‹ Le petit arsenal du catholique ou Traité élémentaire de controverse [microforme] (volume 2)Chapitre 43 sur 49 · LE · texte numérisé non relu

LE

Saint Basile (1). “ Des dogmes qu'enseigne l'Eglise, les

* uns ont été transmis par écrit, les autres nous sont deve- ‘ nus des apôtres par le canal de la tradition. Les uns et

les autres ont une égale autorité pour nous former à la piété

‘eton se gardera bien de s'inscrire contre, pour peu ‘qu'on soit “instruit des lois de l'Eglise. Car si nous vou-

lions rejeter, comme de peu d’ importance, tous les usages dont l’Ecriture ne dit mot, il nous faudrait condamner,

* par une lémérité inouie, des choses que l'Evangile nous dé-

clare être nécessaires au salut, et même réduire à un vain nom la prédication même de la foi. Un de ces usages,

‘ pour commencer par le plus généralement pratiqué, c est ‘de marquer du signe de la croix ceux qui ont mis leur ‘espérance en Jésus-Christ : où le trouve-t-on enseigné ‘ par écrit? Un autre, c’est de nous tourner vers l'orient

pour prier : où avons nous pris cela dans l’Ecriture ? Les paroles d’invocation dont nous nous servons en montrant le pain eucharistique et le calice de bénédiction, dans

* quels écrits des saints les trouvons-nous ? Car nous ne ‘ nous contentons pas de ce qui se trouve dans l’apôtre ou * dans les évangilistes ; mais nous y ajoutons, et avant

et après, beaucoup de formules, que nous ne savons que par tradition, et qui servent à relever l'importance du mystère. Nous consacrons l'eau du baptême, l'huile des onctions, la personne même du baptisé ; mais en vertu de quels écrits ? N'est-ce pas plutôt en vertu d’une tradition secrète ? Quelie écriture a jamais enseigné les

‘ onctions mêmes que nous faisons (au baptême) ? Dans

quel livre inspiré trouvous-nous les autres choses qui se pratiquent au baptême, comme de renoncer à Satan et à ses anges ? N'est-ce pas plutôt dans une tradition secrète et mystérieuse que nous avons puisé cet usage ? N'est-ce pas dans les doctrines que nos Pères ont conservées in-

“tactes au moyen du silence, qui les a protégées contre la

(13 Lib, de Spir. sancto, cap. 27.

404 LE PETIT ARSENAL “euriosité et la mailignité ? C'est que leur sagesse lour avait appris qu'environnées du secret, ces doctrines deviendraient plus vénérables. Car, quelle convenance y “aurait-il eu a mettre par écrit la doctrine relative à des “ mystères, qu'il n’est permis de développer qu'aux seuls “initiés ?...C'est pour cette raison que certains dogmes nous “ont été transmis sans écrit, de peur que trop répandus “ parmi les peuples, ils n’en deviennent pour lui un sujet

“ de mépris... ” (Cité par Canisius.)

Naint Epiphane. C'est une nécessité d'admettre la tra- “ dition. Car on ne peut pas tout recevoir de l’Ecriture. ‘ C'est pourquoi les apôtres nous ont transmis leur doctrine, motié par écrit, motié par tradition, comme nous le “ fait connaître l’apôtre lorsqu'il dit : J: vous loue de ce que vous gardez les traditions et les règles que je vous ai données (1) !

Naint Obrratéme. sur ces paroles du second chapitre de l'Ep. aux Thess : Demeurez fermes, el conservez les tradition: que vous avez apprises, soil par 708 paroles, soit par nolre lettre. fait l'observation suivante : “* Par là il est évident que le: “apôtres n'ont pas tout consigné dans leurs lettres, mais “ qu'une grande partie de leur enseignement est restée pn- “rement orale. Or, cette partie orale de leur enseignement! “n'a pas moins d'autorité que la partie écrite. Aussi, nous “ faisons-nous un devoir d'admettre avec respect et soumis- “ sion Ja tradition de l'Eglise. C’est la tradition, ne de- ‘ mandez rien de plus. ” (Ibidem).

La tradition apostolique est donc une partie intégrante des saintes Ecritures. Elle a la même autorité, parce qu'elle a la même origine. Si l’on croit à l'Evangile, il faut donc également croire à la tradition. Rejeter” la parole divine transmise de vive voix, c’est donc rejeter la parole divine écrite dans l'Évangile et dans les épîtres des apitres ou des écrivains sacrés. De plus, la tradition, conservée dans l'Eglise catholique, nous donne seule l’intelligence de la bible. Oter cette tradition, c’est ôter la seule warantie, et de l'authenticité et de la véritable i inteilisence des divines Ecritures. En rejetant la tradition, les protestants ne peuvent plus raisonnablement croire aux livres des saintes Ecritures, puisqu'ils ne les ont pu recevoir que d: la tradition qui, seule, peut leur apprendre que ce sont des livres divins.

pa =

(1) ibidem,

Maintenant qu’on juge combien sont insensés les catholiques qui écoutent et croient, sur parole, les envoyés des sociétés bibliques qui, s'étant fait wx front d'airain, suivant l'expression du prophète Isaïe (1), ou wn front de prostituée, -omme dit le prophète Jérémie (2), ont l'audace de leur venir dire que la tradition est une invention des Papes! une tradition qui vient des hommes et aue la bible condamne |!

(33) Le Concile de Trente, Session XXI, chapitre second : “ Déclare aussi le saint Concile qu'à l'égard de Ja dispen- ‘“ sation des sacrements, l'Eglise a de tout temps, eu le “ droit d'établir ou même de changer sans toucher au fond “ de leur essence, ce qu'elle a jugé de plus à propos pour “le respect dû aux sacrements eux-mêmes, ou pour l'utilité “ de ceux qui les reçoivent selon la diversité des temps, des “ lieux et des conjectures ; et c’est ce que l’apôtre a sem- “ blé insinuer assez clairement quand il a dit (3): Qu'on “ nous considère comme les ministres de Jésus-Christ et comme “ les dispensateurs des mystères de Dieu. Et il est assez manifeste “qu'il s'est servi lui-même de cette puissanceen plusieurs ‘occasions, et particulièrement à l'égard de ce sacrement “ même, lorsqu'après avoir établi certains réglements sur “Ja manière d'en approcher, ilajoute (4) : Je règlerai le reste “quand je serai arrivé. C'est ainsi que notre mère la sainte “ Liglise, qui a le sentiment intime de l'autorité qu'elle a “reçue pour l'administration des sacrements, quoique l’usa- “ ge des deux espèces fut assez ordinaire au commence- “ ment de la religion chrétienne, s'étant aperçue par la suite “ des temps que cette coutume avait déjà cessé en plusieurs ‘endroits, s’est déterminée, d'après des raisons très justes et “ très graves, à approuver l'usage contraire de communier “ sous une seule espèce, et en a fait une loi qu'il n’est point “ permis de rejeter ni de changer selon son caprice, sans l’au- “ torité de la même Eglise. ”

