‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 70 sur 167 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

La Volonté-principe est un désir aveugle et inconscient de vivre, qui du fond de l'éternité s'éveille par je ne sais quel caprice, s'agite, détermine le possible à l'être, et pousse l'être à tous les degrés de l'existence jusqu'à l'homme. Après s'être développée dans la nature inorganique, dans le règne végétal et le règne animal, la Volonté arrive dans l'homme à la conscience. C'est à ce moment que s'achève l'incurable malheur, déjà commencé dans l'animal avec la sensibilité. La souffrance existait déjà, mais sentie plutôt que connue : à ce degré supérieur, la souffrance se sent et se connaît; l'homme comprend que l'essence de la volonté est l'effort et que tout effort est douleur. Voilà la découverte qui ravira à l'homme son repos, et dès lors l'être ayant perdu son ignorance est voué à un supplice qui n'aura de terme que la mort arrivée à son heure ou provoquée par la lassitude et par l'ennui. Vivre, c'est vouloir, et vouloir c'est souffrir ; toute vie est donc par essence douleur. L'effort naît d'un besoin; tant que ce besoin n'est pas satisfait, il en résulte de la

douleur, l'effort lui-même devient fatigue; quand le besoin est satisfait, cette satisfaction est illusoire, tant elle est passagère; il en résulte un nouveau besoin et une nouvelle douleur. « La vie de l'homme n'est qu'une lutte pour l'existence, avec la certitude d'être vaincu. »>v

De cette théorie de la volonté sortent deux conséquences :Xla première, c'est que tout plaisir est négatif, la douleur seule est positive; la seconde, c'est que plus l'intelligence s'accroît, plus l'être est sensible à la douleur; ce que l'homme appelle par la plus insigne des folies le progrès, n'est que la conscience plus intime et plus pénétrante de sa

misère. X

Que devons-nous penser de cette théorie? Tout repose sur l'identité ou l'équivalence de ces divers termes qui forment ensemble comme une équation continue : volonté, effort, besoin, douleur. Est-ce l'observation qui établit dans leur dépendance réciproque les différents termes de cette équation ? Assurément non, c'est un raisonnement tout abstrait et systé-

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