‹ Le pessimisme au XIXe siècle: Leopardi--Schopenhauer--HartmannChapitre 35 sur 161 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

douleurs*... » Lorsque commence à naître au fond du cœur la passion de Tamour, en même temps qu'elle, s'éveille dans le cœur un désir de mourir, plein de langueur et d'accablement. Gomment ? Je ne sais ; mais tel est le premier effet d'un amour vrai et puissant. La jeune fille elle-même, timide et réservée, qui d'ordinaire au nom de la mort sent se dresser ses cheveux, ose la regarder en face, dès qu'elle aime , et dans son âme ignorante elle comprend la douceur de mourir, la gentilezza del morir. Essayons d'analyser ce singulier phénomène. Peut-être, quand oji aime, ce désert du monde épouvante-t-il le regard : on voit désormais la terre inhabitable sans cette nouvelle, unique, infinie félicité que nous imaginons. Peut-être aussi l'amant pressent-il la terrible tourmente qu'elle doit soulever dans son cœur, en même temps que la lutte des

1. Voir Bouché-Leclercq, ouvrage cité, p. 245. — Ce serait une étude curieuse et piquante, pour se rendre compte de Tanalogie des inspirations dans le contraste des tempéraments, que de comparer cette pièce mélancolique de Leopardi avec le poème ardent et tragique de L. Ackermann : V Amour et la Mort,

hommes, la fortune et la société conjurées contre lui ; peut-être enfin est-ce le secret effroi de ce qu'il y a d'éphémère dans tout ce qui est humain, la défiance douloureuse de soimême et des autres, la crainte de ne plus aimer ou de ne plus être aimé un jour et qui semble plus insupportable à ceux qui aiment que le néant même. — C'est un fait que les grandes passions sentent instinctivement que la terre ne peut les contenir et qu'elles feront éclater le vase fragile du cœur qui les a reçues : elles s'élancentavec une sorte de volupté dans le vague infini de la mort. Voilà ce que \ nous suggère le poète dont la pensée, malgré un grand effort, reste parfois indécise, et à la page suivante, sous ce titre expressif 4 se stesso^ nous trouvons un commentaire tout personnel de ses dernières désillusions sur l'amour et les biens de la terre : « Et maintenant tu te reposeras pour toujours, mon cœur fatigué.

Elle a péri, l'erreur suprême que j'ai crue éternelle pour moi. Elle a péri. En moi, je le sens, non-seulement l'espoir, mais le désir même des chères erreurs est éteint. Repose-toi pour tou-

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