Le même concile de Trente, même Session (5). “* On ne “ peut pas conclure non plus des paroles de Notre-Seigneur, “au chapitre sixième de St-Jean, de quelque façon qu'elles “ soient entendues, selon les diverses interprétations des Pè- “ res et des docteurs, que Notre-Neigneur ait commandé la “ communion sous ces deux espèces, Car le même qui a

(1) Ch. 48, v. 4. (2) Ch. 8, v. 8. (3) I Cor. ch. 4, v. 1. (4) I Cor. ch. 11, v.34 (5) Ch. L,

dit (1): Sivous ne mangez la chair du Fils de l'homme € ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous, a dit aussi : “ Siquelqu'un mange de ce pain, À vivra éternellement. Le “ même qui a dit : Celui qui mange ma chair el boit mon sang ‘a la vie élernelle, a dit aussi : Le pain que je donnerai est ma char pour la vie du monde. Enfin le même quiadit: Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeureen moi et moi en “lui a néanmoins dit aussi : Celui qui mange ce pain vivra ‘élernellement. ”

Le concile æœcuménique de Constance (2). “ Quelques- “uns dans certains pays ayant la témérité d'affirmer qu'il “y a obligation pour le peuple de recevoir l’eucharistie “ sous l’une et l’autre espèce du pain et du vin, après avoir “pris l'avis de plusieurs docteurs en droit, tant divin “ qu’humain, (le concile) déclare, statue et définit que, “ quoique Jésus-Christ ait institué cet adorable sacrement ‘après la Cène et qu'il en ait fait la distribution sous les ‘ deux espèces à ses apôtres, l'autorité des saints canons et la “ coutume louable et approuvée de l'Eglise n’en font pas “ moins un devoir de ne point attendre après le souper pour ‘“ consacrer ce sacrement, et de ne le pas recevoir autrement “ qu’à jeun, si ce n’est en cas de maladie ou pour quel- “qu'autre cas de nécessité prévu par le droit ou ad- “ mis par l'Eglise. Et c’est par le motif raisonnable d’évi- ‘ter certains dangers ou certains scandales, que la coutu- “ me s’est introduite de ne donner la communion aux lai- “ques que sous l'espèce du pain, tout en maintenant “ l'obligation pour le célébrant de communier sous les “ deux espèces, bien que dans la primitive Eglise les sim- “ ples fidèles communiassent aussi de même sous les deux, “ puisqu'on doit croire, très fermement et sans hésiter, “ que le corps de Jésus-Christ est réellement contenu avec “ son sang, et son sang avec son corps,tant sous l'espèce du “ pain que sous l'espèce du vin. ”

(34) Saint Hippolyte, évêque et martyr, parlant de la fin du monde, dit : “ Les montagnes et les collines, et les “arbres de la plaine seront en deuil au sujet de la race hu- “ maine, parce que tous se seront éloignés du Dieu de Sain- “ teté pour ajouter foi à l’imposteur (l’antéchrist), et au- ‘ ront consenti à recevoir le caractère de ce pervers enne- “ mi de Dieu, à la place de la croix salutaire du Sauveur.

(1) Jean. VI, v. 54. (2) Tonu en 1414-1417, Session XIII,

APPENDICT. 407

“ Les Eglises seront aussi plongées dans nn deuil profond, “ parce qu'il n’y aura plus ni oblation, ni sacrifice, ni culte “agréable à Dieu ; mais les sanctuaires les plus vénérés “seront métamorphosés en granges, et le précieux sang, le “ sang de Jésus-Christ, cessera u'ètre offert dans ces jours- “]Jà. La liturgie sera abolie ; le chant des Psaumes ne se “ fera plus entendre ; les saintes Ecritures n’instruiront “ plus les peuples. ” Saint Hippolyte était disciple de saint Irénée. Il fut martyrisé en 269.

Saint Jean Damascène (1). ‘“ Il est important de savoir “ que l’antéchrist viendra certainement. À la vérité, qui- “ conque nie que Jésus-Christ soit venu au monde dans “une chair véritable, qu'il soit Dieu parfait et homm: parfait, et qu'il soit créature sous ce dernier rapport comme il est Dieu de toute éternité sous le premier, quiconque, dis-je, nie quelqu'une de ces choses est un antéchrist, (2). Mais, de plus, nous appelons anléchrist, l'une manière toute spéciale, celui qui doit venir aux approches de la fin du monde. Premièrement donc, comme l'a dit notre Seigneur, à es! néressaire que l'Evangile soit préche: chez tous les peuples (3), et après cela l’antéchrist viendra pour mettre à découvert l'impiété des Juifs. Car voici le reproche que Notre Seigneur leur a adressé : Je suis venu au nom de mon Père &e. &c. On doit bien se garder de penser que le diable doive un jour se faire homme pour nous perdre, comme le fils de Dieu s'est fait homme pour nous sauver ; mais un homme naîtra de Ja fornication et aspirera en lui-même tout le venin de Natan. Dieu, en effet, qui a prévu l’incrovable perversité de cet homme à venir, permettra que le démon établisse en lui sa demeure. Il naitra donc de la fornication, comme nous venons de le dire : il recevra en secret son éducation, et puis il paraîtra tout-à-coup, portant sa tête en haut, et il s'emparera de l'autorité... Il viendra accompagné de signes et de prodiges, et de mensonges, c'est-à-dire qui n'auront rien de vrai, et il réussira à séduire et à détacher du vrai Dieu ceux dont la foi est fuible el n'est point appuyée sur un fondement solide, de sorte que, même les élus, si la chose était possible, seront presque entrainés dans la même défection… ” J'ai cité ces deux témoignages, à la suite des passages des livres saints qui ont donné les caractères de l’antéchrist,

(1) De fide orth. Liv. IV, cap. 27. (2) Jean I, ch. 22. (8) Matt. ch. 24, v.14,

Cr

405 12 PETIT ARSENAT,

pour faire connaitre aux catholiques quelle est la perversité de certains prècheurs protestants qui ont l'audace d'appliquer, aux successeurs du bienheureux saint Pierre, le nom odieux d'antéchrists, dans le seul but de réchauffer le fanatisme des ignorants qui les écoutent ; les éloigner de la religion catholique et les retenir dans les erreurs sans nombre des sectes protestantes. I] n'est aucun homme d'un sens refléchi, quelle que soit sa croyance religieuse, qui ne rejettera comme une calomnie le nom exécré donné aux papes, c’est-à-dire, aux Vicaires de Jésus-Christ.

