CHAPITRE II
guerre de tous contre tous ; une sorte d'histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi; vouloir sans motif, toujours lutter, puis mourir, et ainsi de suite dans les siècles des siècles jusqu'à ce que la croûte/de notre planète s'écaille en petits morceaux. » Avions-nous tort de dire que le pessimisme est moins encore une doctrine qu'une maladie du cerveau ? A ce degré, le système ne relève plus de la critique, il revient de droit à la clinique: il faut l'y laisser. VSur deux points seulement, le pessimisme de Leopardi diffère de celui de Schopenhauer, l. et je n'hésite pas à dire que le poëte est le plus philosophe des deux, parce qu'il reste dans une mesure relative de raison. Ces deux points sont le principe du mal et le remède. Du principe métaphysique, Leopardi ne sait rien et ne veut rien savoir. Le mal se sent et s'apprécie : c'est une somme de sensations très-réelles, pur objet d'expérience, non de raisonnement. Tous ceux qui ont prétendu déduire la nécessité du mal d'un principe, soit la Volonté, comme Shopenhauer, soit Y Inconscient , comme Hartmann, ont abouti à des théories absolument
arbitraires quand elles ne sont pas inintelligibles. Leopardi se contente d'établir par l'observation la loi universelle de la souffrance sans prétendre en faire la dialectique transcendante : il sent ce qui est, sans essayer de démontrer que cela doit être ainsi. Et de plus, ignorant le principe du mal, il se garde bien d'y opposer des remèdes imaginaires, comme les pessimistes allemands qui aspirent à combattre le mal de l'existence en essayant d'éclairer la Volonté suprême qui produit l'existence, en lui persuadant de renoncer à elle-même et de se retourner contre l'être vers le néant. Le seul remède que l'âme stoïque de Leopardi oppose à l'éternelle et universelle souffrance, c'est la résignation, c'est le silence, c'est le mépris. Triste remède sans doute, mais qui est au moins à notre portée :X
a Nostra vita a che val? solo a spregiarla. »
« Notre vie, à quoi est-elle bonne ^seulement à la mépriser * ».