‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 28 sur 161 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

de scepticisme farouche et déQnitif , qui n'admit jamais ni incertitudes, ni combats, ni ^ aucune de ces aspirations vers Vau-delà où se réfugie avec une sorte de volupté inquiète le ;., lyrisme des grands poètes, nos contemporains, i ^ Rien de pareil chez Leopardi à ces troubles d'âme, à ces regrets ou à ces repentirs psychologiques dont l'expression est si touchante.

Il reste inébranlable dans la solitude qu'il s'est faîte. A peine quel<(ues allusions dédaigneuses, en passant, « à la crainte des choses d'un autre monde. » Nulle part il n'est plus question de Dieu, même pour le nier. Le nom même est évité : quand il est contraint, comme poète, de faire intervenir un être qui en joue le personnage, c'est Jupiter. La ^a^ 1 ture, principe mystérieux de l'être, proche pa- ! rente de l'Inconscient de Hartmann, paraît ; seule en face de l'homme dans la méditation • perpétuelle de l'inconnu qui accable le poète: c'est elle seule que l'homme interroge sur le secret des choses , aussi indéchiffrable pour elle que pour lui. «Je suis soumise au Destin, dit-elle, quelle qu'en soit la cause, cause que ni

44 l'E PESSIMISME AU XIX« SIÈCLE.

toi ni moi ne pourrons comprendre. » La Nature et le Destin, c'est-à-dire les lois aveugles et inexorables dont les efifets seuls paraissent à la lumière, dont les racines plongent dans la nuit. Quand le poète met en scène la curiosité de l'homme sur les grands problèmes, il a une manière toute particulière de brusquer le dénoûment. — Les momies de Ruysch ressuscitent pour un quart d'heure ; elles racontent comment elles moururent. « Et ce qui suit la mort? » demande Ruysch; mais le quart d'heure est écoulé, les momies se taisent.

Ailleurs, dans un étrange dialogue, un Islandais errant, qui après avoir fui la société a fui la Nature, vient à la rencontrer face à face au fond du Sahara ; il la presse de ses questions dont chacune est une plainte : « Pour* quoi m'a-t-elle envoyé sans me consulter dans ce bas monde ? Pourquoi, puisqu'elle m'a fait naître, ne s'est-elle pas occupée de moi ? Quel est donc son but ? Que poursuit-elle? Que veutelle ? Est-elle méchante ou impuissante ? » La Nature répond qu'elle n'a qu'un souci et

Page 1