CHAPITRE SIXIEME
Confirmation.— Extrême-Onction.— Mariage.— Pardon des péchés par le ministère des prêtres.— La confession des péchés.— Une confession publique à Beaver.
Joseph Lami : Quel qu’un, dans votre religion, a-t-il le pouvoir d'imposer les mains sur ceux qui ont reçu le baptême, afin de faire descendre sur eux le Sainñt- Esprit ?
Le colporteur : Non, mon ami ; la confirmation n'est point connue chez nous.
Jean-Baptiste : Vous ne connaissez paf le sacrement de la confirmation? Vous m’étonnez ! Quoi! vous m’avez dit que vous lisez sans cesse la bible, et vous n’avez jamais remarqué qu'elle ÿ est clairement indiquée ? Vous avez peut-être oublié de lire le 8e chapitre des Actes des Apôtres, versets 14 et suiv.
Le colporteur : Je l'ai lu plus souvent que vous, mon ami
Jean-Baptiste: Cela est possible. Cependant, corme il est peut-être arrivé, que vous n'avez pas eu le temps de réfléchir sur votre lecture, (le métier que vous faites est si distrayant !)} Vous voudrez bien permettre à mon ami de vous la lire une foi. S’adressant à Joseph Lami, commencez au 14e verset.
Joseph Lami lit posément : « Les apôtres qui étaient «à Jérusalem ayant appris que ceux (es fidèles | de « Samarie avaient reçu la parole de Dieu, » (J.-Bte., l’interrompant : Lisez-vous bien ? Est.ce qu'il n'y a pas, dans ce texte: ayant reçu des bibles? Je lis bien, dit Joseph Lami. Dans ce cas, ajouta Jean-Baptiste, il manque quelques mots au texte, comme aux paroles de la cène : ceci est mon corps), «ils leur envoyèrent « Pierre et Jean qui, étant venus, firent des prières « pour eux, afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit: car «il n’était point encore descendu sur aucun d’eux ;
« mais ils avaient seulement été baptisés au nom du « Seigneur Jésus, alors ïls leur imposèrent les mains, « et ils reçurent le Saint-Esprit. »
Jean-Baptiste : La confirmation est-elle assez clairement indiquée ici, Mr le colporteur.
Le colporteur: Je ne le vois pas, mon ami. Il me semble que ce n’est qu'une cérémonie.
. Jean-Baptiste : Vous avouerez, cependant, que cette cérémonie doit avoir une grande importance, puisqu'elle fait descendre le Saint-Esprit. Simon n’en jugeait pas comme vous, lorsqu’ayant vu le St.-Esprit descendre sur ceux auxquels les Apôtres imposaient des nains, il leur offrit de l'argent pour qu'ils lui donaassent le même pouvoir. ( Actes des Ap. ch. 8, v. 18.) Vous allez peut-être en juger mieux par la lecture du commencement du 19 chapitre, que vous voudrez bien nous lire, mon ami.
… Joseph Lami lit: « Pendant qu'Appollon était à Co-
« rinthe Paul ayant traversé les hautes provinces de :
« l’Asie, vintà Éphèse, où ayant trouvé quelques dis- « ciples, il leur dit : avez-vous reçu le Saint-Esprit de- «-puis que vous avez embrassé la foi ? Ils lui répondi- « rext: Nous n'avons pas seulement entendu dire qu'il « y ait un Saint-Esprit. Et il leur dit : quel baptème « avez-vous donc reçu ? Ils lui répondirent : le baptème « de Jean. Alors Paul leur dit: Jean a baptisé du bap- «tème de la pénitence, en disant au peuple, qu’ils « devaient croire en celui qui venait après lui, c’est- «à-dire, en Jésus. Ce qu'ayant entendu, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Et, après que « Paul leur eût imposé les mains, le Saint-Esprit des- « cendit sur eux ; et ils parlatent diverses langues, et ils «a prophétisaient. » (@)
Jean-Baptiste: Comprenez-vous mieux maintenant, Mr le colporteur? Voyez-vous l'importance que les Apôtres attachaient à ce qu'il vous plaît d'appeler une cérémonie? Dansle premier texte, les Apôtres envoient Pierre et Jean de Jérusalem à Samarie pour
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imposer les mains aux fidèles, et faire descendre sur eux le Saint-Esprit ? Dans le second, saint Paul questionne longuement les disciples d'Ephèse et, apprenant qu'ils n'avaient reçu ni le baptéme du Seigneur
Jésus, ni l'imposition des mains, il leur donne et le
baptéme et la confirmation. Direz-vous que cette imposition des mains ne mérite pas qu’on y fasse attention, lorsque ceux qui venaient de la recevoir, parlaient diverses langues, et prophétisaient ? |
Vous voilà encore ici, en défaut avec la biblè, ajoute Jean-Baptiste. Et malheureusement pour vous, ici et dans ce que nous avons examiné, l'Eglise Catholique se trouve en parfait accord avec elle, maïs, selon qu’il est convenu entre vous, vous n’en répéterez pas moins, que les Catholiques ne suivent pas la bible, et votre grand principe : {a bible, toute la bible, rien que la bible.
