CHAPITRE II
et au vainqueur de San Martino, celui-là sans doute est un grand patriote, mais c'est un patriote désespéré. Il aime sa patrie, mais il— l'aime dans le passé : il ne croit pas à sa résurrection. Quand il a célébré en vers brûlants sa gloire évanouie , quand il a évoqué , pour la réveiller de son sommeil, le souvenir des guerres médiques et repris en l'achevant l'hymne interrompu de Simonide, le découragement le saisit devant l'Italie captive et résignée. Et déjà, dans les poésies de cette époque, quelle amertume I « glorieux ancêtres, conservez-vous encore quelque espérance de nous? N'avons-nous pas péri tout entiers ? Peut-être le pouvoir de connaître l'avenir ne vous est-il pas ravi. Moi je suis abattu, et je n'ai aucune défense contre la douleur ; obscur est pour moi l'avenir et tout ce que j'en distingue est tel que cela me fait paraître l'espérance comme un songe et comme une folie*. » Les grands Italiens, Dante, Tasse, Alfieri, pour qui ont-ils travaillé ? A
1 • Ode à Angelo MaU
quoi en définitive ont abouti leurs efforts ? Les uns ont fini par ne plus croire à la patrie ; les autres se sont brisés dans une lutte insensée. Dante lui-même, qu'a-t-il fait? Il a préféré Tenfer à la terre, tant la terre lui était odieuse. « L'enfer! Et quelle région en effet ne vaut pas mieux que la nôtre?... Et cependant moins pesant, moins mordant est le mal dont on souffre que l'ennui dont on étouffe. heureux, toi dont pleurer fut la vie ! » Lui-même à son tour il descendit, vers la fin de sa vie, aux enfers dans le poème burlesque et tragique à la fois, le poème le plus long qu'il ait écrit (huit chants et près de trois mille vers), les Paralipomenes de la Bati achomyomachie ; mais ce fut pour railler durement et tristement l'illusion patriotique qui avait fait battre un instant son cœur. — Ici encore , comme sur bien d'autres points, nous pouvons prendre le pessimisme en défaut, voir combien il a tort contre l'espérance obstinée d'une nation, quel crime cQntre la vie et contre la patrie on peut commettre en décourageant ces grandes idées , en abattant les énergies viriles d'un