Mais qu'on aille dans une réunion religieuse, chez des protestants de certaines sectes, et que le prêcheur applique cet horrible nom an Pape, et on entendra, dans l'anditoire, des frémissements, des grognements, quelquefois des cris. qui donneront la mesure de la haine satanique de ces malheureux contre le chef auguste d'au delà de deux cents millions de catholiques. Oh! qu'ils sont coupables, les hommes qui attristent ainsi le ciel, et réjouissent les démons du sombre abîme qui, faisant échos à ces insensés, hurlent d'horribles blasphèmes contre le Seigneur et contre son Christ (1) !

Cette tactique, vile et honteuse toute à la fois, a été de tout temps employée par les sectes protestantes, quand elles n'avaient pas de bonnes raisons à donner à Jeurs adversaires. Ecoutons Luther, parlant des anabaptistes.

“ S'il avait fallu que les anabaptistes commencçassent par “ prouver la vérité de leurs opinions par de bonnes raisons, “ils n'auraient point séduit, ni entraîné dans leur parti “ tant de gens. Mais ils les entraînent en débitant de ‘ grands mots, de gros bearix blasphémes contre le baptéme : car “ (remarquez, catholiques), le diable sait fort bien que la “ populace, alors qu’elle entend de bons gros blasphémes, “y applaudit aussitôt et y croit, sans autrement s'informer “ d'aucune raison, d'aucune preuve. ” C’est encore, ajouterais-je, la pratique de ceriains ministres protestants contre le Pape.

“ Or, ajoute l'historien de la réforme, or, cet art, les ana- “ baptistes ne pouvaient l'avoir appris à meilleure école “ que la sienne (l'école de Luther). [ls n'avaient qu'à lire “et à relire les écrits de Luther contre la messe, l'épiscopat, “ le Pape, le roi d'Angleterre, l'électeur de Mayence, le duc “ Henri de Brunswick et autres, pour y trouver entassé,

(Ps. 3 v à

APPENDIOR. 409

# dans un seul magasin, toute la provision de mots et de “ phrases de ce genre, que possédait la langue allemande, ”

C’est pour opérer le même effet sur le peuple que, il v a peu d'années, un prêtre apostat publiait sur les journaux d’atroces calomnies contre les évêques du Canada, et surtout contre le courageux évêque de Chicago, qui l'avait chassé du milieu de son clergé.

Si les cathoïiques comprenaient quel est leur bonheur de posséder la vérité sur toutes les questions qui intéressent leur salut, trouveraient-ils jamais des expressions pour en remercier Dieu !!

(86) Saint Augustin (1) : “ Toutes les écritures ne sont qu'une perpétuelle exhortation à nous élever de la terre au ciej, ce séjour de la vraie et immuable félicité, mais où l’on ne saurait parvenir que par la foi qu'on professe dans le sein de l'Eglise catholique, et à laquelle on joint l'amour de Dieu et du prochain. En deux mois, * pour parvenir à la vraie béatitude, la foi est avant tout nécessaire ; et c'est ce qu'enseigne l’apôtre, lorsqu'il dit : * Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu (2). Il est donc certain que, comme personne ne peut parvenir à la vraie béatitude sans être agréable à Dieu, personne non plus ne peut être agréable à Dieu sans la foi. La foi est, en effet, le fondement de tous les biens. La foi est le principe du salut de l’homme. Sans elle, personne ne saurait être admis dans la société des enfants de Dieu, parce que, sans elle aussi, personne ïici-bas n'obtient la grâce de la justification, ni ne peut mériter ja vie éter- ‘nelle. Et celui qui ne s'aide pas du flambeau de la foi, ‘ ne parviendra jamais à voir, dans l'éclat de ses perfec- “ tions, l'essence divine. ”

Nelon saint Augustin, où ne peut plaire à Dieu, sans la loi, accompagnée de la charité. Or, cette foi, accompagnée de la charité, nécessaire pour plaire à Dieu, c’est la foi de l'Eglise catholique. Nelon le méme saint docteur, la foi de l'Eglise catholique étant le fondement de tous les biens, le principe du salut et la condition indispensable pour obtenir la grâce de la justification : quelle espérance de se sauver peut donc rester à ceux qui n'ont pas cette foi de l'Eglise catholique ; ou qui, l'ayant ene, l'ont perdue par l’'apostasie ?

(1) Sermon 58, de tempore. (2) Heb. ch. 11, v. 6,

Saint Bernard, épître 190°, contre Abaïilard. “ Qu'y a- “t-il de plus déraisonnable que de vouloir, avec la raison, “ aller au-delà de ce qui en constitue les limites ? Et qu'y “ a-t-il de plus contraire à la foi que de refuser de croire “ tout ce qu'avec sa raison on ne saurait atteindre ? (Pa- ““ roles citées par Pie IX, Encycliq. aux Ev. d'Autriche). “ Enfin, prétendant donner le commentaire de ces paroles “ du Sage : Celui qui croit sans examen est un esprit léger (1). “ Croire sans examen, dit-il, c'est produire un acte de foi “avant tout raisonnement, tandis que Salomon entendait ‘“ son proverbe, non de la foi en Dieu, mais de notre trop ‘“ grande facilité à nous croire les uns les autres. Car pour “ ce qui est de la foi divine, le pape saint Grégoire soulient, au contraire, qu’elle serait sans mérile, si nous prétendions la fonder “ sur la raison humaine (2) ; et il loue les apôtres de s'être ‘ rendus sur-le-champ à l’ordre que le Seigneur leur avait “ donné de le suivre. Ce grand pape n'ignorait pas, en ‘effet, que ces paroles d’un Psaume : # m'a obéi dès qu'il a ‘entendu ma voix (3), renferment une louange du peuple “ dont il s’agit en ce verset, et que d’autres, au contraire, “ ont été repris pour avoir tardé à croire. Enfin, nous pou- “vons vous rappeler que Marie a été récompensée d’avoir ‘“ cru sans raisonner, et Zacharie puni d’avoir raisonné “ avant de croire, et qu'Abraham a été ioué par l'apôtre ‘“ pour avoir espérer contre toute espérance (4), et cru con- “tre les apparences mêmes. ”

