‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 49 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Jean-Paptiste met en fuite les protestants qui le harcelaient. — Arrivée d'un colporteur, — Manière dont le colporteur se met à table et en sort. — Discussion préliminaire sur l'usage de colporter des bibles. — Bible de KSacy. — Les

filsitications que lui ont faites des mains protestantes. — Un mot sur le schisme

de Zraver,

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis le jour où Jean- Baptiste Fidele avait recu une bible des mains de son curé, et, ce qui lui avait grandement été utile, de salutaires conseils qu'il avait suivis avec Ia plus grande fidélité. On pense bien que guidé par son vénérable pasteur qu'il consultait tres souvent, notre brave compatriote avait retiré de erandes connaissances religieuses de ce livre divin. Nuivaut l'avis de son curé, il S'était surtout familiarisé avee les textes qui prouvent les vérités catholiques que nient les protestants.

Les lecteurs de ce patit Hivre croiront sans peine que les tristes apostats canadiens qui le harceliient depuis longtemps avec leurs hotts de pas oo cs bibliques, reçurent bientot le châatinent que iéritaient leur ignorance et l'ignoble métier qu'ils exereaient en travaillant à arracher la foi du eœur de leurs compatriotes. Apres deux ou trois discussions dans lesquelles Jean-Baptiste leur prouva. par la bible, qu'ils n'étaient que des ignorants que d'autres ionorants avaient poussé dans un abinne, car, a dit la vérité, Ni un aveugle en conduit un autre, ils tomberont tous

32 LE PETIT ABSENAL

“ deux dans la fosse (1). Ces renégats avaient fui sa maïison pour n'y plus remettre le pied.

Jean-Baptiste s'applaudissait de Ta tranquillité dont il jouissait depuis la fuite de ces paurres dupes, qu'il avait convaincus d'avoir laissé la vérité pour embrasser l'erreur, l'E glise catholique pour une suete protestante, lorsqu'un beau jour du mois dé juin, qu'il revenait de son champ (car il était cultivateur), il vit entrer. dans sa maison, un voyageur chargé d'un assez lourd fardean. Comine le jour était sur son déclin, cet homme Jui d'manda a passer Ja nuit dans la maison; ce qui lui fut a -ordé avec cette grâce char mante qui caractérisait lancisnne hospitalité canadienne.

Avant reçu cette permission. le voyageur alla déposer son fardeau dans un com de l'appartement et vint s'assoir près de notre brave Jean-Baptiste.

Comme d'ordinaire, la conversation roula d'abord sur le temps, le pays, l'apparence de Ia récolte et autres sujets semblables jusqu'au moment di couper.

Quand la table fut servie, Jean-Paytiste invita son hote à partager le souper de la famille Le voyageur affamé rie

fit pas prié longtemps. IT alla done s: mettre à table, mais sans facon, sans bénédicité, sans signe de croix, comme un cheval qu'on conduit près d'un ratelier garni de foin, pour y prendre une nourriture dont Ja pauvre béte ignore le donateur suprême. Cette conduite Ble<sa profondément le bon et religieux père de famille. Mais 11 dissimula son indignation.

Quand le souper fut terminé. + rovageur se leva de table comme il s’y était assis, Sans priere, sans actions de gœràce et sans aucune marque de reconnaissance envers Dieu, l'auteur premier de la nourriture qu'il venait de prendre.

Chez tous les peuples, la participation à une même table a servi à rapprocher les cœurs et à former dos amis. L'hôte de Jean-Baptiste profitant de cette Joi, se crut autoriser à déclarer à celui qui l'avait reçu à sa table, qu'il était un

(1) Matt, ch. 15, v. 14,

colporteur de bibles envoyé par les sociétés bibliques pour donner aux canadiens les moyens de S'instruire de leur reli- “Ion.

