‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 41 sur 167 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qui n'est autre que Leopardi, ils assurent tous les jours que le xixe siècle est le siècle des lumières, et qu'ils sont, eux, la lumière du siècle : ils prétendent aussi que la démocratie est une grande chose , que les individus ont disparu devant les masses, que les masses font toute l'œuvre que faisaient autrefois les individus, par une sorte d'impulsion inconsciente ou de contrainte divine. Laissez faire les masses, nous dit-on ; mais, étant composées d'individus, que voulez-vous qu'elles fassent sans les individus? Or, les individus^ on les décourage en ne leur laissant plus rien à espérer, pas même cette misérable récompense de la gloire. On les discute, on les injurie, on les force à se mettre au pas de tout le monde. C'est en cela seulement, quoi qu'en disent les journaux que Leopardi poursuit de ses épigrammes et de sa colère, c'est en cela que ce siècle diffère des autres. Dans tous les autres, comme dans celui-ci, la grandeur a été très rare ; seulement, dans tous les autres, c'est la médiocrité qui a dominé : dans celui-ci, c'est la nullité. — Mais c'est un siècle de transi-

tion. — La belle excuse ! Est-ce que tous les siècles n'ont pas été et ne seront pas des siècles de transition? La société humaine ne s'arrête jamais, et son jeu perpétuel est de passer d'un état à un autre.

« Je me garde bien de rire des desseins et des espoirs des hommes de mon temps ; je leur désire, de toute mon âme, le meilleur succès possible;... mais je ne les envie ni eux, ni nos descendants, ni ceux qui ont à vivre longuement. En d'autres temps, j'ai envié les fous et les sots, et ceux qui ont une grande opinion d'eux-mêmes, etj 'aurais volontiers changé avec n'importe qui d'entre eux. Aujourd'hui, je n'envie plus ni les fous ni les sages, ni les grands ni les petits, ni les faibles ni les puissants : f envie les morts, et ce n'est qu'avec les morts que je changerais. » Tel est le dernier mot de Tristan sur la vie et sur l'histoire, sur le xixe siècle et le progrès. C'est toujours le refrain lugubre : Vinfinila vanità del lutto. V^ Voilà les trois formes de l'illusion humaine épuisées ; il ne reste plus rien à espérer ni dans le présent, ni dans l'avenir du monde, ni dans

ti

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