Saint Grégoire-le-Grand (5). “ Sachons que si l’œnvre ‘ de Dieu était comprise par notre propre raison, elle ces- ‘ serait par là même d’être admirable à nos yeux. La foi “ serait sans mérite, si elle se fonduit sur des raisons humaines. . .. ‘ Puisque, suivant l'apôtre saint Paul, la foi est le fonde- “ ment des choses qu'on doit espérer, {a conviction assurée “ des choses qu’on ne voit pas, il est évident que la foi a pour ‘‘ objet des choses qu’on ne voit pas. ”

“ [1 ya des hérétiques qui savent endurer de pareils ‘maux, en trompant les simples par l’usurpation qu'ils “ font du nom de chrétiens : et néanmoins il n'ont point “ à prétendre à cette récompense, parce qu’il n’a pas été dit simplement, bienheureux ceux qui souffrent ; mais Binheureux ceux qui souffrent pour la justice. Or ce n’est point souffrir pour la justice, que de souffrir pour une foi

(1) Ecclés. ch. 19, v. 4. (2) Hom. 26, in Evang. (3) Ps.°17, v. 45. (4) Rom, ch. 4, 7.18. (6) Hom. 26, in Evans.

différente de la vraie : Car le juste vit de la foi (1). Les schismatiques n'ont rien non plus à espérer de cette récompense, parce que, sans charité, il ne saurait non plus y avoir de justice ; car l'amour qu'on a pour le prochain ne souffre point qu'on lui fasse du mal (2). Or, si les schismatiques avaient la charité, ils ne déchireraient pas le corps de Jésus-Christ, qui est son rates L

Saint Léon-le-(rrand (3). “ C'est un puissant soutien que la foi, quand elle est saine et entière, cette foi à laquelle il n'y a rlen à ajouter, rien à retrancher. Cur la foi ne saurait subsister, si elle n’est une, selon ce que dit l'apotre : il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptéme, qu'un Dieu, Père de loutes choses, qui est au-dessus de tout, qui est parlout, qui est en nous tous; attachez-vous inébralablement à cette unité, mes chers frères, et dans cette unité pratiquez la sainteté avec tout le zèle dont vous ‘ êtes capables : dans cette unité appliquez-vous à observer les préceptes du Seigneur, parce que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ; sans la foi, Ü n'y à rien de saint : sans la foi, U n'y a rien de chaste ; sans la foi, on est privé de loule vie spirituelle. Car il est écrit : le juste vie de “ Ja foi. ”

Quelle condamnation, pour des protestants, que ces paroles de saint Bernard et de saint Grégoire-le-Grand : “ La foi ‘“ serait sans mérite, si nous prétendions la fonder sur la “ raison humaine. ” Et quelle autre foi qu’une foi sans mérite, est celle de tout homme qui n’admet d'autre fondement de sa foi que celui de sa raison ? C’est une foi raisonnable, si l’on veut, mais ce n’est pas une foi divine, qui ne peut être 2 appuyée que sur un fondement divin.

Bien plus, ce n’est pas suffisant pour mériter, si on n’a “ point la foi dans son intégrité et dans sa totalité, suivant ces paroles de saint Léon : “ La foi n’est plus un soutien, ‘ si elle n’est saine et entière. Et ces autres : sans cette “ foi saine et entière, il n’y a rien de saint, rien de chaste, “et on est privé de toute vie spirituelle. ?

Quelle bonheur est donc celui des catholiques d’avoir une foi saine et entière, et avec le secoms de cette foi, de pouvoir faire des actions dignes de la vie éternelle ! Oh ! qu'on est heureux d’être catholique ! Perdons tout le reste, plutôt que de perdre la vraie foi.

(1) Habac. ch. 2, v. 4. (2) Rom. ch. 13, v. 10. (3) Serm. 4, in N. D,

412 LE PETIT ARSENAf,

(86) Saint Ambroise, à une vierge tombée : “ C'est plutôt dans les actes que dans les paroles que la pénitence doit consister, (C'est dans cet esprit qu'elle s accomplira, si vous pensez à la gloire dont vous êtes déchue, à ce iivre de vie d'où vous avez été rayée, si vous vous croyez déjà “ toute proche de ces ténèbres extérieures où les yeux verseront des pleurs sans fin, et où il se fera d'éternels grin- “ cements de dents. Lorsque vous aurez compris toutes “ ces peines, et que la foi que vous avez encore sans doute, “ vous persuadera que toute âme qui a péché doit être “ livrée en proie aux supplices et aux flammes de l’en- “ fer, et qu'après avoir reçu le baptéme il ne reste plus de ressour- “ ce que la pénitence…. ”

“ La satisfaction, dit Canisius, a pour objet de venger la “ justice de Dieu et, tout à la fois, de corriger le pécheur, et “ bien loin d'obscurcir le bienfait de la satisfaction de notre divin “ Rédempteur, elle en relève l'éclat et le mérite. Car ce “ n'est que parce que la satisfaction de Jésus-Christ a pré- “ cédé, et surtout qu’elle aide la nôtre, que nous pouvons, “ suivant l'expression de l'Ecrivain sacré : Fuiles de dignes “ fruits de pénitence (1), faire des œuvres d'équité et de ‘ justice, en nous punissant nous-mêmes de nos crimes, en ‘“effaçant en nous les restes de nos péchés, et en nous pro “ curant les grâces de Dieu plus abondantes, en témoi- “ gnant enfin par de tels actes que nous embrassons, de “ notre plein gré, la croix de Jésus-Christ, que nous renon- “ çons à nous-mêmes, que nous mortifions notre chair, que “ nous détruisons en nous le vieil homme pour mener une vie plus parfaite, en combattant avec ardeur et courage “ nos passions et nos penchants contre la règle. ”

Concile de Trente, session XIV, canon 12. “ Si quelqu'un “ dit que Dieu remet toujours toute la peine avec la coul- “ pe, et que la satisfaction des pénitents n'est autre chose “ que la foi par laquelle ils croient en Jésus-Christ, qui a “ satisfait pour eux, qu’il soit anathême. ”

Canon 13 : “ Si quelqu'un dit, qu'on ne satisfait nulle- “ ment à Dieu pour ses péchés, quand à la peine ‘“ temporelle, en vertu des mérites de Jésus-Christ, par les “ châtiments que Dieu nous envoie et qu'on supporte “ patiemment, ou par ceux que le prêtre enjoint, ni ‘méme par ceux qu’on s'impose à soi-même volon- “ tairement, comme sont les jeûnes, les aumônes, ni par

(1) Matt. ch. 8, v. 8.

