‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 25 sur 49 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pritres avant ot après les repas. — Raison individuelle, = Colportage de Ia bible, Lecture de la bible. — Les Apôtres ont reçu la mission de prêcher. — luterprétation individuelle, — Clarté de la bible, — Assistance de l'Esprit-Saint pour le lisenr de bible,

JEAN-BapTisTe : Mr le colporteur, avant de prendre mon souper, ce soir, j'ai dit le bénédicité : vous ne l'avez

point dit, j'ai remercié Dieu, après avoir mangé ; vous ne l'avez pas fait. Vous allez m'aider à décider, par la bible, qui de nous deux a agi conformément à ce qu'elle reaferme sur ce sujet.

LE COLPORTEUR, avec un air de satisfaction : Je suis bien aise, mon ami, que vous me proposiez de vérilier si cette pratique, que suivent les catholiques, est conforme à la bible. Vous m'avez probablement condamné pour n'avoir pas fait comme vous ; je suis bien heureux de vous faire voir que jai eu raison et que vous avez eu tort.

Jean-Baptiste, qui s'attendait a celle réponse, alla chercher un pelit cahier, écrit à la main, que son curé lui avail donné. Dans ce petit cahier, étaient indiqués les textes de la Sainte Bible qui prouvaient les pratiques catholiques et les dogmes contestés par les protestants. Alors il pria le colporteur de prendre sa bible et de lire les endroits qu'il allait lui indiquer. Il condamnait ainsi le commerçant de bibles à lire sa propre condamnation.

JEAN-BAPTISTE : Veuillez donc nous lire le 10€ verset du 8° chapitre du Deutéronome. Prenez d'abord connaissance des trois versets précédents 7, 8, 9, et vous verrez qu'il y est parlé des fruits que Dieu devait faire produire à la terre promise.

LE CoLpoRTEUR lit: “ Afin qu'après avoir mangé et “ vous être rassasié, vous bénissiez le Seigneur, votre Dieu, “ qui vous aura donné une terre si excellente. ”

JEAN-BAPTISTE : Ceci ressemble pas mal à la pratique catholique de dire les grâces après le repas, n'est-ce pas. Mr le colporteur ?

Lisez maintenant le 13° verset du 1 livre des Rois, chap.®e.

Le CornrortTEURr : “ Vous ne serez pas plutôt entré dans “Ja ville, que vous le trouverez (l’homme de Dieu) avant “qu'il monte au lieu haut pour manger ; le peuple ne “ mangera pas jusqu'à ce qu'il soit venu, parce que c’est “ lui qui béxit l'hostie ; après cela, ceux qui y ont été appe- “]és, commencent à manger.”

Juax-Dirrire : Ne vous semble-t-il pas, Mr le colpor-

DU CATUOLIQUE. 5

teur, que ce texte prouve clairement la pratique catholique de bénir la table avant de manger, ou, si vous l’aimez mieux, de dire le bénédicité ?

Consultons maintenant le Nouveau Testament. Liseznous le 19° verset du chap. 14° de saint Matthien.

LE COLPORTEUR, en faisant la moue : “ Et après avoir “ commandé au peuple de s'asseoir sur l'herbe, 11 (Jésus- # Christ) prit les cinq pains et les deux poissons ; et levant “les veux au ciel, à les bénit ; puis rompant les pains, il les “ donna à ses disciples, et les discipies les distribuërent au “ peuple. ”

JEAN-BAPTISTE : Ce texte n’est certainement pas pour vous, Mr le coiporteur. Quant à moi, j'ai raison de me trouver honorer de faire comme Jésus-Christ a fait.

Lisez maintenant le 80° verset du 26* chap. de saint Matthieu. N'oubliez pas que Jésus-Christ venait de faire son dernier repas avec ses disciples.

LE COLPORTEUR, fort intrigué : “ El après avoir chanté le cantique d'action de gräces, ils s'en allèrent à la montagne des “ Oliviers. ”

JEAN-BAPTISTE : Décidément, j'ai raison de dire mes gràces après mon repas, puisque Jésus-Christ, mon précepleur, me l'a enseigné par son exemple.

Maintenant, je vous prie, Mr le colporteur, de vouloir bien nous lire le 30° verset du 18° chapitre de l'évangile selon St-Jean. Je vous avertis de faire attention que c’est après la scène. Vous allez trouver quelque chose qui est en votre faveur.

