CHAPITRE IV
matique auquel l'expérience n'est nullement favorable. Que dans ces formules elliptiques, très-contestables en elles-mêmes, parce qu'elles dévorent les difficultés avec les problèmes, que la vie soit toute volonté, nous y consentons, en élargissant démesurément le sens ordinaire de ce mot pour lui permettre de contenir le système ; mais que toute volonté soit douleur, voilà ce qu'avec la meilleure grâce du monde nous ne pouvons admettre ni comprendre. La vie, c'est l'effort, soit; mais pourquoi l'effort serait-il nécessairement douleur ? Nous voilà arrêtés dès le premier pas de la théorie/NEst-il vrai d'ailleurs, ou dans quel sens l'est- il, que tout effort naisse d'un besoin? Enfin, si nous sommes essentiellement une activité, l'effort qui est la manifestation de cette activité, l'effort qui est la force en action, est en conformité parfaite avec notre nature ; pourquoi se résoudrait-il en peine ?V ALoin de naître d'un besoin, c'est l'effort qui est le premier besoin de notre être, et il se satisfait en se développant, ce qui est incontestablement un plaisir. Sans doute il
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rencontrera des obstacles, il aura à lutter contre eux, souvent il s'y brisera. Ni la nature ni la société ne sont en harmonie parfaite avec nos tendances, et dans les rencontres de notre activité avec le double milieu qui l'enveloppe, les phénomènes physiques et les phénomènes sociaux, il faut avouer que c'est le conflit qui prédomine. De là bien des peines, bien des douleurs; mais ce sont des conséquences ultérieures, non des faits primitifs. L'effort en lui-même, dans un organisme sain , est une joie ; il constitue le plaisir primitif le plus pur et le plus simple, celui de se sentir vivre; c'est lui qui nous donne ce sentiment, et sans lui nous n'arriverions pas même à nous distinguer des dehors qui nous entourent, à percevoir notre être propre, perdu dans la molle et vague harmonie des objets coexistants. Qu'il y ait fatigue par l'abus de l'activité qui nous constitue, qu'il y ait douleur par l'effet naturel de cette activité contrariée, cela est trop évident ; mais où prend-on le droit de nous dire que par essence l'activité est un tourment ?