CHAPITRE V. 18b
chose en elle-même réduite à un tel néant, Tautre sur la personne aimée. Maintenant que la possession assurée lui rend sa clairvoyance, l'amant ne voit plus, dans l'objet idéal que son désir a créé, qu'un pauvre être humain, ave3 ses vices, ses faiblesses, ses laideurs même. Il s'aperçoit que son rêve a été celui d'un sot; mais l'amour-propre va le rendre hypocrite. Il ne veut pas s'être si lourdement trompé; nonseule nent il cherche à cacher sa déception au monde, il voudrait la cacher à la personne aimée, devant laquelle il rougit des flatteries insensées qu'il lui adressait hier ; il essaie même de se tromper, ce qui aggrave son chagrin. Il sent qu'il se ment à lui-même et il souffre à la fois d'avoir aimé, de ne plus aimer et de ne pas oser l'avouer ni à lui ni aux: autres.
Après que cette douloureuse épreuve est faite, malheur à lui s'il recommence, il est averti. Voilà pourquoi le premier amour seul est un véritable amour ; le second et le suivant sont contrariés par le souvenir d'une première expérience. Aussi Goethe dit-il à
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propos de Werther, dans Vérité et a Rien ne contribue plus à ce d la vie qu'un second amour. Le d'éternité , d'infinité, qui porte l'amour au-dessus de tout le reste noui; l'amour paraît éphémère coi ce qui recommence ». Et malgré 1 raisons que lui donne la raison, Tins est un recotnvienceury ne se laisse pas ses réclamations sont si énergiques < plus le choix qu'entre deux maux disait Anacréon : « Xa>^7rôv tè [tï^ çù >4t:civ Bï xal ifik7,aan; il est difficile de ] mer; il est également difficile d'aime un troisième parti', le parti d'Orif l'on peut prendre, non pas comme au nom d'un bien supérieur auqui lait se dévouer sans réserve, mais cj convaincu qu'au point de vue de mieux vaut déraciner en soi physiqi besoin que de souffrir par lui de d nières, en y cédant ou en y résistant
1, Tome II, 'raduction citée, p. 394.