CO000:C0000006000000000000000 LE LYNX
( Planche VIT, fig. 5.)
Le Lynx, que l’on nomme aussi loupcervier , parce que son hurlement approche de celui du loup, et qu’il est marqué de taches quiressemblent à celles des jeunes cerfs, a la forme et les habitudes du chat. [lse trouve dans les parties septentrionales de l’un et de l’autre continent. Sa couleur est d’un jaune fauve clair, avec des taches noirâtres, mal terminées, mais mieux marquées dans le mâle que dans la femelle. Il a la taille du renard, la queue très courte , le poil long et doux, les oreilles grandes , avec un pinceau de poils noirs à l'extrémité, et l'œil si perçant qu'on le cite comme proverbe. Cet animal se tient sur les arbres, donne la chasse aux écureuils, aux chats sauvages, aux mar-
DES ENFANTS. o1 tres, aux oiseaux, et se précipite sur le chevreuil, le lièvre et les autres animaux qui passent à sa portée.
MXN MMMMMMMM EMMA MEME L'ÉLÉPHANT.
(Planche IT, fig. 5.)
L’éléphant surpasse en grosseur tous les quadrupèdes connus. Sa tête est monstrueuse , ses oreilles sont longues, larges etépaisses. Ses yeux quoique grands , paraissent petits, proportionnellement au reste du corps, mais ils sont vifs et spirituels. Son nez qu'on appelle trompe, est une espèce de tuyau flexible en tous les sens, et assez long pour toucher à terre .
C’est avec le rebord de cette trompe, qui forme comme un doigt, qu'il peut saisir les chosesles plus petites, dénouer des cordes, déboucher une bouteille, etc. ; faire en un mot tout ce qu’on fait avec la main.
Ce même instrument, lui sert à embrasser de grosses bottes d'herbes et à les élever
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jusqu’à sa bouche , pour boire, il s’en sert comme d’une pompe. Ïl n’a dans chaque mâchoire que quatre dents pour broyer sa nourriture ; mais la nature lui a donné pour sa défense deux autres dents , en forme de crochets , qui sortent de la mâchoire supérieure , et qui sont longues de plusieurs pieds. Ce sont ces dents que les artistes emploient si avantageusement sous le nom d’ivoire. Une seule pèse quelquefois plus de cent livres : elles croissent avec l’âge. Un gros éléphant contient plus de chair que quatre ou cinq bœufs. Leur mesure ordinaire est de trois mètres de long sur quatre de hauteur. Celui qui mourut à la ménagerie de Versailles en 1681, était de la petite taille ; cependant l'anatomiste qui le disséqua, entrait tout entier dans son Corps, et y travaillait comme dans une chambre. Pour avoir une idée de la force de cet animal , iln’y a qu’à se figurer qu’il ébranle la terre sous ses pas, qu'avec sa trompe il arrache des arbres, que d’une secousse il fait brèche dans un mur, et qu'il peut porter sur son dos une tour
DES ENFANTS. à x) armée en guerre, et chargée de combattants. Seul, ii fait mouvoir des machines et transporte des fardeaux que six chevaux ne pourraient remuer. Quoiqu'il ait les jambes fort épaisses et les pieds monstrueux, son pas ordinaire égale celui de l'homme le plus agile; aussi fait-il quinze à vingt lieues par jour , et plus de trente quand on le presse. Celui qui le conduit lui fait comprendre ses volontés en le frappant derrière la tête, sur la partie de son crâne qui a le moins d'épaisseur.
La couleur ordinaire des éléphants est d’un gris noirâtre. Il yen a aussi de blancs. Leur peau dure et ridée, n'offre que quelques poils rudes , répandus par intervalles et Sans aucune continuité. La houppe des filets solides et luisants qui terminent leur queue , leur sert à se délivrer des mouches.
Comme les éléphants privés ne multiplient point, on n’a pas de certitude sur la durée de leur vie : on soupçonne seulement qu'ils doivent aller à plus de cent cinquante ans. La femelle ne produit qu’un
J4 LE BUFFON petit, qui tête , non pas par la trompe comme on avait cru , mais par la bouche, comme tous les autres animaux.
L'espèce de l'éléphant est généralement répandue dans toutes les contrées méridionales de l'Afrique et de l'Asie. Dans l’état sauvage , il se nourrit d'herbes, de feuillages , de fruits, de graines et de jeunes pousses d'arbres. Quoiqu'il puisse passer plusieurs jours sans prendre d'aliments, lorsqu'il se trouve dans l'abondance, il mange prodigieusement. La nourriture de celui de la ménagerie, quoiqu'il soit de la petite espèce, consistait en quatrevingts livres de pain par jour; douze pintes de vin et deux sceaux de potage, où il entrait quatre ou cinq livres de pain, sans Compter ce que lui jettent les personnes qui viennent le voir. Ces animaux ont plusieurs ennemis, tel que le lion, le tigre, le rhinocéros et certains serpents. Si l’on vient à les harceler dans un endroit où ils aient la liberté de se tourner , leur trompe est un instrument de vengeance terrible,et l'ennemi qu'ils saisissent ne peut
DES ENFANTS. DD éviter d'être écrasé ou mis en pièces. Pour les blesser mortellement , il faut les frapper entre les yeux et les oreilles ; ailleurs leur peau résiste aux balles du mousquet. La manière de les prendre mérite une attention particulière. Au milieu des forêts, et dans un lieu voisin de ceux qu'ils fréquentent , on choisit un espace qu’on environne d’une forte palissade, et on les y fait entrer en les épouvantant par des cris, des pétards, des tambours et des torches allumées. D’autres fois, on leur jette aux jambes des lacets de cordes très fortes, et lorsqu'on a rencontré un arbre assez gros pour y lier sûrement les cordes, on amène les éléphants privés , qui harcèlent les éléphants sauvages avec leur trompe, jusqu’à ce qu'ils se soient laissés conduire au lieu qu'on leur a destiné.
