Pewiée». p
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toutes les souffrances, court vers l'amour, c'est donc que l'amour lui parait préférable aux souffrances.
Que reprochez- vous donc à la femme? Il y a des maux, mais elle n'en est pas la cause; il y a des biens supérieurs: ceux-là viennent d'elle. Les maux avec elle valent mieux que la vie sans elle; les maux avec le bien valent mieux que la vie sans bien. Et c'est elle qui est ce bien sans lequel la vie n'est pas bonne, avec lequel les maux sont plus que compensés. Comment la louer davantage !
Considérez ce dernier et suprême objet de la création. Entre cette ressemblance avec l'homme et cette différence de la femme, voyez l'immense intervalle du bien à la perfection. Le Créateur a pensé tout un jour pour retoucher son œuvre. Regardez ces couleurs , ces lignes souples que la grâce courbe en tous les mouvements de la nature pour montrer que le beau a une variété infinie; regardez l'œil de la femme, regardez-mieux, fixez la vision divine : voilà ce qui faitéquilibre à tousles maux, guerres, famines, massacres, dévastations, villes incendiées, royaumes renversés, le froid et la faim, le fer, le feu.
Non seulement elle les balance, mais elle devrait l'emporter. Et c'est de notre faute si la femme, non seulement ne les dépasse pas, mais ne les supprime pas. Nous ne voyons pas l'amour
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tout entier, mais ses côtés inférieurs : nous ne rétablissons pas l'idéal : nous ne croyons pas que tous nous avons droit à l'intégralité des qualités, que la femme a toute la perfection qui n'est que momentanément refusée, différée, pour nous éprouver. L'œuvre malfaisante du pessimisme est de rabaisser l'amour, quand le devoir est de l'exalter. Il diminue les biens quifont équilibre aux maux, sans espoir sérieux d'anéantir la vie à jamais partagée entre les deux. Il ne fait donc qu'augmenter notre malheur. Nous n'échapperons pas à Dieu : l'épreuve est préparée, il faut la subir. A défaut de l'amour qui donne le bonheur ou une espérance solide, il reste la sensation, qui ne procure qu'une illusion sans l'amour : il n'en faut pas davantage pour maintenir le courant du fleuve de la vie et pousser les flots les uns sur les autres : ceux qui n'ont que la sensation, n'étant pas satisfaits, ne sont que plus avides. Une glande suffit : elle s'emplit d'humidité pendant un certain nombre d'années seulement ; il n'en faut pas davantage pour que le champ de l'épreuve reste toujours trop étroit pour les combattants.
Ne pas voir le bien est un mal : c'est Terreur imputable. L'idée insuffisante de l'amour est l'erreur génératrice du libertinage. On cherche à détacher la sensation, parce qu'on ne voit qu'elle, parce qu'elle prend une valeur disproportionnée,
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faute de voir l'excellence des qualités métaphysiques, la supériorité de TuDion. Elle u'esten réalité qu'un gage, une preuve de l'union : elle est donc fausse quand l'union n'existe pas. Elle n'est rien comparée au reste, elle est moins que rien, elle est le mal, sans le reste. On pèche contre l'amour non par excès mais par défaut.
Schopenhauer a commis une grande faute en préchant le mépris de la femme. La femme, voilà l'ennemi. Il paraît que le beau et le bien sont les ennemis du siècle. Heureusement Tamour divin et Tamour humain, le culte do Dieu et celui de la femme, se soutiennent l'un l'autre, et , le dévot sexe féminin retient des adorateurs autour de l'autel menacé de Dieu Tout- Puissant.
Bien n'est odieux comme le bien qu'on ne peut ni atteindre ni détruire : le mépris est la dernière ressource de Tenvie et de l'impuissance, c Impius guum in profundum venerit^ contemnit. *
Schopenhauer est tombé dans une troisième erreur. Il avait reproché à la femme d'entretenir la misérable vie humaine par les désirs qu'elle inspire, et d'être laide, ce qui ne s'accorde pas trop bien. Il complète son système par une nouvelle contradiction. L'amour, pour lui, n'est qu'une illusion de l'individu qui travaille au bien de l'espèce» € Il faut que l'individu agisse et se sacrifie pour le
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€ maintien et le développement de l'espèce; son « intelligence, toute dirigée vers les aspirations « individuelles, a peine à comprendre la néces- « site de ce sacrifice et à s'y soumettre aussitôt. « Pour atteindre son but, il faut donc que la na- « ture abuse l'individu par quelque illusion, en « vertu de laquelle il voit son propre bonheur dans « ce qui n'est en réalité que le bien de l'espèce ; « l'individu devient ainsi l'esclave inconscient de a la nature, au moment où il croit n'obéir qu'à ses « seuls désirs. Une pure chimère aussitôt évanouie « flotte devant ses yeux et le fait agir. Cette illu- « sion n'est autre que l'instinct. C'est lui qui, dans « la plupart des cas^ représente le sens de l'espèce, « les intérêts de l'espèce devant la volonté. Mais « comme ici la volonté est devenue individuelle, « elle doit être trompée de telle sorte qu'elle per- € çoive par le sens de l'individu les desseins que le « sens de l'espèce a sur elle : ainsi, elle croit trace vailler au profit de l'individu, tandis qu'en réalité « elle ne travaille que pour l'espèce *. »
Cette théorie est chère au philosophe pessimiste; il a employé toutes ses ressources pour dissiper l'illusion des amants, il leur livre le secret du génie de l'espèce et il les fait assister à sa méditation, « meditatio compositionis generationis futurcBy » qui leur persuade de rechercher l'âge pro- 1 . Pensées, p. 93.
pice et non la vieillesse, une ossature régulière, (réliminer les femmes trop grosses ou trop décharnées, d'écarter les bouches bestiales, les mentons fuyants, les larges pieds de plantigrades, de préférer les qualités qui manquent, qui- signale au choix des grands les petites, des faibles les fortes. Il est vrai qu'un amant ainsi illusionné n'est pas trop à plaindre et que, s'il agissait pour son propre compte, il ne ferait pas autrement.
Tous les exemples ne sont pas décisifs, ni tous les arguments concluants. « Les femmes aiment « souvent de vilains hommes, mais jamais des « hommesefféminés, parce qu'elles ne peuventneu- « traliser un pareil défaut *. » Hélène qui préféra Paris à Ménélas, Angélique qui abandonna Roland pour Médor auront fait la sourde oreille aux discours du génie de l'espèce.
En revanche, les femmes passent facilementpardessus la faiblesse d'esprit. « La bêtise ne nuit « pas près des femmes : une force d'esprit supé-- « rieure ou même le génie, par sa disproportion, ont a souvent un effet défavorable. Ainsi l'on voit sou- « vent un homme laid, bête et grossier, supplanter a près des femmes un homme bien fait, spirituel, (( aimable... La raison en est que, dans le mariage, « ce qu'on a en vue, ce n'est pas un entretien plein