‘aucune autre œuvre de piété, mais que la véritable et

di pénitence est seulement la vie nouvelle, qu'il soit anathôme, ”

Eu rejettant le dogme de la pénitence et de la satisfaction, les protestants se sont donc mis en opposition avec les saintes Ecritures, avec la tradition de tous les siècles, avant et après Jésus-Christ, avec la pratique de tous Îles Saints, sans aucune exception, et avec la doctrine de l'Eglise catholique. Ils sont donc dans l'erreur et, encore sur ce point, en dehors des voies du salut.

(87) ‘ Que disons-nous, dit saint Bernard ? Qu'il faut ‘ que la foi précède toutes nos actions, c'est-à-dire qu'avant la foi on n'est capable d'aucune bonne œuvre (qui puisse être méritoire). Car tout ce que l'on fait, même de bien, avant d'avoir la foi, quelque louable que cela puisse ê tre aux veux des hommes, est sans mérite (devant Dieu). Ü'est, à mon sens, comme les mouvements qu'on se donnerait, comme une course rapide qu'on ferait hors de la voie qui seule pourrait conduire au but. Que personne ‘ donc re compte pour quelque chose les bonnes œuvres qu'il aurait faites avant d’avoir la foi: la foi v manquait; ce n'était donc pas des œuvres bonnes. Car c'est l'intention qui fait la bonté de l'œuvre, et c'est la foi qui rend l'intention droite (1). ” Saint Chrysostome (2). “ Appliquez-vous avec le plus grand soin à faire concorder la régularité de votre vie avec la pureté de votre croyance. Cur la foi sans les «nvres est vne foi morte, comme les œuvres sans la foi sont des æ1vres mortes. ” Saint Ephrème. ‘ Nous n'aurons pour nous défendre, dans ce Jour du jugement, que les œuvres bonnes et si ai ‘tes qui nous aurons ac compagnées à notre mort (3). Concile de Trente, session VI, chapitre X. “Les hommes étant ainsi justiliés, et devenus amis et comme les familiers de Dieu (4), s'avancent de vertus en vertus, et se renouvellent de jour en jour (5), c'est-à-dire, qu'en mortifiant les membres de leur corps, et les faisant servir aux œuvres de justice (6), pour se sanctifier par l'observation “ des commandements de Dieu et de l'Eglise, ils croissent ‘ par les bonnes œuvres que la foi leur donne la force de pra-

(1) Serm. II de Resurrec. Domini. (2) Hom. If in Genesim. (a Lib. de jejuuio, (4) Eph. ch. 2, v. 19. (5) Ch. 4, v. 16. (5) Col. ch. 8, v.

414 LE PETIT ABSENAL

“tiquer, dans cet état de justice dont ils sont redevables L te grâce de Jésus-Christ, et se justifient ainsi de plus “en plus, suivant ce qui est écrit : Que celui qui est jusle, se & justifie encore. I est écrit de même ailleurs : Ne craignez “point de vous avancer dans la justice jusqu'à la mort. Et dans “ dans un autre endroit : Vous voyez que l’homme est yus- “tifié par ses œuvres, el non pas seulement par sa foi. C'est là “cet accroissement de justice que demande la sainte “ Eglise, lorsqu'elle dit dans ses prières : Donnez-nous, Seiœneur, un accroissement de foi, d'espérance et de charité. ”

Les bonnes œuvres, dont les protestants ne veulent pas, sont donc utiles et avantageuses au salut? Elles ont pour principe la pensée de plaire à Dieu en nous rendant plus agréables à ses yeux par la sanctification qu’elles opèrent en nous.

Nous avons vu que, dans l’évangile, il est dit que le jugement que Dieu fera de nous, au dernier jour, sera fondé sur les œuvres bonnes ou mauvaises que nous aurons faites pendant notre vie, pour nous faire comprendre de quelle importance elles sont pour nous, sielles sont bonnes; ou contre nous, si elles sont mauvaises.

Mais, encore ici, il ne faut pas oublier que les bonnes œuvres ne peuvent être salutaires que pour ceux qui ont la vraie foi ; et la vraie foi, on doit le savoir, se trouve uniquement dans l'Eglise catholique. Les protestants, privés de la vraie foi, sont donc incapables de faire des œuvres méritoires pour le ciel, car, sans la foi (ef on sait qu'il n'y en a qu'une seule), il est impossible de plaire à Dieu (1). Qu'elles sont donc à plaindre, ces perconnes qui, dans ïe protestantisme, font tant d'aumoônes aux pauvres, visitent les malades, consolent les aflligés, &e., &e ! En faisant ces œuvres sans la vraie foi, quelle récompense peuvent-elles en recevoir dans l’autre vie !

Ne dirait-on pas que les réformateurs du seizième siècle n'ont condamné les bonnes œuvres, et ont dit même que c'était un péché d'en faire, que parce qu'ils croyaient qu'’elles ne serviraient de rien pour l’autre vie à ceux qui, en les écoutant, se séparaient de l'Eglise catholique. Ces hommes, d’une profonde perversité, voulaient se faire des partisans, et quel moyen plus efficace que d'affranchir les consciences de toute gêne et les passions de toute entrave.

D'ailleurs, ce mot de réforme, telle que la pratiquait

(1) Héb. ch. 11, v. 6.

Luther, doit être, aujourd'hui qu'on en connaît les résultats, la plus sanglante injure qu'on puisse jeter à la face d'un honnête protestant, qui comprend que c'est se déformer au lieu de se réformer, quand on suit un système religieux qui ôte aux passions du cœur et à l'orgueil de la raison tous les freins qui pourraient les retenir dans les bornes légitines.

