CHAPITRE IV
croître son œuvre, s'identifier avec elle, comme disait Aristote1, que ce soit la moisson du laboureur, ou la maison de l'architecte, ou la statue du sculpteur, ou un poème ou un livre, qu'importe? Créer en dehors de soi une œuvre que Ton dirige, dans laquelle on a mis son effort avec son empreinte et qui le représente d'une manière sensible, cette joie ne rachète t-elle pas toutes les peines qu'elle a coûtées, les sueurs versées sur le sillon, les angoisses de l'artiste soucieux de la perfection, les découragements du poète, les méditations parfois si pénibles du penseur? Le travail a été le plus fort, l'œuvre a vécu, elle vit, elle a tout racheté d'un seul coup, et de même que l'effort contre l'obstacle extérieur a été la première joie de la vie qui s'éveille, qui se sent elle-même en réagissant contre ses limites, ainsi le travail, qui est l'effort concentré et dirigé, parvenu à la pleine possession de lui-même, est le plus intense de nos plaisirs, parce qu'il développe en nous le sentiment