On ne se fera jamais une idée de l'étonnement et de l'indignation que causa au brave Jean-Baptiste une semblable déclaration. Connnent pouvait-len étre autrement : puisqu'il avait dans sa maison un colporteur de bibles protestuntes ! [lui avait donné l'hospitalité pour la nuit! Il l'avait reçu à sa table ! Cen était plus qu'il ne fallait pou efraver sa religion : Pouvait-il éprouver d'autres sentiinents ? lui qui connaissait si bien l'affreux métier qu'exereuient ces colporteurs d'une nouvelle espece : cette enœeance de prédicants sans mission ; ces oureurs de maisons: ces embauecheurs hypocrites ; cette peste publique qui va offrir aux canadiens des traités injurieux à leur foi, où des bibles falsifiées : ces empoisonneurs des consciences qui n'ont d'autre but, en Canada, que de faire des apostats: ces francs hvpocrites, en un mot, qui ont des paroles mielleuses à Ja bouche, et, sur le front, une hardiesse et une effronterie dignes des hommes qui les paient pour ce tralie honteux.

Prenant cejfendant son parti, il se décida à ne pas manquer à l'hospitalité promise, et, adressant Ja parole à ce colporteur, il ui démanda où étaient les bibles qu'il colportait.

LE COLPORTEUR : Dans le paquet que je viens de déposer sur le plancher de cette chambre.

JEAN-BAPTISTE : Quoi ! ce sont des bibles que vous avez dans le paquet que vous avez jeté, sans facon, dans un coin de cette chambre D En vérité, il parait que vous avez un erand respect pour ce livre divin! Ace que je VOIS, vous ne vous contentez pas de le trainer par les chemins comme une vile marchandise, mais voilà que vous le jetez sur un plancher où je ne voudrais pas mettre le chapeau qui ine couvre Ja tete !

LE COLPORTEUR : Vous ne m'avez pas offert une table pour le déposer... 3

JEAN-BAPTISTE : Hh! qui aurait jamais imaginé que c'était la parole de Dieu que vous traitiez ainsi !— Alors Jean-Baptiste va prendre le paquet qu'il dépose sur une table.

LE COLPORTEUR : Aurais-je le plaisir de vous donner une de ces bibles, pour vous remercier de votre généreuse hospitalité ?

JEAN-BAPTISTE : Je vous remercie, monsieur. — Je ne veux pas d'une bible sortant de ce paquet. — Vous ne leur portez pas assez de respect pour me faire croire que ce soit des bibles véritables. — À moins que vous ne sachiez pas ce que c’est que Ja bible.

LE COLPORTEUR, avec vivacité : Je suis protestant, mon ami, voilà pourquoi je connais ce qu'est une bible ; — voilà pourquoi je crois à la bible, — j'aime la bible et je mourrais mille fois plutôt que de me séparer de ma bible. —

Apres celte explosion d'amour biblique, le colporteur se mit à débiter a Jean-Baptiste, des phrases apprises dans les pamphlets grands el pelits dont les sociétés des bouxies cteintes font inonder les routes publiques, les villes et les campagnes de l'univers el jusqu'auc maisons où un honncte homme n'a jamais mis le pied. Tenant sa patience à deux muins, le brave Jean-Baptiste le laissa parler tout « son aise, bien assuré d'avoir bientôt l'orcasion de le prendre dans le piège qu'il venait lui tendre dns sa maison.

LE COLPORTEUR, s'animant de plus en plus dans son discours, en vint à ve degré d'effervescence protestante, où le feu bibiique fait voir des étoiles en plein midi. Alors d venta, loua, exalta jusqu'aux nues la marchandise qu'il trainait par les chemins. (Hélas ! hélas ! c'était son gagne pain 1) 1 termina enfin son grand, solennel el chaleureus discours, Sur un ton toutefois assez doucereux, en faisant ne assez serle leçon au brave Jean-Baptiste sur la simplicité qui lui fuisait un devoir d'écouter ses prétres qui lui interdisaient la lecture de ce livre &ivin. Sachez, mon ami, ajoutat-il avec l'assurance d'un Lomme inspiré. sachez que la lecture &e la bible est absolument nécessaire au salut. Puis àl s'arréta pour respirer un peu : il était vraiment hors d'haleine.

