CHAPITRE CINQUIÈME
Présence réelle de Jésus-Christ dans l’'Eucharistie. — Ordinations.— Evêques.
Jean-Baptiste : Dans la dernière cène, Jésus-Christ ayant pris du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses Apôtres en disant: « prenez et mangez : ceci est mon corps,» ( Matth. chap. 2%, 0. 26.) Pensez-vous, Mr le colporteur, que ce qu’il leur présentait alors, était vraiment son corps ?
Le colporteur, d’un air magistral : Ce passage de la bible est très-difficile à comprendre, mon ami. Il faut avoir été pendant bien des années, dans une société évangélique. pour le comprendre. On ne peut entrer dans la pensée du Christ, sans faire une petite addition, telle que : ceci est la figure, est l’imuge, le souvenir de mon Corps. |
Jean-Baptiste : Comme on devient intelligent quand on lit la bible, ayant devant les yeux ce grand principe : toute la bible, rien que la bible ! Gependant, on se permet, quandcela sert à mettre la bible d’acord avec ses idées, d'ajouter quelque petit mot innocent, qui lui fait dire tout le contaire de ce qu'elle dit ? C’est ainsi que vous respectez la parole de Dieu, Mr le colporteur ?
Nous allons le voir. J'ai, à la main, un livre qui m'appartient, je vous le donne en disant : ceci est mon livre; et vous de dire, non, mon ami, ce que vous me
- donnez, n’est pas votre livre, mais seulement, la figu-
re, l’image, le souvenir de votre livre. Je me récrie contre vous: mais c’est vraiment mon livre: je nesuis pas un menteur. Vous répondez : mon ami, je vous assure que vous vous trompez, ce n’est pas votre livre, mais seulement son image.
Voulant m'assurer si réellemet vous, n'êtes pas un fou, je vous soumets le fait suivant : Je passe avec un ami prés d’une magnifique maison, et, la lui montrant du doigt, je lui dis: Voilu une magnifique maison; Vous
vous trompez grossièrement, me répond cet ami, ou vous ne parlez pas comme il convient: cette magnifique maison que vous ne montrez du doigt, etque je vois, aussi bien que vous. n’est pas ce que tous les hommes . “sont convenus d'appeler une maison ; mais seulement 4 (l'image, la figure, le souvenir d’une magnifique maison. Pensez-vous que mon ami avait son bon sens ?
Le colpurteur reste muet comme un poisson.
Puisque vous refusez de me faire connaître si mon ami a encore sa raison, continue Jean-Baptisie, vous voudrez bien me donner l’explication de ce passage de la re Epitre aux Corinthiens. ( chap. 11, v. 23-24, &c.) Saint Paul écrit aux Coriñthiens qu'il a appris de Jésus-Christ lui même ce qu'illeur a enseigné, savoir : que'la veille de sa passion, Jésus-Christ prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit, et dit à ses disciples : prenez et mangez; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Comment entendez-vous ces paroles, Mr le colporteur ?
Le colporteur: Ce passage de saint Paul n’est pas différent de celui de saint Matthieu, que vous venez de me citer : saint Paul a également omis le mot figure, ou image, qui eut donné le vrai sens des paroles de la cère.
Jean-Baptiste : Ne soyez pas surpris si je vous déclare franchement que la réponse que vous venez de me faire, est un mensonge qué votre raison condamne. Mettons:nous à la place des disciples jui as- $istaient à la dernière cène. Souvenons-nous de ce qu’ils avaient entendu de la bouche de leur divin inaître : (Jean, chap. 6.)
« En vérité, en vérité je vous le dis: Moïse ne
« vous a point donner le pain du ciel; mais c'est.
«mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. « Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, «et qui donne la vie au monde. Je suis lé pain de «vie: Celui qui vient à moi n'aura point faim, et « celui qui croit en moi n'aura jamais soif. »
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Remarquons ici le murmure des Juifs. « Les Juifs « donc murmuraient contre lui, parce qu'il avait dit: «je suis le pain vivant qui suis descendu du viel. » Jésus-Christ les reprend de leur murmure et leur fait comprendre pourquoi ils ne croient pas à sa parole. « Ne murmurez pas entre vous. Personne ne « peut venir à moi, si mon Père qui m'a envoyé, «ne lattire.» [Il va reprendre maintenant la suite de son discours. « En vérité, en vérité je vous le «dis: celui qui croit en moi a la vie. Je suis le pain « de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, «et ils sont nrorts. C’est ici le pain qui est descendu du. « ciel, afin que celui qui en mange ne meure point «Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. Si «quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, «et le pain que je donnerai, c’est ma chair que je dois « livrer pour la vie du monde.» Ecoutons maintenant les Juifs, dont les protestants répètent les paroles de leur doute incrédule. « Les Juifs donc disputaient en- “tr'eux, en disant: Comment celui-ci peut-il nous « donner sa chair à manger ? » Que va faire ei le Dieu de vérité ? On a compris qu’il promettait de donner sa chair en nourriture. Il entend leur murmure. S'il ne veut pas réellement donner ce qu’il ieur promet et ce qu'ils ont parfaitement compris, ne doit- 1l pas les détromper en disant, comme: vous, Mr le colporteur : Vous vous trompez sur le vrai sens de mes paroles. Ge n’est pas réellement ma chair, mon pro- “pre corps, celui que vous voyez de vos yeux, mais seulement la figure, l’image, le souvenir de ce corps, sous la forme du pain, que je viens de vous annoncer pour nourriture. Voilà ce que dirait tout homme franc à ceux qui se seraient mépris sur le sens de ses paroles. Mais Jésus-Christ, le Dieu de vérité, loin .de détromper les-Juifs, va confirmer ce qu’ils ont compris, par un serment solennel. ” | ésus leur dit donc : En vérité, en vérité je. vous « le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de hom-
« me, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point « la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon ‘“ sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au « dernier jour. Car ma chair est véritablement une «nourriture, et mon sang est véritablement un breu- “ vage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, « demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui “est vivant m'a envoyé, et que je vis par mon Père, à de même celui qui me mange vivra aussi par moi: « C’est ici le pain qui est descendu du ciel, bien dif- « férent de la manne que vos pères ont mangé, et qui « ne les a pas empèchés de mourir. Celui qui mange « Ce pain vivra éternellement. »
Ne nous occupons, ni des disciples qui trouvent ce discours dur et ne peuvent l'écouter, ni de ceux qui abandonnent leur divin maître, scandalisés par les paroles de vie, pour écouter la réponse de saint Pierre : « À qui irions nous, Seigneur! Vous avez les paroles «de la vie éternelle; et nous avons cru et nous * avons connu que vous êtes le Christ. le Fils de « Dieu. »
Transportons-nous maintenant dans la salle où se fait la cène ; n'oublions pas que les disciples qni ont entendu le discours que nous venons de lire, y étaient, et que c’est à eux que Jésus-Christ va présenter le pain consacré, en leur disant: prenez el mangez; ceci est mon corps, qui sera livré pour vous: Comment pouvaient ils, devaient-ils entendre le sens de ces paroles ? : Un doute, un simple doute a:t il pu
s'élever dans leur esprit, qu’ils ne recevaient pas réel-
lementet véritablement le vrai corps de Jésus-Christ ? Non : Pas le moindre doute. C doute est impossible, ils n’ont pu le concevoir. Ils avaient cru à la promesse de celui qui a les paroles de la vie éternelle, et ils ont également cru à l'accomplissement de cette promesse. Il faut admettre.cette conséquence, ou se faire incrédule: je ne vois pas de milieu entre ces deux extrèmes.
, point it MON ai au t une breusang, e qui Père, moi :
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uvent qui ir les erre :
roles
Avez-vous remarqué ces paroles : Ceci est mon.corps, QUI SERA LIVRÉ POUR VOUS ? Si l'interprétation, que vous donnez à ces paroles était la véritable, ne faudrait-il pas en conclure que Jésus-Christ n’est mort qu’en image ou qu’en figure? Ne voyez-vous pas dans quel abîime vous conduit votre raison protestante ? Il n’y à donc pas de Rédemption, diront les incrédules ?
Maintenant, Mr le colporteur, voulez-vous me permettre de vous faire une toute petite remarque ?
Le colporteur, de mauvaise humeur: : Quelle remareue voulez-vous me faire? Parlez, si vous voulez.
