‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 86 sur 167 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

A vrai dire, il n'est pas aisé de mettre « cette perle >» en lumière. C'est en physiologiste plutôt qu'en philosophe que Schopenhauer traite cette délicate question, avec un raffinement de détails, un humour, une sorte de jovialité lugubre qui se plaît à ôter tous les

que la culture leur rendait chaque jour plus sensibles, allaient peut-être prendre enfin le chemin du salut en renonçant à l'amour. Les femmes y ont pourvu. C'est alors qu'elles se sont adressées à l'intelligence de l'homme et que tout ce qu'il y a de spirituel dans l'organisation féminine, elles l'ont consacré à ce jeu qu'elles appellent l'amour.

« Tenez, j'ai soixante-dix ans. Si je me félicite d'une chose, c'est d'avoir éventé à temps le piège de la nature ; voilà pourquoi je ne me suis pas marié. Les grandes religions ont toutes vanté la continence, mais elles n'ont pas toujours compris ce qui fait de cette vertu la vertu

souveraine Elles n'y ont vu que le déploiement d'une

énergie sans but, le mérite d'obéir à une loi fantasque, de supporter une privation gratuite, ou bien de s'imposer je ne sais quelle pureté incompréhensible... Le vrai prix de cette vertu, c'est qu'elle mène au salut : préparer la fin du monde, telle est la suprême utilité des existences ascétiques. A force de prodiges et d'aumônes, l'apôtre de la charité sauve de la mort quelques familles, vouées par ses bienfaits à une longue agonie; l'ascète fait davantage : il sauve de la vie des générations entières. Les femmes, en l'imitant, auraient pu sauver le monde. Elles ne l'ont pas voulu. C'est pourquoi je les hais. »

(Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1870).

150 LE PESSIMISME AU XIXe SIÈCLE.

voiles, à déconcerter toutes les pudeurs, à épouvanter tous les canls britanniques et autres, comme pour mieux convaincre l'homme de la folie d'aimer. A travers les excentricités et les énormités d'une science à la fois technique et rabelaisienne, que n'arrête aucun scrupule, il arrive à peindre avec une étonnante vigueur, de son point de vue exclusif, cette lutte dramatique du génie de l'espèce contre le bonheur de l'individu , cet antagonisme couvert de sourires et de fleurs , caché sous l'image perfide d'une félicité infinie, d'où résultent toutes les tragédies et aussi les comédies de l'amour.

Que Ton considère, dit-il, le rôle que l'amour joue non-seulement au théâtre et dans les romans, mais aussi dans la vie réelle : il nous apparaît, à côté de l'amour de la vie, comme le plus énergique et le plus puissant de tous les ressorts; il absorbe la moitié des forces et des pensées de l'humanité; il cause les plus grands préjudices aux intérêts les plus graves; il suspend les occupations les plus sérieuses, troublant les têtes les plus

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