JEAN-BAPTISTE : Je vous avoue que cet avancé me sem-

ble singulièrement étrange, pour ne rien dire de plus. 2 faut absolument lire Lx bible pour étre sauvé ! Si ce principe était vrai. il faudrait en conclure, que tous ceux qui ne savent pas lire seraient, par là même, exclus du royaume des cleux.

LE COLPORTEUR, croyant par son audace, en imposer d son adversaire : Je sais ce que je dis, mon ami : il faut absolument lire la bible pour être sauvé.

JEAN-BAPTISTE : Si votre avancé est vrai, il faut en conclure que, avant de se séparer de ses Apôtres, Jésus-Christ aurait du leur tenir ce langage : “ Le temps est arrivé où “ je dois retourner vers celui qui m'a envoyé. Je vous char- “we du salut de tous les hommes présents et futurs. N'ou- “ bliez pas un mot de ce que je vais vous dire. Au lieu ‘ d'écrire ce que je voulais apprendre aux hommes et le “ Jour laisser en dépôt, je me suis contenté d'annoncer la ‘ parole de Dieu de vive voix. Vous vous garderez bien “ de faire ce que j'ai cru devoir faire. Vous ferez tout le “ contraire.

“ Du moment donc que je serai monté au ciel, vous vous “ mettrez immédiatement à l’œuvre. Mettez par écrit tout “ce que j'ai fait et tout ce que j'ai enseigné, sans omettre “un cfa, ear la terre ne doit rien perdre des actions ou des “ paroles de l'Homme-Dieu. Pour venir à bout de cette immense tàche, vous aurez soin de vous procurer un “grand nombre d'écrivains qui copieront des millions et “ des millions d'exemplaires de ce que vous leur aurez dic- “16 Ensuite, vous aurez soin de faire une ordonnance que “ vous enverrez porter dans toutes les parties de l'univers, connues où inconnues. Cette ordonnance, signée de vous “tous, oblisera tous les individus, grands ou petits, riches “ où pauvres, idiots ou autres, qu'ils en aient le temps ou “les moyens, cela ne pourra servir d’excuse, d'apprendre à “ Lire tous dans la même langue.

“ Quelques années plus tard, vous ferez des paquets de “ ces biblos ; vous les donnerez à des colporteurs qui iront

“es distribuer d loutes les nations, en disant à chaque in- “dividu: Celui quine se procurera pas une bible et qui ne la li- “ra pas, sera condamné. Cela fait, vous vous en irez chacun “ chez vous : et l'univers sera converti. ” (1)

Je ne vois nulle part dans l'évangile, que cette manière de convertir l'univers, ou de faire connaitre la doctrine du Sauveur du monde, ait été mise en pratique par Jui-même ou par ses apôtres. Cela me fait croire que Jésus-Christ et ses envoyés n'étaient pas protestants, ajouta Jean-Baptiste.

LE COLPORTEUR, croyant que cet adversaire était aussi ignorant que ceux qu'il avait assez souvent rencontrés ailleurs, parmi les Canadiens, sur les enseignements de la bible, et que Jean-Bapliste ne comprenait pas qu'il venait de réduire au néant, le principe qu'il mit en avant : faut lire la bible pour être sauvé: ne daigna pas faire méme un semblant de réponse à ce qu'on venail de lui dire. Qu'aurail-il pu répondre de raisonnable ? Mais, suivant la pralique de ces audacieux ignorants, qui prennent des avancés hazardés pour des principes incontestés, il éleva la voix el puis lança, pour la troisième fois, son principe à la face de Jean- Baptiste, qui allait lui faire passer la plus triste nuit qu'il eût jamais passée : Vous êtes, mon ami, dans une erreur déplorabic. dit-il. Sachez donc, encore une fois, que celui qui ne læa pas la bible ne saurait être sauvé. Puis, après une pause majestueuse comme en savent prendre les charlatans : j'ajoute qu'il faut suivre /a bible, toute la bible, rien que la bible.