Jean-Baptiste : Jésus-Christ dit, en saint Matthieu, (chap. 18, v. 3) : « Si vous ne devenez semblables à des « petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume: « des cieux. » L'Eucharistie renferme un mystère d’urm immense amour et d'une humilité infinie. Pour croire ce mystère, il faut être humble de cœur et d'esprit, étre devenus semblable à un petit enfant. Les protestants, qui sont les enfants de la révolte et de l'orgueil, ne peuvent y croire, et ils torturent les textes de la sainte écriture, qui en établissent si clairement la vérité, afin de n’y pas croire. L’orgueil, ne pouvant concevoir qu'un Dieu s’humilie jusque là, s’écria : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair « à manger?» Alors l’orgueil se retire de la table: où est donnée cette ineffable nourriture, et puis il reste sans remède. Je ne doute nullement que Jésus. Christ n’ait voulu désigner les orgueilleux de cette espèce, par les paroles de cette divine prière: «Je «vous rends grâces, mon Père, Seigneur du ciel et «de la terre, de ce que tandis que vous avez caché ces « Choses aux sages et aux prudents, vousles avez ré- « vélées aux simples etaux petits. » (Matth. ch. 11, v. 925.)
Le colporteur : Gardez vos compliments pour vous, “mon ami: Je n’en veux pas. Sachez d’ailleurs que nous avons autant de raison de Croire que.nous entendons la bible, sur ce sujet, aussi bien que vous, qui suivez le sens que lui donne l'Eglise Catholique.
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Jean-Baptiste : Je vous ai déjà dit que vous étiez seul de votre opinion, puisque vous êtes de la raison individuelle, indépandante, et qui ne croit qu’à ellemême, au lieu que moi je suis l'opinion, la foi, la croyance de deux cents millions de Catholiques actuellement vivants, et d’ur nombre cent fois plus grand qui m'ont précédé. Ainsi notre position n'est pas du tout la même. Mais Laissez-moi continuer de vous soumettre les preuves de ma croyance. Continuons d’exam,ner le texte de la 1 Epit. aux Corinthiens.
Après les paroles, que je vous ai déjà cilées, saint Paul continue de parler ainsi, pour votre condamnation. ( Zbid.v. 27. 29.) « C’est pourquoi, quiconque « mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur in- « dignement, ÿ sera coupable du corps et du sang du « Seigneur. Car, quiconque en mange et en boit in- « dignement, mange et boit sa propre condamnation, «ne faisant point le discernement qu’il doit du corps « du Suigneur. »
Expliquez-moi, maintenant, Mr le liseur de bible, 10 comment on peut se rendre coupable du corps du Seigneur, en mangeant un morceau de pain, comm figure, image, ou souvenir de ce corps ? 2° Commen saint Paul a pu dire que celui qui communie indignement, mange et boit sa condamnalion, ne faisant point le discernement qu'il doit du corps du Seigneur ? Mais pourquoi serait-il coupable et qu'elle serait la raison de sa condamnation, s’il ne discernait pas, dans Ja conmunion, le corps du Seigneur, s’il n'y est pas ?
Que voudraient dire, d’ailleurs, cette préparation, cet examen sérieux de l'état de. Sa conscience, avant de communier si on ne doit recevoir qu'un morceau de pain, en souvenir de la dernière cène ? Car voilà la règle que pose saint Paul pour ne pas s'exposer à boire ou à manger sa condamnation : « Que « l’homme donc s’éprouve soi-même : qu’il mange ainsi «de ce pain, et qu'il boive de ce Calice.» Et pour
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épouvanter les pécheurs audacieux qui, coupables de quelques crimes, oseraient recevoir le pain wivant, donné dans ce banquet, saint Paul leur déclare que « c’est pour cela, à cause de sommunions in- « dignes, qu'il il y avait parmi eux des malades et « des languissants, et que plusieurs étaient frappés « de mort »
Le colporteur: J'avoue, mon ami, que saint Paul a parlé très-obscurément dans les textes que vous venez de citer : il n’est pas facile de comprendre le sens de ses paroles.
