‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 36 sur 161 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

jours. Tu as trop palpité. Aucune chose ne mérite tes battements, et la terre n'est pas digne de tes soupirs. Amertume et ennui, voilà la vie ; elle n'est rien autre : le monde n'est que fange. Repose-toi désormais. Désespère à jamais. A notre race le destin n'a donné que de mourir. Désormais méprise tout, toi-même, la nature et cette puissance occulte et brutale qui travaille sans relâche au mal universel ; — méprise l'infinie vanité de tout*. » Pauvre poète I Quel homme d'imagination n'a écrit cette épitaphe sur la tombe où il a cru ensevelir son cœur, et lequel, après l'avoir écrite, ne l'a plus d'une fois et douloureusement démentie 1

Ainsi chassé de refuge en refuge, du patriotisme stérile et méconnu à la gloire, de la ' gloire à l'amour, l'homme ne trouvera-t-il pas au moins une consolation, un bonheur même, dans le sacrifice de son bonheur à celui des

1. Nous nous servons généralement de la traduction de M. Aulard, en nous réservant toutefois de la modifier, à l'occasion, comme nous l'avons fait dans les dernières lignes de ce morceau, où il nous semble que le traducteur s'est mépris : « Ornai disprezza Te, la natura etc. »

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générations futures, dans cette grande pensée du progrès qui mérite qu'on y travaille sans relâche, qui fait que rien ne se perd dans le ;^ labeur humain, et qui relève la misère du j monde actuel comme étant le prix et la rançon j de la félicité inconnue dont jouiront nos des- 1 ceiîdants? — C'est le troisième stade d'illusion] 1 Leopardi le mesure, comme les deux autres, 'd'un regard intrépide qui, plutôt que de i s'égarer sur des chimères, aime mieux voir ^clairement ce qui est et ce qui sera toujours, « le mal de tous et l'infinie vanité de tout. » Non, l'avenir ne sera pas plus heureux que le présent, il sera même, il doit être plus misérable. — Le progrès I mais d'où l'homme pourra-t-il en tirer le principe et l'instrument? De la pensée, sans doute, mais la pensée est un don fatal ; elle ne sert qli'à augmenter notre malheur en l'éclairant. Mieux vaut mille fois être aveugle, comme la brute ou comme la plante. Que nous voilà loin du roseau pensant I — Le berger, errant sur les monts de l'Hima-

laya, s'adresse à la lune, condamnée comme lui à un éternel labeur; il la prend à témoin que les b^^tes qu'il garde sont plus heureuses

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