JEAN-BAPTISTE : Votre dernier avancé m'étonne pour le inoins autant que le premier. Quoi! #/ faut suivre lu bible, toute la bible et, surtout, rien que la bible ! Vous la suivez done de point en point, ou, comme on dirait, de fil en airuille, vous, monsieur le colporteur ?

LE COLPORTEUR : Oui, certainement, mon ami: je la suis et je pratique fidèlement tout ce qu'elle enseigne. Mais, remarquez-le bien : toute la bible et rien que la bible.

JEAN-BAPTISTE : Dans ce cas, je me permettrai de vous demander si vous avez des bibles de la traduction de Sacy.

(1) Voir la 2me Conférence du cardinal Wisuan,

LE Corronreur: J'en ar certainement. Et pourquoi, je vous prie, me faites-vous cette demande ?

JEAN-BAPTISTE : Je voudrais avoir une de ces bibles de Sacy qu'on a fait apostasier pour les rendre protestantes, afin de vous en soumettre certains textes qui auruent rapport à ce que vous venez de me déclarer, savoir : qu'il fallait suivre foute la bible el rien que lu bible. Ju m'apperçois, au reste, que Vous Ie prenez pour ignorant auquel on en impose par un air de suliisance, Jai besoin surtout de vous faire prouver, par be bible, vos avancés étranges, et comme vous venez, je pense, pour me faire protestant, 1l n'est que juste que vous me prouviez que Ja bible condamnne les catholiques et est en faveur des protestants.

LE COLPORTEUR, passableneut intrigus : Quoi! vous connaissez la bible traduite par Ar le Waistre de Kary 2 certainement j'en ai... Et c'est avec plaisir que je vais vous en donner une.

Aussilôt, le colporteur va à son paquet, ouvre el en prend une bible de Nacy qu'il vient présenter à Jean-Baptiste, en lui adressant ces paroles : Ja bible traduite par Mr de Kacy, est très répandue parmi nous : c'est une trés bonne traduction.

Jean-Baptiste parcourt cette bible en silence, pendant envi ron cinq minutes ; puis va & une armoire en tire quatre volumes, in-folio, proprement enveloppes, el vient les poser sur l& table près de laquelle élail le colporteur.

LE COLPORTEUR : Quels sont done ces livres ?

JEAN-BAPTISTE : C'est la bible de Kacv, monsieur ; je m'en sers pour m'aflermir dans ma foi ; elle m'a été prétée par mon vénérable curé ; elle est déja tres ancienne, édition de 1715, comme vous pouvez le voir sur le frontispice. Je l'ai mise sur la table pour la confronter avec celle que vous venez de m'offrir, car, en parcourant la votre, j'ai cru m'appercevoir qu'elle n'était pas semblable à celle que je possède. Veuillez, monsieur le colporteur, m'aider à en faire la comparaison. Dites-moi, ajouta Jean-Baptiste, Si la vôtre contient Tobie, Judith, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Baruch,

le premier et le second livre des Macchabées 2 De plus, votre bible contient-elle les sie chapitres d'Esther et les deux de Daniel qu'on m'a dit manquer dans les bibles protestantes ?

Le CorrorreuRr : Non, mon ami, ma bible de Kacy ne contient pas les livres que vous venez de nommer, ni les fragnients d'Esther et de Daniel.

JEAN-BAPTISTE : C'omiment donc est-il arrivé que votre édition ne renferme pas ce que renferme la mienne ?

LE COLPORTEUR : Ceux qui, au commencement du XVI siècle, ont fondé la relicion protestante, ont jugé à propos de ne regarder comme inspirés que les seuls livres de l'Ancien Testament quisont contenus dans le Canon attribué à Esdras.