C'est par ces petites ruses, observa Joseph Lami, que ces bons messieurs les colporteurs trouvent movyen de faire des pilules pour les simples, qui ouvrent de grands yeux d’étonnement en les entendant débiter leurs longues kyrielles d’accusations contre l'Eghse Catholique.
Jean-Baptiste : Quand vous avez des malades, appelez-vous un ministre pour qu’il leur fasse des onctions avec de l’huile sainte ?
Le colporteur : Il paraît que cette cérémonie était em usage du temps des Apôtres ; mais elle ne se pratique plus chez-nous. | . Jean-Baptiste: Vous avez retranché les évêques de votre société religieuse, pour qu'il fut bien connu qu’elle n’était point l’Eglis de Dieu. Nous venons de voir que vous avez rejeté l'imposition des mains, qui fait descendre l’Esprit-Saint sur ceux qui le reçoivent. afin qu’il fut manifeste que le Saint-Esprit n’était pas avec vous. Vous venez de me dire que vous ne faites pas d’onctions sur les malades, tout en avouant que cette onction se pratiquait du temps des Apôtres,
pour me faire comprendre que votre religion n'est pas celle des Apôtres, pour venir répéter votre éternel refrain : /a bible, toute la bible, excepté, vous dirais-je, ce qui à RANpOne aux évêques, à la Confirmation et à l’'Extrêm-Onction, si clairement enseignée par les paroles suivantes de l'Epitre Catholique de saint Jacques, (chap. 5, v. 14-15.) Veuillez, Mr le colporteur, nous lire cet endroit.
Le colporteur, en répugnant, lil: « Quelqu'un parmi « vous est-il malade ? qu’il appelle les prêtres de lE- « glise ( D. Martin : les anciens de l’égliser et qu'ils « prient sur lui, l’oignant d'huile au nom du Seigneur, « et la prière de la foi sau vera le malade ; le Seigneur, « le soulagera, et s’il a commis des péchés, ils lui seront « remis. »
Voilà certes, réprit Jean-Baptiste, une pratique bien pieuse et très-salutaire pour le moment de la mort! Je vous plains bien sincèrement, Mr le colporteur, de n'avoir pas ce sacrement des mourants! Vous ne voulez donc pas que la prière de la foi sauve vos ma-
lades? Vous leur refusez, dans leurs angoisses, le ‘
soulagement attaché à cette salutaire onction? Les croiriez-vous, par hazard, tellement exempts de tout péché qu'il n'ont nul besoin d'être purifiés par ce sacrement ? Il faut, dans ce cas, que vous vous intéressiez fort peu au salut de vos mourants, puisque vous les privez des moyens de sanctification que donne ce sacrement. (10)
Nous voyons, en saint Marc, (chap. 6, v. 13) que les.
Apôtres, envoyés deux à deux par le Sauveur, faisaient des miracles par le moyen de ces onction : « Ils « (les Apôtres } chassaient beaucoup de démons; ils « oignaîent d'huile plusieurs malades, el les guéris- « saient. » Remarquez bien, Mr le colporteur, ces onctions guérissaient les malades! Est-ce assez clair ?
Joseph Lami: Je suis convaincu, pour ma part, que les premiers réformateurs ont aboli ce sacrement pour des raisons décisives.
