‹ Le pessimisme au 19e siècle: Leopardi - Schopenhauer - HartmannChapitre 96 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

portable et même qu'ils y prennent assez de goût pour travailler de tout cœur à leur tâche, ^oilà pourquoi chaque être, en absolvant sa vie propre, condamne la vie inférieure à la sienne : incapable déjuger la sienne, il juge la vie de l'être inférieur telle qu'elle est réellement et sans illusion. Remontez l'échelle des êtres, des êtres inférieurs aux êtres supérieurs et de ceux-ci aux êtres possibles que l'on peut supposer supérieurs aux êtres réels que nous connaissons. Une intelligence totale et absolue condamnerait la vie totale comme notre intelligence relative condamne la vie partielle. Ce qu'une intelligence absolue ferait assurément, nous pouvons le faire dans une certaine mesure. Nous pouvons, jusqu'à un certain point, nous affranchir de l'illusion par la science : le génie déjà s'en affranchit et c'est là le secret de son incurable mélancolie. — Voici une autre conséquence de bien grande portée : si le développement de l'intelligence dans l'homme l'amène à se convaincre de la déraison du vouloir-vivre, le développement progressif de l'intelligence dans le monde

amènera infailliblement tous les hommes à reconnaître l'absolue vanité de toute ch^e par la ruine insensible de toutes les illusions. L'humanité s'élèvera en moyenne avec le temps à un degré d'intelligence et de science où un petit nombre d'esprits cultivés ont pu s'élever aujourd'hui. Le monde sera donc d'autant plus malheureux qu'il arrivera en vieillissant à un degré supérieur de conscience. LeNplus raisonnable serait d'arrêter au plus tôt le développement du monde et le mieux eût été de l'anéantir au moment de son apparition ; le mieux eût été même que le vague désir de l'être n'eût jamais troublé le repos éternel du possible.

De ces considérations préliminaires qui ont une grande importance dans la pensée de Hartmann, passons à l'examen comparé des biens et des maux de la vie.

Nous avons vu que Hartmann se sépare de Schopenhauer sur la question du caractère purement négatif du plaisir, opposé au caractère positif de la douleur. Il accorde à son maître que le plaisir est très-souvent un phé-

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