JEAN-BAPTISTE : Qui a donné à ces hommes le droit de changer ce que toute l'antiquité chrétienne avait admise ? Dans le temps d'eflervescence religieuse où ils vécurent, il a pu se faire qu'on les ait cru sur parole ; mais aujourd'hui que l'histoire à mis à nue leur vie scandaleuse et leur doctrine désastreuse, peut-il se rencontrer un homme qui se respecte tant soit peu, qui veuille admettre ce qu'ils ont décidé et soutenir ce qu'ils ont réglé ? Car tous ceux qui ont une connaissance, méme élémentaire, des motifs qui les faisaient agir, savent pourquoi ils ont retranché un si grand nombre de livres du catalogue des écrits divinement inspirés. Afin que vous ne les ignoriez pas, Mr le “ Le motif “principal de cette étrange innovation, dit lPauteur de “ l'ouvrage intitulé : La Bible mutilée, était d'enlever aux

colporteur, je vais vous les donner ; Les voici :

catholiques plusieurs des livres inspirés par lesquels ils défendaient, à l'exemple des anciens peres, les dogmes que la réforme avait attaqués comme autant d'erreurs introduites dans l'Eglise romaine ; te, que la liberté de l'homme, la nécessité et le mérite des bonnes œuvres, l'amissibilité de la justice, l'intercession et le culte des anges et des saints, la prière et le sacrifice pour les morts, et, par suite, le purgatoire (1). ?

(1) Ceux qui voudraient étudier à fond la question que je ne fais qu'esquisser

Vous pouvez juger maintenant, monsieur le colporteur, quels étaient les vrais motifs qui ont engage les scanda- Jeux fondateurs du protestantisine à retrancher les livres qui manquent dans votre bible. IS n'avaient pas d'autre but, pour mutiler le livre divin, que celui de faire la guerre à l'Eglise catholique qui les avaient chassés de son sein à cause de leurs erreurs ; 11 vouliientse mettre à l'aise et s'affranchir de toute contrainte morale ; prendre des épouses nonobstant leur vœu de chasteté et puis enfin se Hvrer sans remords à tout ce qui pouvait fatter leur orgueil satanique ou leurs passions déréglées. Vous pouvez, en verité, vous glorifier de marcher à la suite de tels hommes Et puis, gjouta Jean-Baptiste, Tous osez venir offrir une semblable bibie à des catholiques 2 # Une bible, dit Mor Rendu, “ que vous avez pris soin de mutiler, de changer, de corri- “ger, interpréter, falsifier, et torturer pour la réduire à ex- # primer vos opinions ? Une bible qui ne ressemble à elle- “ même que comme le Kauveur des hommes se ressemblait “en sortant de Ja main des bourreaux, quand un magistrat “infidèle, vint le montrer au peuple en disant : Voilà “ l'homme. ”

LE COLPORTEUR, ave vivacité: La bible que je vous ai offerte est vraiment celle de Kacy…

JEAN-BAPTISTE : Ni c'est vraiment Ja bible publiée par Nacy, que sont devenus les sommaires qu'il avait mis à la tête des chapitres et les notes explicatives qu'il avait placées au bas des pages, comme vous voyez dans celle que Jai? Kegardez-bien, gjouta Jeur-Baptiste.

LE COLPORTEUR, #e sachant trop que dire, hazarda la réponse suivante : Nous en avons ôté les sommaires et les notes ex: plicatives, pour en diminuer le voiume et la rendre plus portative.

JEAN-BAPTISTE : Vous avez de l'esprit comme un ange, en vérité. Quelle admirable réponse vous me faites ! mais,

ici, pourront lire : Za Bible mutilée. Ts y trouveront des preuves abondantes de l'inspiration des livres retranchés par les protestants,

parlons sérieusement, Pourquoi répondre, si vous ne voulez pas dire ja vérité ? On dirait que vous avez fait un pacte avee l'esprit de mensonge, pour mentir, mentir toujours, mentir jusqu'au désout.