Les nègres d'Afrique, qui n’en veulent qu’à leur chair, les attrapent dans des fosses profondes, couvertes seulement d’un peu de terre et de branches.
L'éléphant est presque aussitôt apprivoisé que vaincu. Quinze jours suffisent
J0 LE BUFFON pour lui apprendre tous les exercices qu'on demande de lui. Du reste, s'il est intelligent et docile, il exige de son maitre de la douceur et de bons traitements.
Ou dit que celui qui mourut du temps de Louis XIV , à la ménagerie de Versailles , avait assez de discernement pour voir quand on se moqait de lui. Un peintre voulant le dessiner dans une attitude extraordinaire, qui était de tenir sa trompe élevée et sa gueule ouverte, le valet du peintre, pour lui faire garder celte situation, lui jetait des fruits dans la bouche, et le plus souvent n'en faisait que le geste. A la fin l'éléphant s’en indigna ; et, comme s’il se füt aperçu que l'envie que le peintre avait de le dessiner étaitla cause de cette importunité, au lieu de s’en prendre au valet, ils’adressa au maî: tre, et lui lança par la trompe un jet d’eau, qui gâta le papier sur lequel il travaïilait. L’éléphant est sujet à des accès de colère, mais cette colère s’appaise promtement. Îlne manque pas d’ailleurs d'une certaine générosité. Un homme qui gou-
DES ENFANTS. 01 vernait depuis longtemps un éléphant qu'il avait toujours trouvé docile, tant qu'il n'avait exigé de lui que des choses raisonnables, le maltraita un jour injustement. L’animal, outré de ce mauvais procédé tua son maitre ; cet homme avait une femme et deux fils encore très-jeunes. Sa femme au desespoir présenta ses enfants à l'éléphant, comme pour lui dire de les immoler aussi. Ce tableau touchani , attendrit l’auimal irrité ; et, pour réparer antant qu'il était possible le meurtre qu’il venait de commettre , il prit doucement avec sa trompe l'aîné des deux enfants, le plaça sur son dos , le regarda déès-lors comme son mattre , et se laissa toujours conduire par Jui. :
sh: LE BUFFON EEE SES LEVEL EEE LETLOTLSTLOR LE LIÈVRE.
Ce petit animal, dont la race est répandue avec tant de profusion sur la surface de la terre, paraît être destiné aux plaisirs de l’homme, encore plus qu'à ses besoins. Les Lièvres de la Laponie et des pays septentrionaux deviennent blancs l'hiver, et reprennent leur couleur fauve en été. On en voit aussi de blancs dans nos provinces, surtout en Pologne. Le lièvre a peu d'industrie. Naturellement peureux, l'agitation de l'air, le bruit d'une feuille, en voilà assez pour le mettre en alarmes ; encore s'il avait l'instinct de se faire un terrier, mais se croyant caché dans un sillon entre quelques légères mottes de terre, il ne doit souvent son salut qu’à son caractère inquiet et défiant , à la finesse de l'orsane de l’ouie, et à la rapidité de sa course. L'Hiver il se gîte à l'abri du nord , ei l'été, à l'abri du midi dans les blés. Lorsqu'il
DES ENFANTS. 99 sont grands , il abat les épis pour se faire des sentiers et fuir librement à l’approche des chiens. Le lièvre n'ayant aucun moyen de défense , il ne trouve souvent son salut que dans la fuite. Sans cesse aux aguets pour découvrir le danger , et doué d'un ouïe excellente, il prend la fuite à la première apparence de danger.
Quoiqu’on ait dit, le lièvre est un animal intelligent et capable de ruse pour éviter le danger. Lorsque la terre est couverte de neige, ils savent que l’empreinte de leurs pas peut mettre le chasseur sur leurs traces , ils ont soin alors de l’embrouiller en passant et repassant vingt fois dans le même endroit, puis s’élançant tout d'un coup du milieu de ces pas confondus ils vont tomber dans un buisson ou un sillon profond où ils restent cachés sans faire le moindre mouvement , en sorte que les chiens et les chasseurs passent à côté d'eux sans les apercevoir.
On en à vu se cacher au milieu d’un troupeau de moutons. D’autres poursuivis depuis longtemps et harassés de fatigue
vont pousser un autre lièvre hors de son oîte afin qu'il se mette à courir à son tour et ils se reposent dans son gite.
La femelle du liévre qu'on appelle hase, porie un mois entier, et donne naissance à trois ou quatre petits, qui au bout de vingt jours, quittent le gite natal et se dispersent pour vivre solitairement. C'est un plaisir de les voir sauter, gambader au clair de la lune. ls vivent de grains et de plantes aromatiques, telles que la marjolaine , le serpolet , etc.
La chasse du lièvre est une des plus agréables. On chasse Le lièvre avec des chiens d'arrêt, ou onle force à la course avec des levriers ou des chiens courants.
Les loups , les aigles , les renards , les ducs et les buses sont pour cet animal sans défense des ennemis aussi redouiables que l’homme. Outre les plaisirs de la chasse , le lièvre fournit encore à nos tables un excellent mets. La chair des femelles est plus délicate. On préfere le lièvre des montagnes à ceux des plaines. La loi des Juifs et celle de Mahomet interdi-