‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 27 sur 161 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

ses et s'achève dans l'indolence épicurienne. Leopardi, sans constater et décrire scientifiquement ces trois stades, les a bien connus par une douloureuse expérience; il les a traversés, : il ne s'est arrêté dans aucun ; il a décrit chacun | d'eux, il nous a montré par des traits singulièrement énergiques pourquoi il ne s'y est pas reposé et la déraison des hommes qui pensent y trouver un abri. Jusqu'à l'âge de/ dix-huit ans, son adolescence rêveuse ne fran chit que par échappées les limites de la foi religieuse. Il emploie même les ressources déjà variées de son érudition à composer une sorted'apologie de lareligion chrétienne, rfssai sur les erreurs populaires des anciens (1815). Mais déjà sous cette nomenclature des superstitions de l'antiquité, dieux et déesses, oracles, apparitions, magie, à côté d'apostrophes à « la religion tout aimable » qui le ravit et le console dans ses jeunes douleurs, il y a comme des percées du scepticisme futur. C'est à la même période de sa vie que se rapportent ses Projets d'hymnes chrétiens^ qu'anime le sentiment précoce de l'universelle douleur. C'est

bien un pessimiste qui s'adresse en ces termes au Rédempteur : « Tu savais tout depuis Tétemité, mais permets à Timagination humaine que nous te considérions comme le plus intime témoignage de nos misères. Tu as éprouvé cette vie qui est la nôtre, tu en as connu le néant, tu as senti Fangoisse et Tinfélicité de notre être... » Ou bien encore dans cette prière au Créateur : « Maintenant je vais d'espérance en espérance, errant tout le jour et t'oubliant,bien que toujours trompé... Un jour viendraoù, n'ayant plus d'autre état auquel recourir, je mettrai tout mon espoir dans la mort, et alors je recourrai à toi. . . » Cette heure du recours suprême n'arriva pas ; ce fut au moment même où il jetait d'une main fiévreuse sur son papier mouillé de pleurs ces fragments d'hymne et de prière qu'il s'aperçut que l'abri de ^es croyances s'était écroulé autour de lui, qu'il n'en restait rien; il demeurait seul au milieu de tant de ruines, devant un monde vide et sous un ciel d'airain.

Son parti fut pris sans hésitation et sans retour : il passa d'une foi ardente à une sorte

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