LE COLPORTEUR {it aver empressement : “ Judas ayant “ donc pris ie morceau, sortit aussitot. ”

JEAN-BAPTISTE : Que pensez-vous de ceci, Mr Île colporteur ? Jésus-Christ et es apôtres, conmne nous venens de le voir, ont récité l'hymne d'actions de grâces après le repas. Judas seul sort aussitôt et sans dire ses grâces. Voilà, n'estce pas, un fort bon protestant. Je regrette cependant d'être obligé de vous dire qu'un peu plus haut, l'évangéliste

4û LE PETIT ARSENAL

nous avait dit qu'après avoir pris le morceau trempé, Le protestant Judas avait reçu la visite de Satan dans son cœur. Ï paruitrait donc que Natan n'aime pas qu'on dise ses gréces. C'est donc un peu compromettant pour un chrétien que de ne pas remercier Dieu apres son repas. Cela rappelle ce que fit Judas. Quant à moi, j'aime mieux faire comme Jésus-Christ et ses apôtres. Pensez-vous que j'ai tort ?

LE COLPORTEUR : Ce n'est pas l'usage chez nous de remercier Dieu après avoir mangé.

JEAN-BAPTISTE : Je vous ai déjà dit que les pauvres bêtes des champs avaient aussi cet usage. Vous pourriez bien, sans danger, ne les pas prendre pour modèle.

Voyons maintenant, continue Jean-Baptiste, si les apôtres ont cra devoir imiter le protestant Judas. J'appelle Judas un protestant, parce qu'il me semble en avoir toutes les allures : il ne dit point ses graves ; 11 se sépare des catholiques qui alors étaient les apôtres ; il se sépare encore de la société de Jésus-Christ qui représentait l'Eglise ; 1] va faire amitié avec ses ennemis ; enfin il le vend pour un peu d'argent. &e., &c.

Voyons maintenant ce qu'ont fait les apôtres. Allons aux Actes des Apôtres, chap. 27, v. 25.

LE COLPORTEUR : “ Après avoir dit cela, il (St-Paul) prit “ du pain, et ayant rendu graces « Dieu devant tous, 1 le rom- “pit, et commença à manger. ”

JEAN-BAPTISTE : Il parait que $St-Paul n'était pas protestant, puisqu'il disait son bénédiité, conime un bon catholique canadien qui, pour justilier cette pratique de dire le bénédicité et les grûves, se trouve appuyé sur deux grandes autorités, Jésus-Christ et St-Paul.

Voyons maintenant ce que le même apôtre écrit aux Romains (1j. Veuillez, monsieur, uous iire ce verset.

LE COLPORTEUR, #n peu surpris de ce que Si-Paul n'avait

pas voulu manger comme un protestant : * Celui qui mange de

(1) Chap. 14, v

“ font, le fait aussi pour plaire aa Seigneur, car d en rend & races à Dieu : et celui qui ne mange pas de tout, le fait “aussi pour plaire au Neïgneur, é{ en rend aussi grâces à Dieu. ”

JEAN-BarTisiE : Vous le voyez, Mr le colporteur, votre bible protestante plaide contre vous pour la pratique catholique de dire le bénédirilé et les gräces. Je suis vraiment faché de me voir obligé d'en conclure qu'il vous faut modifier un peu votre grand principe : la bible, toute la bible, rien quela bible, par cette restriction : moins toutefois Ja pratique catholique de dire le bénédicité el les graces, qui est clairement indiquée par la bible protestante.

LE COLPORTEUR, qui ne peut nier l'évidence : En effet, ces textes me paraissent assez clairs : je n'y avais pas fait assez d'attention en le lisant, (4 est probable qu'il aura pleuré bien longtemps le péché qu'il venait de commettre pour avoir dit la vérité peut-être pour la première fois de sa vie). Puis, voulant se juste fier à la façon de ce docteur de la loi dont parle St-Luc (1) : Il faut cependant avouer, mon ami, qu'il n’y a point de commandement formel de suivre cette pratique.