Jean-Baptiste : Ouï, sûint Paul a parlé bien obscurément pour vous, mais bien clairement pour nous, pour la raison peut-être qu'il n'était pas protestant, mais bien réellement Cathohique.'Ce que vous venez de me dire, sur ce texte qui justifie si pleinement la croyance Catholique, prouve que vois ne voulez pas le comprendre, dans la crainte, je pense, de dire que vous vous trompez, ce qui est trop huruiliant pour l’orgueil
rotestant. On pourrait donc appliquer à vous et à D aucout d’autres protestants, cette sentence divine : « Les paroles de sa bouche ne sont qu'iniquité et que « tromperie. 11 n’a pas voulu s’instruire pour faire le « bien, » ( Psaume 35, v. 4)
Cependant il faut avouer que ce texte confirme pleinement ce que croient les catholiques, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Il n’y a pas moyen de l'entendre autrement, sans fausser complètement le sens des paroles. Mais ceci n’est jamais un obstacle sérieux pour la raison individuelle guidée
: par les préjugés de Penfance et par l’entêtement dans
erreur. D'ailleurs ceux qui font métier de pervertir les Catholiques, ont besoin de les tromper, et ceux qui parlent à des protestants ont un égal besoin d’avoir ua mot bien horrible pour leur inspirer de l'horreur pour l’Eglise Catholique. Et puis, le premier dit à ceux qu'il veut séduire: rnaïs, vous voyez bien, mon ami, que cette croyance à la présence réelle n’a pas
penis
de bon sens : Comment un Dieu peut-ilse donner à un homme ? Et le Catholique n'aurait pas l'esprit de lui répondre : mais, Mr l'embaucheur, comment un Dieu a-t-il pu se faire homme ? Si vous croyez qu'un Dieu se.soit fait homme, comment refusez-vous de croire qu'il peut se donner à l’homme ? Il est beaucoup plus étonnant que n'étant que Dieu, il se soit uni à l'humanité, qu'il re l’est qu’étant homme et Dieu, il veuille s'unir à l’homme !!
Le second, lui, qui parle à des protestants, s'y prend autrement pour leséloigner de se faire Catholiques. Il fait d'abord une peinture hideuse des paiens qui étaient assez stupides pour adorer du bois, de la pierre, des animaux, des monstres. Puis, avec un air de compassion, qui tire des larmes de tous les cœurs chrétiens : Vous savez tous, mes frères en Jésus-Christ, qu'il est clairement démontré qu’on ne reçoit que du pain dans la sainte cène. {Quelle sainte cène qu'un morceau de pain ! ) Eh! bien le croiriez-vous? Non c’est incroyable. Comment donc vous le dire? Voilons-nous le visage, poussons des cris de douleur. Nous avons encore de ces païens stupides, aveugles, inserisés, idolâtres... les Catholiques romains adorent du pain! ! Puis, l'auditoire indigné d’une telle stupidité, jure de ne Jamais embrasser une croyance qui fait des idolâtres, au milieu du siècle du proprès et de la lumière.
Le colporteur, interrompant Jean-Baptiste : Nos ministres peuvent parler ainsi, puis qu’ils sont convaincus que les Catholiques sont idolâtres.
Jean-Baptiste: Vraiment! Vous les creyez convaincus que nous sommes des idolâtres ! Moi, je vous dis qu'il n’y en a point dix qui le croient, ou bien ce sont des êtres de 1a plus profonde ignorance, et d’une stupidité plus profonde encore. Car pour croire que les catholiques sont idolâtres, il faut être assuré de ces deux choses : 10 à partir du plus humble fidèle, pour remonter jusqu’au Pape, tous les catholiques
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rit de nt un qu'un us de beaunituni Dieu,
ts, S'Y atholipaiens , de la un air cœurs Christ, t que qu'un ? Non ? Voipuleur.
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os mi- DA VAIN-
pnvainus dis ien ce t d’une re que ré de fidèle, oliques
sont des fous à lier ; 2° tous les catholiques sont convaincus qu'il n’y a que du pain dans l’Eucharistie et, malgré cette conviction, ils se prosternent devant ce pain pour l’adorer. Tant que les protestants, qui nous accusent d’être des idolâtres, n'auront pas prouvé ces deux propositions, je dirai que tous les hommes qui comprennent ce qu'ils disent et qui nous accusent d’un tel crime, sont de vils calomniateurs.
Le colporteur : Mon ami, vous êtes injuste envers
les protestants ; soyez convaincu que, s'ils vous traitent d’idolâtres, c’est parcequ'ils ont la couviction que vous l’êtes réellement.
. Jean-Baptiste : Où ont-ils pris cette conviction ? Quel concile, quel controversiste, quel théologien catholique leur ont fourni les preuves pour asseoir leur conviction ? Ces accusateurs impudents se donnentils le trouble d'étudier nos preuves et de les peser au poids de l'équité? Non: cette manière de juger les catholiques, ne ferait pas les petites affaires de ces messieurs. C’est plus facile de frapper une société religieuse, aussi nombreuse, sans daigner entendre ses raisons. C’est un moyen odieux, vil, indigne d’hommes qui se respectent : mais accusons toujours, diton, et nous en imposerons à nos adhérents qui, pour la plupart, vous croirons sur parole. (7)
Mais en voilà assez sur ce sujet. Parlons d’autres choses.
Dans votre société religieuse, fait-on des ordinations ?
