‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 83 sur 167 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

garder le ressort nécessaire à l'accomplissement de leurs tâches. Il faut en revenir au mot de Jean-Paul Richter : « Nous aimons la vie, non parce qu'elle est belle, mais parce que nous devons l'aimer ; aussi faisons-nous souvent ce faux raisonnement : puisque nous aimons la vie, c'est qu'elle est belle. » Les instincts ne sont en nous que des formes diverses, sous lesquelles se déploie cette déraisonnable envie de vivre , inspirée à l'être vivant par celui qui l'emploie à son profit. De là l'énergie que nous dépensons follement pour protéger cette existence, qui n'est que le droit à souffrir ; de là aussi ces faux jugements que nous portons sur la valeur moyenne des joies et des peines qui dérivent de cet amour insensé de la vie : les impressions que laissent en nous les désenchantemens du passé sont toujours modifiées par les illusions de nos espérances nouvelles. C'est ce qui arrive dans toutes les excitations violentes de la sensibilité, la faim, l'amour, l'ambition, la cupidité et toutes les autres passions de ce

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genre1. A chacune de ces excitations sont liées des illusions correspondantes qui nous promettent un excédant de plaisir sur la peine. C'est à la passion de l'amour que le pessimisme fait la guerre la plus acharnée. On dirait que c'est un duel à mort entre Schopenhauer et les femmes qui sontles intermédiaires de l'insigne duperie dont l'homme est le jouet, les instrumenta regni aut doli entre les mains du grand trompeur. C'est en effet dans l'amour que se trahissent surtout le mensonge de l'instinct et « ladéraison du vouloir. » — « Qu'on s'imagine un instant, dit Schopenhauer, que l'acte générateur ne résulte ni des excitations sensuelles, ni de l'attrait de la volupté, et ne soit qu'une affaire de pure réflexion ; la race humaine pourrait-elle subsister? Chacun ne prendrait-il pas en pitié l'avenir de cette génération nouvelle, et ne voudrait-il pas lui épargner le fardeau de l'existence, ou du moins ne refuserait-il pas de prendre sur soi la responsabilité de l'en charger de sang-

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