JEAN-BAPTISTE : Permettez-moi de vous répondre que cette excuse ne peut valoir pour des hommes qui, comme vous, ont pour principe avoué de suivre foule la bible. Or, la bible fait mention, en plusieurs endroits, de la bénédiction de la nourriture qu'on est sur le point de prendre : je vous l'ai prouvé abondamment. De plus, la bible nous enseigne d'être reconnaissant. Koyez reconnaissant dit St-Paul (2). Ces paroles, vous ne pouvez le nier, expriment un commandement. Cette doctrine de Kt-l'iul est conforme à la conduite de Jésus-Christ qui bläme hautement les neuf lépreux qui, après avoir été guéris, avaient manqué au precepte de la reconnaissance du bienfait recu. “ Tous les dix “n'ont-ils pas été guéris ? dit Jésus-Christ Et où sont “ donc les neuf autres ? Il ne s'en est point trouvé qui

(1) Ch.10, v. 29. (2) Col. ch. 8, v. 15,

“ soit revenu, et qui ait rendv gloire à Dieu que cette * étranger (1).”

Si, après ce au’enseigne votre bible, vous voulez conti. nuer à ne pas dire votre bénédiritéet vos gräres, vous voudrez bien me permettre de croire que vous manquez, en cela, de reconnaissance envers Dieu pour le bienfait signalé de la nourriture qu'il vous donne chaque jour (2).

Permettez-mo1 maintenant de vous soumettre d’autres difficultés, que je ferai précéder de quelques observations.

Je vous avouerai candidement, Mr le colporteur, que je suis convaincu que, par le fait même d'être ou de se faire protestant, on ne devrait pas cesser d’être un homme sujet à se tromper, ce qui est, vous le savez, le triste apanage de l'humanité déchue en Adam ; à moins peut-être qu'un proiestant ne soit un être privilégié : ce dont je n'ai nulle garantie. Je vous avouerai, de plus, que, dans mon opinion, il doit y avoir un peu de témérité dans un protestant, sachant souvent à peine lire, de vouloir condamner deux cents millions de catholiques, par une interprétation d’un texte biblique, contraire à celle qu'ils lui donnent. Enfin cette témérité protestante paraitra peut-être un peu tenir de l’extravagance (pardonnez-moi ce mot). Ni l’on réfléchit que son interprétation individuelle est contraire non-seulement à celle des catholiques, ses contemporains, mais encore à celle de tous les catholiques qui ont vécu depuis dix-huit cents ans, lesquels, pas un seul excepté, donnent un démenti unanime et constant à l'interprétation personnelle de ce liseur de bible !

Ceci, toutefois, soit dit sans la moindre prétention de vous empêcher de croire que, par là même que vous êtes protestant, vous avez, à vous seul, plus de jugement, de bon sens, de luraiere, de savoir et de science biblique, que tout le reste de l'univers.

Maintenant j'en viens aux difficultés que je voulais vous

(1) Luc, ch. 17, v. 17,18. (2) Voir à l’Appendice, L

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soumettre sur la nécessité de Tire la bible et sur le principe protestant de l'interprétation individuelle,

Vous m'avez déclaré, Mr le colporteur, que vous suiviez toute la bible, rien que la bible. Dans ce cas, vous allez me montrer, dans les fragments de cette bible tronquée que vous avez entre les mains, où est le texte qui vous ordonne ou, du moins, vous autorise à trainer la parole de Dieu par les chemins et à venir importuner les catholiques d'accepter vos bibles, leur d:clarant qu'on ne peut être sauvé san: lire lu bible.

LE COLPORTEUR : Je sais bien qu'il n'y a aucun texte formel qui nous autorise à aller distribuer des bibles à tout le monde ; mais la charité ne nous fait-elle pas un devoir de fournir à nos semblables les moyens de connaitre la vérité et la voie du salut ?

JEAN-BAPTISTE : Je prends acte de votre aveu : la bible ne vous autorise point à courir le monde pour distribuer des bibles. Maintenant, laissez-moi faire un petit raisonnnent avec votre conduite et votre principe. Je suis la bible, mais rien que la bible : or, la bible, de mon aveu, ne i'autorise par aucun texte à courir les champs pour la distribuer et à condamner à une perte infaillible celui qui ne la liru point : donc, tout protestant, qui veut suivre ce principe, sera condamné à déraisonner, ou, ce qui revient à la imcime chose, devra passer pour un extravagant.