Puisque vous ne voulez pas dire tout haut le motif de cette honteuse mutilation, je vais le dire, moi, à votre place; le voici: Ja bible de Nacy, par ses sommaires et, surtout, par les notes explicatives, pouvait guider ceux qui la hraient et les mettre sur la route de découvrir la vérité, le vrai sens de ce qu'elle ensvigne et les conduire ainsi à l'Église catholique dont, soit dit entre nous, vous avez autant d'horreur que le démon en a de l'eau bénite. Et puis, il est si avantageux pour celui qui veut prendre du poisson, de jeter sa ligne en eau trouble, Mr le colporteur ! !

LE CoLrorTEUR : Ma bible de Nacy est aussi catholique que la vôtre, mon ami. Puis, reprenant d'un air de triomphe : voyez plutôt, et lisez vous-même les approbations qu'elle porte ; 1° approbation de Mr l'abbé le Courcier, théologal de l'église de Paris ; 2° approbation des docteurs en théologie de la facullé de Paris ; 8° mais Surtout, permission de publier donnée par Son Eminence Monseigneur le cardinal de Noailles, archevéque de Paris.

Vous ne pouvez donc avoir le moindre doute sur l'authenticité de cette bible, et vous devez la recevoir comme parfaitement catholique, puisqu'elle porte de telles approbations.

JEAN-BAPTISTE, #e pouvant plus contenir son indignation pour une telle impudence : Misérable employé par l'esprit de mensonge et de fourberie, vous osez, sans mourir de honte, vous faire l’apologiste et le propagateur de l'œuvre indigne de ces protestants éhontés qui ont laissé de telles approbations à la bible de Kacy, après l'avoir mutilée ! C'est plus qu'une honte: c’est une infamie |

Je vais maintenant vous faire part du raisonnemuus qu'ont dû faire les auteurs de cette déshonorante supercherie. Veuillez me suivre.

“La bible de Sacy, telle que traduite et publiée par lui, renferme tous les Hvres de la sainte écriture recus par l'Eglise catholique : cela ne fait pas no’re aflaire. Elle

“ porte, en tête des chapitres, des sommaites et, au bas des

pages, des notes explicatives, qui ne pourraient que œui- “ der ceux qui les braient et les conduire à l'Eglise catho- Jique: ceci fait encore moins notre affaire. Elle porte en tete, les approbations de théologiens catholiques, et même “celle d’un cardinal de l'Église romaine: ces approbaiïons “ peuvent grandement nous servir auprès des cathoïiques, “Au reste, cette bible est déjà entre les mains d'un grand “nombre de catholiques...

“ Comme notre métier, depuis au-delà de trois cents ans, est de tromper l'univers par des falsifications, des men-

“songes et des calomnies sans nombre : c'est peu de chose

“ pour une conscience protestante telle que Ja nôtre, qu'ui “mensonge de plus, quelque déshonorant qu'il soit d'ail “leurs. Pour celui qui nous connait dejà, ce n’est qu'une “goute d'eau de plus dans l'océan des mers.

Point de scrupule done ! Prenons la bible de Kacy : re- “tranchons-en les livres que nous ne voulons pas admettre, “Jes sommaires et les notes qui sont trop catholiques. Ne con- “servons, au frontispice de cette bible, ainsi mutilée, que les approbations des autorités catholiques qu'elle avait “avant qu'elle fut ainsi rendue protestante : puis, nous “la présenterons aux catholiques sans défiance. Par le “moyen de cette petite ruse très protestante, nous aurons “ Favantage de voir notre bible répandue parmi les catho- “liques.”?” Ce qui fut dit, fut fait, gjouta Jean-Baptiste (1).

Il est permis de croire, continua notre brave compatriote, que les auteurs de cette sainte ruse protestante durent être invités à un grand souper, pendant lequel on but force santés à la bonne for, à l'honorabililé et surtout, au zèle évun dés lique de ceux qui s'étaient faits les héros de cette nouvelle invention biblique.