Le colparteur : Cela n’est pas de rigueur, chez nous. Voyez-vous, mon ami, avec la bible, ou peut se passer de prêtres, et en effet, plusieurs sociétés religieuses s'en passent.
Jean-Baptiste : Vous avez raison, en un certain sens. Car qu’auraient à faire chezvous des prêtres, lorsqu'il'est notoire que vous avez aboli tous les sacrements, excepté deux, que les laïques peuvent administrer, et administrent, en effet, suivant vos principes ?
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Quant aux ordinations, nous allons consulter la
bible, que nous avons prise pour le seui juge de nos
différents.
4° Après avoir consacré le pain et le vain pendant.
la dernière cène, Jésus-Christ dit à ses disciples : « Faites ceci (ce que je viens de faire) en mémoire « de moi, » (I. cor. chap. 1i, v. 24-25.) Alors les Apôtres furent ordonnés prêtres, comme le déclare le con-
cile de Trente, Sess. 22 chap. 1, avec le consentement
de tous les siècles qui l'avaient précédé. |
Sur ces paroles: faites ceci en mémoire de moi, vos réformateurs, et ceux qui sont venus après eux, ont appliqué ces paroles aux seuls mots: prenez et mangez, afin de les restreindre, et leur ôter leur vraie signification. D’après le contexte de ce passage, il faut nécessairement l'appliquer à tout ce que venait de faire Jésus-Christ qui avait pris du pain, et rendant grâces, l'avait rompu, et donné à ses Apôtres.
20 Après sa résurrection, Jésus-Christ entre dans la maison où ses disciples étaient assemblés ; les portes de cette maison étaient fermées, Il leur montre d’abord ses mains et son côté, pour les convaincre qu’il est bien réellement leur bon Maître: puis, «il «leur dit, une seconde fois : la paix soit avec vous, «comme mon Père m'a envoyé je vous envoie de “même. Ayant dit ces paroles, il souffla sur eux, et « leur dit : recevez le Saint-Esprit. » (Jean, chap. 20. v. 21-22.) Ici le Saint-Esprit est donné aux Apôtres pour leur communiquer le pouvoir de remettre les péchés, comme nous le verrons plus tard. Les Apôtres sont donc faits ministres du sacrement de pénitence.
30 « Or, pendant qu’ils (les Apôtres) s’acquittaient « des fonctions de leur ministère devant le Seigneur, «et qu'ils jeënaient ( ces Apôtres n'étaient pas protes- « tants puisqu'ils jeünaient, ) le St.-Esprit leur dit: Sé. « parez-moi Saul et Barnabé, pour l’œuvre à laquelle « je les ai appelés. Et après qu'ils eurent jeüné et prié, (Ceci rappelle nos quatre-temps, pendant lesquels on
fait l'ordination des prétres, dans l'Eglise Calholique | à ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent aller.» ( Actes des Ap. chap. 13, v. 2-3.) Les commentateurs, pour le plus grand nombre, croient que ces paroles :: et leur imposèrent les mains, signifient qu’alors Saul et Barnabé furent consacrés évêques.
4o Saint Paul, daus la Îre Ep. à Tim. ( chap. 4, v. 14. }: lui rappelle son ordination, par ces paroles : « Ne né- « gligez point la grâce qui est en vous, qui vous a été «donné, suivant une révélation prophétique,. par « l'imposition des mains des prêtres. » Îl lui rappelle encore la même chose, dans la seconde Ep. qu’il lui écrit (chap. 1, v. 6) : « C’est pourquoi je vous avertis « de rallumer le feu de la grâce de Dieu, que vous “ avez reçue par l'imposition de mes mains. » (8)
50 Saint Paul écrit à son disciple Tite ( chap. 1,0. 5} ces paroles remarquables : « Je vous ai laissé en Crète, «afin que vous y régliez tout ce qui reste à y régler, «et vous établissiez des prétres, dans les villes, comme « je vous l’ai prescrit.» ( Note) La bible de Sacy, même après son apostasie, porte : des prétres, comme la traduction catholique. David Martin traduit : des anciens.)
Je vous conseillerais, Mr le colporteur, de prier vos dignes ministres de voir à ce que, du moins, ‘3s traductions, qui courent le pays, fussent mises d'accord. Autrement les Catholiques pourraient bien leur adresser des reproches sur leur négligence à veiller sur l'intégrité de leurs traductions de la bible. Gar prètres et anciens, ne signifient pas la même chose. Ils ont peut-être eu quelques scrupules de changer le texte de la traduction: ce Sacy, en cette endroit. Veuiilez leur dire, que leurs scrupules seraient des enfantillages, auprès de ceux de ces braves qui en ont arraché sept livres en entier, sans compter les fragments de Daniel et d’Esther. :
Vous avez donc jngé à propos, conclut Jean-Baptiste, de suivre la bible, toute la bible, excepté toutefois en ce qui regarde les ordinations. Vous êtes en vérité, des
gens très-conséquents à vos principes! Mais au moins, avez-vousdes évêques ?