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Le moine Luther qui, le premier, leva l’étendard de la révolte, ne pouvant s'empêcher d’être homme, prit une femme. Jusque là, il avait trouvé l’Epitre de saint Jacques de son goût. Mais cette Epitre parlait trop clairement du sacrement de l'Extrme Onction pour la torturer assez afin de lui faire dire le contraire de ce qu’elle disait. Il la traita d’épitre de paille, et la jeta de côté. Les autres firent comme lui, et on ue parla plus de l’Evtréme-Onction.
Plus tard on reconnut que l'administration de ce sacrement pouvait sntrainer de graves inconvénients pour les révérends ministres. Il arrive assez souvent
ue la pauvre humanité est visitée par des fléaux,
es maladies contagieuses, et les mourants n'ont point toujours la précaution de fixer leur départ de ce monde à une heure où l’on peut voler au secourssans s'imposer de la gène. De là, ii résuit ou pouvait résulter que les intérêts de la famillé”eu souffriraient grandement ; s’il fallait que le révérend fut exposé à tout instant à aller auprès des mourants; l'épouse et les enfants du révérend se seraient vus exposés à perdre leur appui, ou à voir la contagion apportée dans la famille, si le révérend mari ou le révérend père avait été obligé d'aller administrer ce sacrement aux pestiférés : C'était donc plus court et plus expédient de répéter le joli mot de Luther, et de regarder l’Epitre de saint Jacques comme non avenue, ou : Épitre de paille.
On connaît le fait suivant. En 1543, la peste se déclare à Genève ; les ministres protestants se présentent au Conseil, avouant que le devoir serait de consoler les pestiférés, mais qu'aucun ne se sent le courage de le faire, et ils prient le conseil de leur pardonner cette fdiblesse. On sait encore que, il y a peu d'années, l'archevêque protestant de Dublin tenait, dans un mandement, le même langage que les pasteurs de Génève. PART
Le colporteur : Nos ministres ont raison d'agir com-
me ils font. Chez nous, chacun y est pour soi, dans l'affaire du salut. Nos ministres vont quelquefois visiter les malades, mais ce n’est que pr es cons0ler, ou pour lire quelques versets de la bible. Quand ils jugent à propos de n’y pas aller, il n’en résulte ancun inconvénient pour le salut des mourants.
Jean-Baptiste : Quand on a été témoin de ce qui s’est passé, à Québec, pendant le choléra de 1832, on comprend que, pour un protestant mourant, il n'y à rien de sérieux dans la visite de son ministre.
Jean-Bapäiste, adressant la parole au colporteur : Que pensez-vous du mariage, Mr le colporteur ?
Le colporteur: Nous pensons assez généralement chez nous, protestants, que le mariage n’est qu’un contrat par lequel un homme et une femme se donnent leur parole de demeurer unis et de vivre ensem-
ble.
Joseph Lami 8. devriez ajouter : jusqu'à ce qu'il plaise à l'un des deux de citer l'autre devant un juge pour demander et obtenir un acte de divorce.
Allons, encore ici, à la bible, qui est notre seul tribunal. « C'est pourquoi l’homme quittera son père et «sa mère et s’attachera à sa femme, et ils seront deux «dans une même chair.» ( Genèse, chap. ?, v. 24.)
Consultons l’évangéliste saint Luc. « Quiconque «renvoie sa femme et en épouse une autre, commet «un adultère, et quiconque épouse celle que son ma- «ri aura quitté, commet un adultère. { chap. 16, v. 18.)
«Quant à ceux qui sont mariés, dit saint Paul, «(I Cor. chap.7, v.10-11) ce n’est pas moi, mais le Sei- « gneur qui leur fait ce commandement, qui.est, que « la femme ne se sépare point de son mari, et si elle
-«s’en est séparée, qu’elle demeure sans se marier, ou
« à se se réconcilie avec son mari; etque le mari
«de même ne quitte point sa femme.» Kite Jésus-Christ fait cette déclaration qui annulle tou-
tes les lois de divorce : « Que l’homme ne sépare point
« ce que Dieu à joint. » ( Marc, chap. 10, v, 6.)
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