et heureuses qui seules donnent du prix à la vie. • — Mais la Vérité, une fois entrée dans le monde, fait son œuvre, et toutes ces illusions qui rendaient l'existence tolérable tombent une à une ; voilà le progrès, le seul. V^
La science au moins, à défaut de la philosophie, n'est-elle pas faite pour nous consoler par ses magnifiques découvertes et ses progrès ? On croirait que le savant qui a participé aux grands travaux de la philologie de son temps, qui a connu les érudits illustres, depuis Angelo Mai jusqu'à Niebuhr, émule luimême de ces savants, et destiné, s'il l'eût voulu, à un grand renom d'helléniste, on croirait qu'il va pardonner à la science. Point; nous apprenons avec étonnement que la science du xixe siècle est en baisse, et par la qualité et par la quantité des savants. Le savoir ou, comme on dit, les lumières gagnent en étendue sans doute, mais plus s'accroît la volonté d'apprendre, plus s'affaiblit la faculté d'étudier : les savants sont moins nombreux qu'il y a cent cinquante ans. Et
qu'on ne dise pas que le capital intellectuel, au lieu d'être accumulé dans certaines têtes, se répartit entre beaucoup et gagne à cette division. Les connaissances ne sont pas comme les richesses qui, divisées ou agglomérées, font toujours la même somme. Là où tout le monde sait un peu, on sait fort peu ; l'instruction superficielle peut être, non pas précisément divisée entre beaucoup d'hommes, mais commune à beaucoup d'ignorants. Le reste du savoir n'appartient qu'aux savants, et où sontils, les vrais savants, sauf peut-être en Allemagne? En Italie et en France, ce qui croît sans cesse, c'est la science des résumés, des compilations, de tous ces livres de pacotille qui s'écrivent en moins de temps qu'il n'en faut pour les lire, qui coûtent ce qu'ils valent et qui durent en proportion de ce qu'ils ont coûté. Ce siècle est un siècle d'enfants, qui, comme de vrais enfants, veulent tout faire tout d'un coup sans travail approfondi, sans préparation sérieuse. — Mais quoi? ne voulez-vous pas tenir compte de l'avis des journaux , qui disent tout le contraire ? — Je le sais, répond Tristan,