Je ne puis mieux terminer ce petit ouvrage que par des aveux de Luther, que les catholiques et les protestants ne liront pas sans étonnement.

* Il y a un argument qu'il est extrèmement difficile de “ Jeur disputer et de leur ôter (aux papistes) et que nous-mé- “ mes avons beaucoup de mal à résoudre ou à réfuter, d'autant qu'il faut concéder tout ce que nous leur concédons, à savoir que dans la papauté est la parole de Dicu et l’apostolat, et que nous avons reçu d'eux l'écriture, le baptème, le sacrement et la chaire : que saurions-nous sans cela de toutes ces choses. Aussi faut-il bien que ‘ Ja foi, l'Eglise chrétienne, Jésus-Christ et le Saint-Esprit soient avec eux. Que fais-je donc, moi qui vient prêcher contre eux, comme l’écolier contre le maître? Voici donc quelles pensées viennent assailiir mon cœur : Je vois, à présent, que j'ai tort. Oh! plut à Dieu que je n'eusse jamais commencé, ni jamais prêcher un seul mot ! Qui donc, en effet, peut s'élever contre cette Eglise dont nous disons dans la foi : Je crois une sainte Eglise chrétienne ? Or, je trouve cette Eglise également dans la papauté ; * donc, il faut que j'obéisse. Ni je la condamne, je suis excommunié, rejeté et condamné de Dieu et de tous les saints. Que faire en cet état de choses ? Il est bien difficile de tenir bon et de prècher contre pareille excommunica- “tion (1). ”

Et ailleurs : “ Tous ceux qui tombent dans l'Eglise du haut du ciel, et prétendent avoir mission de Dieu sans * intermédiaire, sont des imposteurs et des diables qu'il ne ‘ faut pas croire, à moins qu’ils ne fassent aussi des prodiges “au nom du ciel (2). ”

Et ailleurs encore : “ Celui qui veut mettre surle tapis quelque chose de nouveau, ou enseigner autre chose que ‘ce qui est enseigné, celui-là doit avoir mission de Dieu,

(1) Düllenger, 8e Vol. page 196. (2) Ibid. page 200.

‘et justifier de sa mission par des miracles vérilables. $’il ne “Je peut faire, qu’il passe son chemin (1). ”

Parlant encore de ceux qui préchent sans mission, Luther s'exprime ainsi :

Le Christ parle ici (2). Gardez-vous des faux pro- ‘“ phèles qui viennent «a vous couverts de peau de brebis et qui, ‘au dedans, sont des loups ravissants. e Christ parle ici, dit “ Lu:her, de ceux qui ont mission de prêcher ; car, quand “aux autres, qui vont prêchant sans charge, ni mandat, ils “ne valent pas qu'on les appelle faux prophètes ; mais ce “ sont des vagabonds et des misérables, qu'on devrait re- “ commander aux soins de maître Jean (le bourreau), et “ qu'il ne fant point souffrir, dussent-ils enseigner la véri- “16, quand ils empiètent sur les fonctions et Je mandat ‘ d'autrui, contrairement à l’ordre établi par l'autorité (3).”

Doutes de Luther sur sa mission : c’est le diable, dit-il : 1 qui le tourmente sur ce sujet.

Le diable commence par nous dire: ‘ Qui vous a comman- “ dé de précher l'évangile ? Qui vous a donné mission de le pré- “cher ainsi, comme jamais, depuis tant de siècles, nul évéque, nul “ saint ne s'est avisé de le précher ? Que serait-ce si Dieu vous “ désapprouvait, et si la perte de tant d'ämes que vous avez sédui- “tes el égarées retombait sur vous ?.…. ” Et un peu plus loin : “ Le diable m'attaque aussi là-dessus, et souvent, n’était que “ je suis docteur, il m'eût tué par cet argument : Tu n'as “pas de mission.— Quand le diable me trouve oisif, perdant “ de vue la parole de Dieu et négligeant de m'en armer, ‘il jette le trouble dans ma conscience, m'accusant d’en- “ seigner l'erreur, d’avoir livré aux dissentions l'E glise, si

“ paisible et si tranquille sous la papauté, et d'avoir en- “ gendré, par ma doctrine, le scandale, la discorde, les fac- « tions (4). ” :

Comme il est facile de le comprendre, Luther en impose ici à ses lecteurs. Le diable n'a jamais détourné personne de faire le mal. Au contraire, plus il y a d'âmes qui se damnent en écoutant ceux qui les égarent, et plus le démon les encourage à les écouter. Ce qu'il met sur le compte du démon, n "était que la voix de sa conscience qui cherchait à l'arrêter dans la voie de perdition où il s'était jeté.

(1) Ibid. page 202. (2) Matt. ch. 7, v. 15. (8) Ibid. page 210. (4) Ibid. p. 240,

Ce que Luther pensait des hérétiques dont, sans l'avouer,

il élait le chef.

“ C'est une chose très scandaleuse que d'avoir affaire avec les hérétiques ; on a de la peine à les contenir, et ils traitent avec légèreté la sainte Ecriture. Cela vient de ce qu'ils portent dans l’Ecriture leur propre présomption, et qu'ils veulent la dresser, la plier, la façonner à leur tête et à leur intelligence (1). C’est ce qu'il avait fait lui-même, dans sa traduction de la bible, dont il avait torturer le sens pour l'adopter à son système religieux !! ”

Ce qu'il dit de ceux qui enseignent l'hérésie, et de leur obslinalion.