Et puis, Mr le colporteur, combien elle est touchante cette charité protestante envers les catholiques ! Quel bon cœur on à quand on porte constamment une bible dans sa poche! Qui n'admirerait, par exemple, cette sainte et biblique charité qui vous condamne à courir les champs une grande partie de votre vie pour éclairer et instruire les ignorants catholiques, je voulais dire, pour gagner une pauvre pitance, destinée à vous nourir ainsi que ceux qui dépendent de vous ! Aussi, ils sont à prendre en grande compassion, ces Canadiens catholiques, avec leurs magnifiques églises, leurs belles cérémonies religieuses ; leur clergé si digne et si

respectable : Jour merveilleuse union dans une même foi, ces sources abondantes de graces qu'ils puisent dans les sacrements; ce banquet divin où ils vont recevoir le pain de vie: leurs nombreuses communautés religieuses si régulières, Si dévouces à toutes les miseres de Ja pauvre humanité; enfin, ave: leur saint et vénérable chef que la persécution grandit, que la calomnie embellit et que l'univers admire. Oh si dans leur araour, les colporteurs de bibles pouvaient done Jes arracher du sein de cette vénérable Eolise catholique, et les priver de tout ce qui fait leur bonheur en ce monde: quel sublime acte de charité protestante UT

LE Coiporreutr : Dites tout ce qu'il vous plaira, je n'en soutiendrai pas moins qu'il faut lire Ja bible pour s’insture de sa religion et connaitre la vérité.

JEAX-BiPrisTE : Je serais d'accord avee vous, si vous pouviezine prouver, par Ja bible, que Jésus-Christ et les apotres ont emplové cemoyven pour sauver le monde. Vous he le pouvez pas et ne le pourrez jamais prouver. Je vous ai déjà dit que votre grand principe protestant, de la nécessiié de lire la bible, m'est point dans la bible. J'y vois tout le contraire. Vous allez vous en convaincre par la lecture des textes que je vais vous indiquer, Lisez-nous les versets LS, 19, 20 du chap. 28 de Nt-Matthieu.

Le colportenr Hit: # Mais Jésus s'approchant d'eux, “eur parka de la sorte : fonte puissance m'a été donnée “dans le ciel et sur la terres Allez done, et tnstruisez tous es peuples, les baptisant au nom du Pere, et du Fils, et du “Naint Esprit : et leur apprenant a observer toutes les choses “ que je vous ai connnandées !1?

JEAN-BAPTISTE : Lisez-nous inaintenant les versets 15 et 16 du chap. 16 de Ki-Mare.

Le colportenr tif: SET leur dit : allez par tout le monde précher l'érangile à toutes les créatures. Celui qui croira et “ sera baptisé, Sera sauvé ; mais celui qui ne croira point, “ sera condamné, ?

C'est bien, ajouta Jean-Baptiste. Allez maintenant au chap. 20 de St-Jean, v. 21.

Le colporteur lit: “Et il leur dit une seconde fois: la “ paix soit avec vous ! Comme mon Pere m'a envoyé, je “ vous envoie aussi de même, ?

JEAN-BAPTISTE : Dites-moi maintenant que signifient les textes que vous venez de lire ? Avant de répondre, faites bien attention qu'il s'y agit d’une mission que donne à ses envoyés celui à quitout pouvoir à été donné dans le ciel et sur la terre, et à qui le Père à donné toutes les nations pour héritage (1). Le texte de cette mission doit donc être clair et prescrire le moyen qu'ils emploieront, afin de recueillir cet héritage pour celui à qui il a été donné.

Le colporteur ne répondant point, Jean-Baptiste continue : Vour tout homme qui a de l'intelligence, ils veulent dire que Jésus-Christ ordonne à ses envoyés, non pas d'aller distribuer des bibles pour recueillir cet héritage où convertir l'univers, comme font les sociétés bibliques par le moyen des colporteurs comme vous, mais seulement et formellement d'aller parler, précher, instruire toutes les nations de VIVE Voix. Les envoyés de Jésus-Christ sont donc ceux qui, se conformant à l’ordre qu'ils en ont reçu, vont précher l'évangile, comme font encore aujourd'hui et comme feront jusqu'à la fin du monde, les missionnaires de l'Eglise catholique. Le système protestant de faire lire la bible, pour convertir le monde, est donc contraire à l’ordre que Jésus-Christ à donné à ses envoyés. Il est donc faux.