(1) Edition imprimée à Bruxelles, 1855,

Le colporteur, aussi honteux qu'un renard qu'une poule aurail pris, veut balbutier quelques excuses que Jean-Basptiste repousse avec ces énergiques paroles : Nachez, monsieur, qu'on n'est jamais recevable à vouloir excuser un cône volontaire de faux. Les hommes qui commettent un tel attentat, mème pour des intérêts temporels, sont déshonor£s pour toujours.

Ceite supercherie diabolique, ajouta Jeux-Baptste, me donne la plus mauvaise idée des maitres que vous servez, puisqu'ils ont l’insigne scélératesse de se faire les propagateurs de ce crime odieux, dans le but de tendre un piège pour y prendre les catholiques qui ne sont point sur leurs gardes. Je comprends maintenant pourquoi vous trainez ces bibles par les chemins et les jetez, saus façon, sur le plancher des maisons où vous entrez. Par cette conduite, vous avez l'air d’avoir honte de cette marchandise de bibies falsifiées que vous portez dans ce sac. Je vous en loue, car c'est un reste de pudeur de votre part.

LE COLPORTEUR : Sachez, mon ami, que nous avons plus de respect pour la bible que vous en avez : ous en parlons sans cesse, nous la lisons chaque jour, et nous ne cessons d'en faire l'éloge auprès de tous ceux que nous rencontrans même sur les chemins,

JEAN-BAPTISTE : La dernière phrase de votre réponse me rappelle un fait qu'on dit s'être passé à Beaver, au foyer méme du schisme canadien de l'Illinois. Voici ce fait, bien digne de trouver place dans la chron'que protestante, On raconte done que dans les p'emiers mois où les adhérents à ce pauvre schisme avorté reçurent des bibles du grand réformateur de l'extréme ouest, ls ne pouvaient tenir en place. Ils couraient, fout essoufilés, les maisons, les chemins, les champs, les prairies même avec leurs bibles à ]1a main ou dans leurs poches. Le feu biblique protestant semblait les tourmenter, comme les faons des prairies tourmentent les pauvres bêtes qui y broutent l'herbe. Cette lecture les avaient rendus tout-à-coup si protestants qu'ils avaient l'air de croire que l'odeur seule de leurs bibles, charroyées

en plein air, allait rendre tout l'univers protestant... Ce que toutefois l'on peut aflirmer, c'est qu'on leur avait fait croire que le Pape allait tomber (ils préparaïent déjà leurs habits de féte pour aller à son enterrement) ; l'Eglise catholique disparaitre pour toujours de la surface de la terre et, surtout, que l'exemple de leur apostusie allait avoir une telle influence sur leurs anciens compatriotes, que bientot tout le Canada allait sc joindre à eux pour ne suivre que la re/iœion de la bible. C'était un bien beau rève, n'est-ce pas, Mr le colporteur ? s'écria Jeun-Bapliste.

Par ces dernières paroles, le colporteur comprenant qu'il était tombé en de très mauvaises mains et qu'il n'y avait rien de bon à espérer d'un homme aussi fortement entiché de sa relixion, se leva pour aller remellre dans son sac la malencontreuse bible qui lui avait valu tant de remarques assommantes. Mais Jean-Baptiste, qui ne voulait pas le tenir quitte à st bon marché, le pria de ne pas empaqueler sa bible pour le moment. J'en ai besoin, dit-il au colporteur, encore pour quelque temps. Veuillez donc vous rasscoir, car je n’en ai pas fini avec vous. Avant de nous aller reposer, je voudrais discuter avec vous votre grand principe : La bible, toute la vible, rien que la bible. De plus, vous m'avez déclaré que, conséquent à votre principe, vous pratiquiez tout ce que renfermait la bible. Pour faire cet examen, nous allons prendre pour juge la bible tronquée que vous avez voulu me donner pour la vraie bible de Sacy.

Le colporteur élait trop avancé, pour pouvoir reculer avec honneur Force donc lui fut de se résigner à son sort.

Page 1