CHAPITRE IV
froid V » C'est pour vaincre ces hésitations qui seraient mortelles au « vouloir- vivre, » que la nature a jeté sur les phénomènes de cet ordre toute la richesse et la variété des illusions dont elle dispose. Le grand intérêt du principe des choses, de cette Volonté rusée, c'est l'espèce, vraie gardienne de la vie. L'individu n'est chargé que de transmettre la vie d'une génération à l'autre ; mais il faut que cette fonction s'accomplisse, dût-il en coûter à l'individu son repos, son bonheur, l'existence même. A tout prix, le principe inconscient veut vivre, et ce n'est que par ce misérable moyen qu'il arrive à ses fins : il prend l'individu, il le brise à son gré, après l'avoir choisi dans des conditions spéciales. De là est né l'amour, une passion spécifique, qui, pour se faire accepter, se déguise en passion individuelle et persuade à l'homme qu'il sera heureux pour son compte, quand au fond il n'est que l'esclave de l'espèce, quand il s'agite et souffre pour elle, quand il meurt pour elle. 1. Parerga, II.
148 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.
Tel est le principe de la Métaphysique de l'amour, une des parties les plus originales du Monde comme volonté et comme représentation, et dont Schopenhauer dit modestement1 qu'il la considère « comme une perle. » Il revient sans cesse à cette théorie, qui lui était particulièrement chère, dans ses autres écrits, dans les Parerga, dans les conversations d'une verve intarissable qui nous ont été rapportées*.