{Au moment où Jean-Baptiste adressait cette question au colporteur, entra un de ses anciens amis, trèsbon catholique, qui connaissait assez bien sa religion et, surtout, qui y tenait de toute son âme. Jean-Baptiste introduisit son ami au vendeur de bibles, qui fut fort contrarié par la présence de ce témoin dans une discussion qui prenait une tournure assez compromettante pour l'honneur d’un homme aussi important que ce vaillant coureur de campagnes.)
Jean-Baptiste, qui s’aperçut de san embarras, relève son courage en lui disant que, au lieu de n'avoir qu’un seul Catholique à convertir à la bible, il en aura deux, lui et son ami. Qu’une telle conquête était bien digne du zèle qui lui dévorait les entrailles pour la conversion de ces pauvres Canadiens, qui n’ont jamais vu les rayons du soleil biblique. Que, d’ailleurs, dut-il même échouer dans les efforts du noble zèle pour leur conversion, il devaitespérer que son ami répandrait, dans son canon, la réputation de science qu'il allait s’acquérir, dans cette discussion. Le colporteur, à ce discours, fut sur le point d’enfler, comme la grenouille du bon Lafontaine, dit la chronique du temps.
Joseph Lam (c'était le nom du nouvel arrivé) témoigna son profond respect à Mr le colporteur et lui dit combien il était heureux d'entendre parler, sur la bible, un homme aussi savant, il n’en doutait nullement, puisqu'il se donnait la peine de veniroffrir une nouvelle religion aux Canadiens, en échange de celle dont les ruines ont commencé à pousser du temps des Apôtres, et qui, ne fussent qu’à raison des tempêtes qui l'ont assaillie et qu'elle a bravées impunrément,
oit être fort solide : que, d’ailleurs, il espérait de sa grande charité qu'il daignerait lui apprendre ce que croient les ee de la secte à laquelle il appartenait, qu'il avait déjà eu l’insigne honneur de faire
cette question à un colporteur de bibles et qu’il n’en avait pu arracher une réponse.
Bon gré, mal gré, le colporteur qui, comme presque tous ceux qui lisent la bible, se croyait un géant comparé à ceux qui n’entendent que les prônes de leurs curés, et ne lisent que les livres qui expliquent le catéchisme catholique, accepta la noble tâche de confondre deux Catholiques à la fois.
Alors, Jean-Baptiste lui adressa la même question : avez-vous des évêques, dans votre religion ?
Le colporteur : Non, mon ami. Il est vrai qu’on en fait encore en Angleterre ; on en a en Prusse et dans quelques autres contrées de l’Allemagne, mais ailleurs, et surtout chez nous, on à jugé à propos de les retrancher, et de s’en passer.
Jean-Baptiste : I] me semble que saint Paul donne assez longuement les qualités que doit avoir un évéque ; il parle du soin que l’on dit apporter à n’en choisir que d’irréprochables, sous tous les rapports ; enfin il énumère les vertus qui doivent briller en eux. Il me semble avoir lu tout cela dans la première Epitre de saint Paul à Timothée, chapitre troisième. Je pense avoir aussi lu dans l’Epitre du grand apôtre à son disciple Tite { chap. 1, v. 7, et suivants.) des règles de conduite pour un évêque ; je crois même y avoir remarqué ce verset : « Il faut que l’évêque soit attaché aux « vérités de la foi, telles qu’on les lui a enseignées, « afin qu’il soit capable d’exhorter selon la saine doc- «trine, et de convaincre ceux qui la combattent. »
Le colporteur, l'interrompant : Vos traductions catholiques ne sont pas correctes dans ces endroits, au lieu du mot d’évéque, il faut mettre celui d’ancien.
Jean-Baptiste: Quand vous aurez un moment de loisir je vous conseille de consulter vos traductions ou bibles de Sacy et de David Martin, et si j'ai l'honneur de vous rencontrer quelque part, vous saurez peut-être que le mot évéque se trouve dans ces deux traductions. Ainsi, comme saint Paul n’a pas dû donner des avis
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