Ce système protestant est également contraire à ce qu'enseigne saint Paul (2). “ Carla foi vient de ce qu'on a “entendu, et on a entendu parce que la parole de Jésus- “ Christ a été prèchée, ”

La foi ne vient donc pas par les yeux, c’est-à-dire, par la lecture de la bible, mais par les oreilles, c'est-à-dire, en écoutant les envoyés de Jésus-Christ, & non la lecture de la bible.

(1) Ps. 11, v. 8 (2) Rom. ch. 10, v. 17,

Votre système protestant, de courir les chemins pour donnez au monde des bibles, comme unique moyen de faire connaitre la vérité aux hommes et de sauver le monde, est donc parfaitement faux et absolument contraire à l’évangile. Malgré cela, les protestants de tous les pays, n'en répèteront pas moins leur éternel refrain : ‘oute la bible, rien que la bible.

J'ajoute que les moyens employés par les protestants pour convertir l'univers, étant directement opposés à celui qu'il a plu à Jésus-Christ de pressrire pour faire connaitre la vérité, il en résulte la parfaite inutilité des moyens protestants, excepté pour faire des apostats ou pervertir les catholiques, par la raison que Fassistance divine n’est promise qu'à ceux qui suivront l'ordre prescrit par le Divin Hérilier des nations ; à ceux-ci il a dit: Voila que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation des siècles.

LE COLPORTEUR, impatienté : Est-ce que Jésus-Christ (1) ne nous commande pas de lire les écritures, ou, comme traduit David Martin: Ænquerrez-vous dilisemment des écritures ? Voilà bien un ordre formel de les lire : Nous avons donc raison d'obliger tout le monde de les lire.

JEAN-BAPTISTE : Voilà le moyen que vous employez très souvent pour tromper les ignorants : Pour leur faire croire qu'ils sont obligés de lire la bible, vous tronquez ce texte, afin de lui donner un tout autre sens que celui qu'il avait dans la pensée du Fils de Dieu. Je vais vous le prouver en vous citant le texte en entier.

“ Enquerrez-vous diligemment des écritures; car vous ‘estimez avoir par elles Ja vie éternelle ; et ce sont elles “qui portent témoignage de moi,” (traduction de David Martin que je pourrais ecntester, puisqu'un grand nombre traduisent : “ Vous lisez avec soin les écritures, parce que “vous croyez y avoir la vie éternelle ; ce sont elles, en effet, “qui rendent témoignage de moi.” Ce qui veut dire que

(1) Jean, ch. 5, v. 39,

les Juifs lisaient les écritures ; ce qui ne comporte aucun commandement de les lire).

L'ensemble de ce texte prouve ceci. Les Fuifs niaient la mission divine de Jésus-Christ ; il s'agissait de la leur prouver ; pot: la leur prouver, il fallait leur indiquer un témoignage qu'ils ne pouvaient récuser: ce témoignage était contenu dans les écrits prophétiques de l'Ancien Testament. Jésus-Christ les renvoie done aux témoignages des prophètes contenus &ans la bible. Voilà ce que Jésus-Christ disait alors aux Juifs, et pas autre chose. La divine mission de Jésus-Christ, une fois connue des Juifs, ils devaient écouter l'envoyé de Dieu le Père, qui avait déclaré à la terre qu'il élail son Fils bien-aimé, et qu'il fallait l'écouter (1).

Voilà, Mr Île colporteur, ce que signifie ce texte, x0n tronqué, maïs cité en son entier, Vouloir s'en servir, comme vous le faites, pour ablir une obliration générale de hie la bible. surtout le Nouveun Testament, üont, alors, pas un mot n'était écrit : c'est abuser et de la bible et de la crédulité des ignoïants.

LE COLPORTEUR, qui veut maintenir le principe protestant imposé a chaque indivilu, de lire lu bible : Si vous récusez le témoignage tiré de l'évangile de saint Jean, vous admettrez ce qu’enseigre clairemont St-Paul (2). Or, le grand Apôtre y enseigne que foule l'écriture est divinement inspirée pour corriger et instruire dans la justice. D'où je conclus, qu'on ne saurait connaitre la justice, ou la vérité sans lire la bible.

