‹ Le pessimismeChapitre 26 sur 79 · Pensées, p · texte numérisé non relu

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quée : alors on ne voit plus pourquoi l'homme qui Ta reçue ne peut la donner à son tour, pourquoi le courant tarit en chaque homme, coule de femme en femme, pourquoi celles-ci donnent ce qu'elles n'ont pas ou plus qu'elles n'ont, attendu que « le a seul aspect de la femme révèle qu'elle n'est des- € tinée ni aux grands travaux de l'intelligence, ni « aux grands travaux matériels... Ce qui rend les « femmes particulièrement aptes à soigner, à éle- « ver notre première enfance, c'est qu'elles restent « elles-mêmes puériles, futiles et bornées : elles « demeurent toute leur vie de grands enfants, un« tf sorte d'intermédiaire entre l'enfant et l'homme... « La femme n'a qu'une raison de 18 ans bien stric- « tement mesurée *. »

f Si désintéressée et idéale que puisse paraître a l'admiration pour une personne aimée,le but final € est enréalitéla création d'un être nouveau, déter- « miné dans sa nature : ce qui le prouve, c'est que € l'amour ne se contente pas d'un sentiment réci- « proque, mais qu'il exige la possession même, l'es- « sentiel, c'est-à dire la jouissance physique 2. 1 Il semble inutile d'aller chercher l'explication au loin : l'individu y est suffisamment intéressé.

Les faits donnent un démenti à la doctrine. Il aurait été beaucoup plus simple de dire que Tin-

i. Pensées, p. 129.

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dividu et l'espèce ont un intérêt commun, au lieu de les mettre en opposition- Il n'en coûtait pas davantage au génie de l'espèce d'arrangé nature ainsi. Il semble que c'est plutôt l'es qui est sacrifiée à l'individu. Dans les unions times, ce n'est pas l'amour qui forme le nœu n'est pas même la raison, mais le calcul. Q aux rapprochements illégitimes, la préoccupj est d'éviter le résultat, la procréation, loin vouloir excellent.

Le génie de l'espèce qui a voulu duper l'ho a été bien maladroit : c'est lui qui est dupé *

Tous les hommes se trompent, ou Schopenha c'est vraisemblablement ce dernier.

On lui reproche ses plagiats. Sa métaphys de l'amour en est un des plus notables, et sera fort surpris de reconnaître que c'est opinion commune chez les moralistes qu prise. Nous avions donc tort de placer touÊ hommes d'un côté et de l'autre Schopenhaue faut ranger à côté de lui ces moralistes. Noi constatons sans trop de déplaisir. 11 a m plaidé la cause : le plaidoyer doit servir à rei visible leur erreur,

4. MM. A. Comte et Littré n'ont pas eu une idée plus tageuse de la femme. Le premier croit que le sexe fémin le résultat d'un accident fâcheux et souhaite de voir dispa ce cas tératologique. Dans un autre sens, mais avec le i genre d'argumentation que Comte et Schopenhauer, voir i Agrippa.

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Le fond de la théorie est le même. L'objet de l'amour est la reproduction. L'auteur du monde a créé l'homme. Puis, pour obtenir de lui qu'il se perpétuât, il lui a imposé un service et attribué un salaire. La fonction, avec sa rétribution ainsi ajoutée, superposée à la nature humaine, c'est l'amour.

Sans doute les moraUstes ne donnent pas dans l'exagération du philosophe pessimiste, ils ne sacrifient pas aussi complètement l'individu à l'espèce. Singulier réalisme, en effet, qui croit que l'espèce est indépendante des individus. Une pareille bévue est bonne pour une Volonté qui n'a pas de commerce avec Tintelligence. Schopenhauer ne les a mises en relation qu'une fois et Ton n'a pas à se féliciter de leur accord *.

La conséquence directe, ils ne la voyaient pas davantage, mais ils sont bien forcés de l'accepter. Schopenhauer l'expose ainsi : « Dans la vie pria vée, il n'est pas de point sur lequel la probité « scrupuleuse soit plus rare : les gens les plus « honnêtes d'ailleurs et les plus droits la mettent « ici de côté et commettent l'adultère au mépris de « tout, quand l'amour passionné, c'est-à-dire Tin- « térêt do l'espèce, s'est emparé d'eux. Il semble « même qu'ils croient avoir conscience d'un privi- « lège supérieur, telquelesintérêtsindividuelsn'en

i . Voir sa Théorie de l'idée ou espèce.

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a sauraient jamais accorder de semblables, juste- « ment parce qu'ils agissent dans l'intérêt de l'es- « pèce... Toutes les différences de rang, tous les a obstacles, toutes les barrières sociales, le génie de « l'espèce les écarte et les anéantit sans efforts. Il a dissipe comme une paille légère toutes les insti- « tutions humaines, n'ayant souci que desgénéra- « tions futures *. » C'est l'adultère réhabilité.

On conçoit encore plus difficilement dans le monde tel que le conçoivent les moralistes,' créé par un auteur intelligent, une contradiction entre lesnécessitésdelareproduction et d'autres lois :qui veut la fin, veut les moyens. Puisque perpétuer l'espèce est une injonction sur laquelle il n'y a pas à se tromper, un but clairement désigné, les obstacles que l'on rencontre viennent d'un défaut de nos institutions, d'une erreur dans nos interprétations, non pas de l'auteur du monde, et ils doivent être franchement écartés.

Les moralistes ne disent pas bien nettement pour quel but Dieu -a créé l'homme. Mais il y a une chose qu'ils savent parfaitement, c'est que cotte forme double, cette organisation, faite de ressemblance et de dissemblance, de l'homme et de la femme, pour l'âme et pour le corps, si marquante, paraissant si fondamentale, n'est que pour le dessein secondaire de la reproduction. Ils

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