“Je n'ai aucun espoir, dit-il, qu'on parvienne à convertir ceux qui enseignent une hérésie où une doctrine fantastique, certes, si c'était chose possible,ils seraient convertis, tant on a déjà écrit. Jamais on a encore entendu dire qu'un homme, qui avait inventé une fausse doctrine, eût été converti ; car ce péché est trop grand, blasphémant l'œuvre de Dieu, et outrageant le Saint-Esprit. Voilà pourquoi les saints docteurs n’ont jamais converti un hérésiarque ; non qu'ils n’eussent assez combattu son erreur, et ne l’eussent réfutée par la vérité; mais parce que son cœur était possédé tout entier d’une folle présomption, et qu'ii lui arrivait comme à ceux qui revardent au travers d'un verre de couleur : qu'on leur présente telle couleur qu'on voudra, ils ne voient nulle autre couleur que celle de leur verre. La chose ne vient point de ce qu'on ne leur présente pas la vraie couleur, mais de ce que leur verre est teint d'une autre... Voilà pourquoi on ne peut convertir de pareilles gens ; rien ne

‘ sert qu'on leur mette la vérité sous les yeux : il faut que

Dieu leur ôte leur verre de couleur: car c'est ce que nous ne pouvons faire (2). ” Voilà comme il arrive quelquefois que Dieu traite ceux

qui, comme ce grand coupable, abandonnent volontairement la voie de la vérité. 11 leur fait écrire, de leur main, leur propre condamnation, sans peut-être qu'il en ait la conscience, et il les pousse à la publier pour qu'elle soit aussi la condamnation de ceux qui les écoutent ; car il est

(1) Ibidem, page 212. (2) Ibidem. 27

écrit : “ Malheur à vous, hommes impies, qui avez aban- “ donné la loi du Seigneur, le Très-Haut (1). ”

Mais voilà un passage, encore beaucoup plus étonnant, que la justice de Dieu à fait écrire par ce moine apostat :

“ En ce lemps, nous sommes forcés aussi de parler ainsi, à “ cause des chefs de sectes et des imposteurs qui, quels “ qu'ils soient, ne sont jamais amenés à la vérité. Il arrive “bien que quelques-uns se laissent convertir et revien- “ nent, à savoir ceux qui ne sont pas encore trop endur- “ cis dans l'erreur et trop solidement pris dans le charme. “ Mais, quant aux promoteurs et aux chefs de ce maléfice “(quel mot, mon Dieu ! dans la bouche de Luther), “jamais on ne parviendrait à les convertir. Car il faut “qu'ils vérifient ce que saint Paul dit d’eux (2), qu'ils ne “ peuvent souffrir la vérité, ni lui obéir, mais qu'ils ne s'inquiètent que de savoir comment ils pourront lui ré- “ sister, et comment ils pourront escamoter, avec les glo- “ ses qu'ils imaginent, tous les arguments qu'on tire de l'Ecriture contre leur'enchantement. Car ils sont tellement “ tenus sous le charme et frappés d'aveuglement, qu'ils sont per- “ suadés de posséder la pure vérité, et la plus parfaite in- “ telligence de l'Ecriture. Or, celui qui est dans ce sentiment, n'entend ni n’écoute personne, et bien moins en- “ core il ne cèdera à un autre et lui donnera raison. Moi aussi, je ne puis rien entendre, ni souffrir, qui atlaque ma doc- “trine: car je suis sûr et certain, par l'esprit de Jésus- “ Christ, que ma doctrine, de la justice de Jésus-Christ, est vraie et infaillible (3). ” Jésus-Christ disait aux Juifs, étonnés de ce qu'il savait l'Écriture : ‘“ Ma doctrine n’est point ma doctrine, mais “ c’est la doctrine de celui qui ni'a envoyé (4). ” Et Luther ne s'aperçoit pas que par le fait même que la doctrine qu'il prêche est sa propre doctrine, elle est par là même convaincue d’être fausse et menteuse! Il pouvait écrire: La doctrine que je prêche est celle qu'ont prêchée Jésus-Christ et les apôtres et celle que l'Eglise prêche depuis le commencement; mais la justice de Dieu Le force de parler ainsi, comme il l'écrit lui-même. ZI ne peut rien souffrir ni entendre, qui allaque sa doctrine, et il ne voit pas que tout ce qu'il reproche aux promoteurs et aux chefs de l'hérésie, qu’il appelle un charme, un enchantement, comme qui dirait: une

(1) Ecclés. cap. 41, v. 11. (2) Ep. aux Galutes, ch. 8, v. 1, (3) Ibid. page 212-213. (4) Jeu, ch. 7, v. 16.

possession diabolique ; lui retombe sur la tête comme un anathème !

“Ii faut, en vérité, dit encore Luther, que le prêtre instruise “ le peuple constamment et avec zèle, pour qu'il n'admette “aucun hypocrile sournois, mais le reconnaisse avec certitude “ pour un émissaire du diable, et lui demande: D'où viens-tu ? # Qui l'a envoyé ? Qui l'a commandé de me précher ? Où sont “ tes titres de créance el tes sceaux pour prouver que tu es en- “ voyé des hommes? Où sont les miracles, pour prouve: que “tu es envoyé de Dieu (1) ?

“ L'autorité temporelle, continu Luther, doit aussi avoir “ l'œil à cela. Car, ces endormeurs de mulots étant émis- ‘ saires du diable pour prècher le poison et le mensong, “et le diable n'étant pas seulement artisan de mensonge, “ mais aussi de meurtre, il ne peut manquer qu'il ait l'in- “ tention, au moyen de ces émissaires, d’exciter à la rébel- “ lion et au meurtre, et de renverser ainsi à la fois, contre “ Ja volonté de Dieu, le pouvoir temporel et l'autorité spi- “ rituelle (2).” Le pauvre Luther oublie la guerre des paysans et le bouleversement, conséquence de sa doctrine ! ! Oh ! que la justice de Dieu est terrible pour ceux qui ont abandonné la vérité catholique !

Encore ici, Luther fournit des armes aux catholiques pour leur aider à mettre à la porte de leurs maisons les émissaires des sociétés bibliques. Ces questions: D'où venez-vous ? Qui vous a envoyé ? Où sont vos miracles pour prouver que vous êtes les envoyés de Dieu ? ne seront jamais résolues par de tels hommes de manière à satisfaire la conscience d’un catholique.

Il est arrivé, en certains endroits de notre pays, que des hommes affublés d'une soutane, ont indignement trompé des catholiques qui, plus clairvoyants, leur auraient demandé, avant tout, des preuves par écrit, de leur mission.