JEAN-BAPTISTE : Encore un texte biblique tronqué, pour faire dire à la parole de Dieu ce qu’elle ne dit pas ; ce qui prouve ou votre ignorance ou votre mauvaise foi. On vous la dit cent fois : Le protestantisme n'a pu, ne peut et ne pourra soutenir les erreurs qu'en tronquant letexte sacré ou en lui donnant une inlerprélalion qui répugne au sens des paroles.

KRétablissons, en entier, ce texte tronqué.

“ Toute écriture, inspirée de Dieu, est wfile pour enseigner, ‘ pour convaincre, pour corriger, et pour instruire selon la

mens

(1) Marc, ch, 9, v. 6. (2) II Tim. ch. 8, v. 16.

“ justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli, et parfaite- “ ment instruit pour toute bonne œuvre.”

Comme on le voit, ce passage renferme non un commandement de lire la bible, mais seulement une déclaration que la sainte Ecriture est wfile pour enseigner. Observez maintenant que cet enseignement est adressé à Timothée, que la tradition vous apprend avoir été du nombre de ceux que le même Apôtre (1) nous dit être établis par le St- Esprit pour gouverner l'Eglise de Dieu, comme on le conclut du 8° chap de la première épitre, où l'apôtre lui prescrit les règles que doit suivie un évêque.

Ceci établi, que signifie ce passage, M le colporteur ? Pas autre chose que ceci : Ceux qui ont recu la mission de l'awtorité légitime, comme Timothée, retireront une grande utilité de la lecture des Livres Saints pour enseigner, convaincre, corriver et instruire ceux dont ils sont chargés.

Que prouve donc ce texte dont vous prétendez tirer votre principe qui oblige tout le monde à lire la bible? Rien autre chose que votre ignorance ou votre mauvaise foi.

JEAN-BAPTISTE, continuant : Auriez-vous la complaisance de me dire si, dans votre système de religion, Vous laissez chaque lecteur de bible l'interpréter selon sa raison individuelle ?

LE COLPORTEUR, étonné : Comment donc, mon ami !ignorez-vous que l'interprétation de la bible, selon la raison de chaque lecteur, est le plus précieux privilège que nous ont accordé nos glorieux réformateurs du cominencement du seizième siècle !!

JEAN-BAPTISTE : En effet, il est bien glorieux votre grand Luther, qui avoue avoir été l’écolier du diable ; qui a violé les vœux de chasteté perpétuelle ; qui a accordé à Philippe, Landgrave de Hesse, d'avoir deux femmes à la fois !! Et votre glorieux Calvin, qui, jeune encore, fut marqué d'un fer rouge pour s'être rendu coupable d’un crime horrible (2), tyran de première classe, et qui meurt frap-

(1) Actes, ch. 20, v. 28. (2) Voyez Rhorbacher,

pé, par la nain de Dieu, d'une inaladie infâme (1). Et votre glorieux Henry VITE monsire dé Tubricité, de cruauté et de tyrannie ! Et puis done ce prévionr privilège donné à chaque individu qui Ha la bible, d'en interpréter les paroles selon sa fantaisie, cette source d'eau bourbense, d'où toutes les erreurs et les extravagances inaginables et inimaginables sont sorties, comme Fhistorre du protestantisme le prouve à satiété!

Mais, comme vous n'admettez que la bible et rien que lt bi ble, vous devez sans doute avoir un où plusieurs texies de cette bible, bien clairs et bien évidents, qui dounent à chaau individu protestant le droit d'interpréter, comme bon lui semble, ce livre prodigieux.

LE COLPORTEUR, lourne, retourne les feuilles de sa bible pendant assez longtemps, et, ne pouvant mettre lt main sur le prrcieux texte qui donne ce précieux privilège, il Sécrie : Kstece que la bible n’est pas claire et à Ja porté de intelligence de chacun !

JEAN-BAPTISTE : Votre exclamation ne prouve rien, Souvenez-vous que, pour me convaiere, 1me faut un texie bien évident pour prouver que vos glortenr ancétres ont eu le droit de vous donner ce précieux privilècre.

Je vous ai vu tourner et retourner les feuillets de voire bible, et il parait qu'il n’y est point, puisque vous n'avez pu le trouver. Dans ce cas, je me crois obligé de vous l'indiquer. Veuillez donc lire les versets 15 et 16 du troisieme chap. de la IT épitre de St-Pierre.

