‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 75 sur 167 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

renaissance du besoin et encore la souffrance ; — et l'homme s'épuise, et l'existence se passe à vouloir toujours vivre sans motif raisonnable, contre le vœu de la nature qui lui fait la guerre, contre le vœu de la société, qui ne l'épargne pas : toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir, c'est la vie; à peine a-t-elle commencé qu'elle est finie, elle n'a duré que par la douleur. )^

Cette thèse du caractère purement négatif du plaisir est un degré de paradoxe où M. de Hartmann lui-même n'a pas suivi Schopenhauer. Il est d'un bon exemple de voir les chefs du pessimisme aux prises les uns avec les autres : cela rassure la conscience du critique. M. de Hartmann fait très-justement remarquer que son maître tombe dans lamême exagération où Leibniz était tombé1. Le caractère exclusivement négatif que Leibniz attribuait à la douleur, Schopenhauer l'attribue

1. xiue chapitre de la III** partie, Philosophie de finconscient. Les textes que nous citons ici et ailleurs sont tirés de la savante et fidèle traduction de M. Nolen.

au plaisir. Tous les deux se trompent également, bien qu'en sens inverse. On ne conteste pas que le plaisir puisse résulter de la cessation ou de la diminution de la souffrance ; mais on prétend que le plaisir est autre chose, qu'il est cela d'abord, plus quelque chose. On peut même ajouter qu'il y a plusieurs ordres de plaisir qui n'ont à aucun degré leur origine dans la suspension d'une douleur et qui succèdent immédiatement à l'état de parfaite indifférence. « Les plaisirs du goût, le plaisir sexuel au sens purement physique et indépendamment de sa signification métaphysique, les jouissances de l'art et de la science sont des sentiments de plaisir qui n'ont pas besoin d'être précédés d'une douleur, ni d'être descendus d'abord au-dessous de l'état d'indifférence ou de parfaite insensibilité pour s'élever ensuite positivement au dessus de lui. » Hartmann conclut ainsi : « Schopenhauer se trompe sur la caractéristique fondamentale du plaisir et de la douleur : — ces deux phénomènes ne se distinguent que comme le positif et le négatif en mathématiques;

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