Luther, sur le jeûne. “ J'aimerais encore qu'ainsi l'on “ jeûnât toute l’année, le vendredi soir, comme étant un “ jour particulier. ” Quelqu'un ayant rapporté que le roi de Danemarck et le duc de Holstein avaient ordonné un jeûne de trois jours, afin d’exhorter le peuple à la paix et à la prière, le docteur Luther dit: “ Voilà qui est bien; “ j'aimerais que les Seigneurs rétablissent cette coutume : “ c’est d’une grande humilité extérieure, et si l'humilité “intérieure s’y vient joindre, cela est bon. — Si je pouvais

(1) Ibidem, page 209. (2) Lettre à Ebeerharü. Dül. page 220,

“ seulement oblenir que l'autorité prescrivit, de son chef, “ comme pratique extérieure, et mesure de bonne police et discipline, de s'abstenir deux jours par semaine de viande (seulement, pas le vendredi et le samedi, mais deux autres jours, à cause du pape et pour ne point bles- “ ser les consciences), ce serait une bonne discipline exté- “ rieure. ”

De l’aveu de Luther, l’homme le plus immortifié qu'il y eût jamais, le jeûne est donc wne bonne chose. De plus, l’abstinence de la viande est donc aussi un moyen extérieur de discipline qui a de bons résultats. Pourquoi donc cet homme a-t-il tant crié contre l'Église catholique qui en a fait une loi à'tous ses enfants!

Mais Luther, comme tous ceux qui n’écoutent que leur orœueil et l'entraînement de leurs passions, Luther faisait cot aveu, rapporté dans ses propos de table: “ Si j'étais à “ commencer aujourd'hui à prêcher l'Evangile, je m’y pren- ‘ drais autrement. Je laisserais sous le gouvernement du “ pape la multitude du peuple; car ces gens ne s’amen- “ dent point avec l'Evangile, et ne font qu'abuser de la “ liberté qu’il donne. Mais je précherais les consolations “ de l'Evangile aux consciences timorées, découragées, “ troublées et huniiliées. ”

Son œuvre est donc mauvaise, puisque la vérité a dit: “ Crardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous, cou- “ veris de peaux de brebis, et qui au dedans sont des loups “ravissants. Vous les connaîtrez par les fruits (1). ” L'évangile de Luther, loin d'aider le peuple à s’amender, à devenir meilleur, ne fait que le rendre plus méchant: L'évangile tel que Luther le prêchait, est donc un mauvais évangile.

On aimerait peut-être à connaître de quelle manière a fini sa vie, celui qui l'avait employée à égarer un grand nombre de ses compatriotes, en les séparant de la sainte Eglise catholique. La mort de Luther contient de grands enseignements que ceux qui l'ont suivi dans ses erreurs devraient méditer attentivement. Kile leur ouvrirait peutêtre les yeux sur l’abîime qu'il a ouvert sous leurs pieds. Je vais rapporter ce que dit Rohrbacher (2).

Luther s'était rendu à Islébe. Les princes le reçurent magnifiquement, et dépensèrent à le fêter les meilleurs vins du Rhin et le gibier le plus fin des forêts. Luther

se s6

QG) Matt. ch. 7, v. 16, (2) Vol. XXIV, page 50 à 34,

but et mangea jusqu'à y perdre la raison et la santé. ïnnemi capital du jeune et de l’abstinence, il mourra d’une indigestion.

Au milieu de ces tables somptueuses et de ces larges coupes qu'il vidait comme dans son adolescence, Luther épanche son humeur en sarcasmes contre le pape, l’'empereur, les moines et le diable aussi, qu'il n'oubiie pas. Mes chers amis, dit-il, il ne nous faut mourir que quand nous aurons vu le diable par la queue. Je l’apperçus hier matin, qui me montra le derrière sur les tours du château. Alors se levant de table, il détacha de la muraille un morceau de craie, et traça sur le paroi, ce vers latin: Pestis eram vivus, mortuus tua mors ero, Papa!“ Vivant j'étais pour toi la peste, Ô Pape! mort, je serai ta mort (1). ” Et il vint se rasseoir au milieu des rires des convives, qui croyaient que Dieu venait d'écrire la sentence de mort de la papauté.

Voilà plus de trois siècles, et la papauté vit encore. Où en est aujourd'hui l’œuvre de Luther !

Mais il est une autre prophétie de Luther qui a peutêtre eu son accomplissement. Le 21 août 15532, on se plaignait devant lui de l'oppression que soullraient les ministres et les prédicants. Luther répondit: “ Il en sera “autrement chez nos descendants; aujourd'hui nous som- “ mes dans le paroxisme, la fièvre nous agite; ils nous “ oppresseront jusqu'à ce que nous les salissions de notre “ selle ; après quoi ils adoreront notre fumier et le pren- “ dront pour du baume. ”

À peine Luther eut-il écrit sur la muraille sa sentence contre le vicaire du Christ, au milieu des rires des convives, qu'il se sentit lui-même frappé d’une indiscible tristesse qui ne ie quitta plus. Un des convives lui présenta un verre.de bière ; un autre se mit à parler à son voisin du style des Ecritures: Luther lui répondit par ce billet, qu'il laissa sur la table: ‘Nul ne peut comprendre les “ Bucoliques de Virgile, s’il n’a été cinq ans berger; nul, “ Les Georgiques, s’il n° été cinq ans laboureur; nul, les “ épiîtres de Cicéron, s’il n’a manié vingt ans les aflaires ; “ nul, déguster suffisamment les Ecritures, s'il n'a gouver- “ né cent ans les Eglises, avec les prophètes Elie, Elisée, “ Jean-Baptiste, Jésus-Christ et les apôtres. Pour toi, n'en- “ treprends pas cette divine Enéide, mais, adores-en hum-

(2) Ce fut le dernier blasphème de Luther ; la mesure était pleine,

“ blement les vestiges. Æn vérité, nous sommes des gueux. 16 février 1546. ”

Ce billet fut transcrit par un des convives, Jean Aurifaber, qui l’inséra dans les propos de table ou colloques de Luther. Voilà comment, la veille de sa mort, Luther condamna tout le luthéranisme ; car le luthéranisme consiste essentiellement à livrer à chacun l'interprétation des saintes Ecritures

“ Pendant la nuit du 17 au 18 février 1546, Luther ‘ éprouva de mortelles angoisses, dans lesquelles il mourut “ après plusieurs heures d'agonie, à l’âge de soixante-deux “ans. ”

Et Luther a été paraître devant le tribunal de celui dont il avait déchiré la robe, persécuté le vicaire, et après avoir laissé, dans la société chrétienne, des semences de démoralisations, de discordes, de rébellions et d'erreurs, qui ont fait commettre une infinité de crimes! Et il est écrit : “ Leurs œuvres les suivent (1). ”

(1) Apoc. ch. 14, v. 13.

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