Le colporteur, rayonnant de joie, lit: Et c'est aussi co que Paul, notre très cher frère, vous a éerit selon lisa se qui lui a été donnée, comme il fait aussi en toutes ses lettres, dans lesquelles 1 y à quelques exrois difiiites en tendre, que des hommes ignorants et lévers délourneut, ausse bien que les autres écritures, à de mauvais sens pour leur propre ruine.” (Le colporleur fait ic une affreuxe grinrice).

JEAN-BAPTISTE : Vous voyez donc que l'apotre saint

(1) Voyez Audin et surtout Rhorbacher,

me + ——

Pierre qui, entre nous soit dit, devait s’y entendre autant que vous, dit précisément le contraire de ce que vous prétendez sur la clarté de la bible et sur la capacité intellectuelle de chacun de ceux qui la liront, puisqu'il déclare qu'il y a dans les épiîtres de saint Paul, des passages difficiles à entendre et, remarquez-le bien, que les ignorants et les hommes légers détournent ces passages «4 de mauvais sens pour leur propre ruine. Faites attention que saint Pierre ne dit pas seulement que les ignorants détournent certains passages des épitres de saint Paul, mais qu’il en est ainsi pour les autres écritures. Ce qui détruit de fond en comble votre avancé sur la clarté de la bible.

LE CoLPORTEUR : Je connais ce passage aussi bien que vous, mon ami. Mais ce texte ne m'enpêche pas de croire que la bible, qui a été écrite pour tout le monde, doit être à la porté de tous.

JEAN-BAPTISTE : Quand même je vous accorderais que la bible a été écrite pour tout le monde, vous n’en pourriez conclure que chaque individu peut l'interpréter à sa funtaisie, sans danger de se tromper ; car de ce que les lois d'un état sont faites pour tous les citoyens de cet état, on n’en pourrait conclure que chaque citoyen peut interpréter ces lois, sans danger de se tromper.

Quant au texte de la seconde épitre de saint Pierre, à faut tomber dans l’une ou l’autre de ces deux conclusions : ou saint Pierre s’est trompé, ou les protestants se trompent. Choisissez, Mr le colporteur.……

LE COLPORTEUR : Maïs, ne savez-vous pas que, pour comprendre la bible, nous avons l'assistance du Saint-Esprit !

JEAN-BAPTISTE : Combien admettez-vous de Saint-lisprit, dans votre symbole ?

LE COLPORTEUR : Je ne suis pas assez ignorant pour ne point savoir qu'il n‘y a qu'un seul Saint-Esprit.

JEAN-BAPTISTE : Je nr'attendais à cette réponse, et j'ajoute que c'est l'Esprit de vérilé (1), qui ne peut enseigner le

(1) Jean, ch. 14, v. 17,

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mensonge, ni se contredire. Vous admettez ceci, je pense ! LE CoprorTrur : Mais, sans aucun doute...

JEAN-BAPTISTE : À merveille ! Examinons maintenant ce qui se passe parmi ceux qui lisent la bible et l'inte:prètent selon leur jugement particulier. Kic'est le vrai Saint-Esprit, l'Esprit de vérité qui les conduit et leur donne l'intelligence de ce qu'ils lisent, dans les livres saints, ils doivent tous entendre le même passage dans le même sens, puisque /Æsprit de vérité ne peut se contredire et faire entendre à un inspiré qu'une chose est blanche et, à un autre, que la même chose est noire.

Le COLPORTEUR : Mais, mon ami, vous allez trop loin. JEAN-BAPTISTE : C’est possible.—Car j'ai la prétention de croire que, si c'est l'Exprit de Dieu, et non l'esprit d'erreur, qui dirige les liseurs de bible protestants, ils doivent tous dire la méme chose, ox banc où noir, sur le même texte. Ni, au contraire, vous ne me prouvez pas cette unanimité dans l'interprétation d'un méme texte, je vous soutiendrai en face que vous vous trompez grossièrement en prétendant que chaque protestant, du moment qu'il met le nez dans la bible, a l'assistance spéciale de l'Esprit-Saint. Or, l'exemple que donnent au monde les sectes protestantes en se contredisant sur presque chacun des textes de la bible, prouve, plus qu'il n'est nécessaire, que l'assistance du Saint-Esprit n'a pas ét£ promise et n’est pas avec les liseurs de bible protestants (1).

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