‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 45 sur 167 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

On voit que nous n'avons rien exagéré en disant que Leopardi est le précurseur du pessimisme allemand. Il annonce cette crise singulière qui se préparait secrètement dans quelques esprits sous certaines influences que nous aurons à déterminer. Si l'on se souvient que le nom de Schopenhauer resta presque inconnu en Allemagne jusqu'en 1839 et que la fortune de ses idées ne date que des vingt dernières années, on ne sera pas médiocrement surpris de saisir dans le poète italien, dès 1818, tant d'affinités de tempérament et d'esprit avec la philosophie qui devait séduire l'A llemagneXD 'instinct et sans rien approfondir, il a tout deviné dans cette philosophie du désespoir ; sans aucun appareil scientifique, il est bien peu d'arguments qui échappent à sa douloureuse clairvoyance. Il est à la fois le prophète et le poète de cette philosophie, il en est le vates, dans le sens antique et mystérieux du mot ; il l'est avec une sincérité et une profondeur d'accent que n'égalent pas les plus célèbres représentants du pessimisme. Enfin, ce qui est bien quelque chose, il a vécu,

il a souffert, il est mort en conformité parfaite avec sa triste doctrine, en contraste évident avec le désespoir tout théorique de ces philosophes qui ont su gouverner si. bien leur vie et administrer à la fois le temporel et le spirituel du bonheur humain, leurs rentes et leur gloire, y

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