LE RENARD
(Planche IV, fig. 4.)
Le Renard est fameux par ses ruses et mérite en partie sa réputation ; ce que le loup ne fait que par force, le renard le fait par adresse et il réussit plus souvent.
Sans chercher à combattre les chiens et les bergers, sans attaquer les troupeaux, sans traîner les cadavres, ilest plus sûr de vivre: il emploie plus d’esprit que de mouvement; ses ressources semblent être en lui-même.
Fin autant que circonspect, ingénieux et prudent même jusqu’à la patience, il varie sa conduite, il a des moyens de réserve qu'il sait n’employer qu’à propos. Il veille de près à sa conservation; quoiqu'aussi infatigable et même plus léger que le loup, il ne se fie pas entièrement à la vitesse de sa course, il sait se mettre en sûreté en se pratiquant un asile où il se retire dans les dangers pressants, où il s'établit, où il
élève ses petits ; il n’est point animal vagabond, mais animal domicilié. Le renard tourne tout à son profis. [l se loge au bord des bois , à portée des hameaux ; il écoute le chant des coqs et les cris des volailles, il les savoure de loin, il prend habituellement son temps, cache son dessein. et sa marche , se glisse, se traîne ; arrive et fait rarement des tantatives inutiles. S'il peut franchir les clôtures et passer par-dessus, il ne perd pas un instant, ravage les basses cours, Il y met tout à mort, se retire ensuite lestement , en emportant sa proie qu'il cache sous la mousse , ou porte à son terrier ; il revient quelques moments après en chercher un autre qu'il emporte et cache de même; mais dans un autre endroit ; ensuite un troisième ; un qua trième, etc., jusqu'à ce que le jour ou le mouvement dans la maison l’avertissent qu'il faut se retirer et ne plus revenir. Il fait la même manœuvre dans les pipées et dans les boqueteaux où l’on prend les grives et les bécasses au lacet ; il devance le pipeur, va de très grand matin, et souvent
DES ENFANTS. 19 plus d’une fois par jour, visiter les lacets, les gluaux , emporte successivement les oiseaux qui se sont empétrés, les dépose tous en différents endroits, surtout au bord des chemins , dans les ornières , sous de la mousse, sous un génièvre, les y laisse quelquefois deux ou trois jours, et sait parfaitement les retrouver au besoin. Il chasse les jeunes levreaux en plaine, saisit quelquefois les lièvres au gîte, ne les manque jamais lorsqu'ils sont blessés , déterre les lapereaux dans les garennes, découvre les nids des perdrix, des cailles, prend la mère sur les œufs, et détruit une quantité prodigieuse de gibier.
Le renard ne s’apprivoise pas aisément, jamais tout-à-fait ; il languit lorsqu'il n’a pas la liberté, et meurt d’ennui lorsqu'on veut le garder trop longtemps en domesticité.
= Des renards qui se jetaient sur les poules
lorsqu'ils étaient en liberté , n’y touchaient plus dès qu’ils avaient leur chaîne. On attachait souvent auprès d'eux une poule vivante, on les laissait passer la nuit en-
semble, on les faisait même jeuner auparavant ; malgré le besoin et la commodité, ils n'oubliaient pas qu’ils étaient enchaînés et ne touchaient point à la poule.
Le pelage du renard est ordinairement de couleur rousse , avec la gorge mêlée de blanc et de noir ; mais on connaît dans le Nord, le renard blanc, le noir, le bleu, le gris de toutes nuances, le blanc à pieds fauves , le blanc à tête noire, etc. Sa longueur moyenne est de quarante centimètres.
Di ENFANTE, 21
DEEE MODES “BDD LM LLC. a DCE -22D) NES L'ÉCUREUIL.
( Planche I, fig. 42.)
L'Écureuil est un joli petit animal, propre , leste , vif, très alerte, très éveillé, très industrieux ; il a les yeux pleins de feu : il n’est ni carnassier, ni nuisible ; et quoiqu'il saisisse quelquefois les petits oiseaux qui se trouvent à sa portée, il ne vit pas communément de chair. La noisette , le gland, la faine et autres fruits sauvages, Sont sa nourrilure ordinaire.
Aussi propre qu'il est agile, il se fait un ornement de sa large queue qu'il relève sur son Corps et sur sa tête en forme de panache.
Toujours en l'air, il ressemble aux oiseaux par sa légèreté. Au moyen de ses ongles qui sont très-aigus, il grimpe sur l'écorce la plus lisse, et parcourt les forêts, en sautant lestement d’un arbre sur l’autre.
Comme il n'est qu’à demi sauvage, il semble
22 LE BUFFON aussi n'être quadrupède (1) qu’à demi. Assis sur les pieds de derrière et presque debout, il se sert de ceux de devant comme de mains pour porter à sa bouche.
Un petit grognement d’un ton aigu, est le signe de son mécontentement.
L'écureuil semble craindre le soleil, et ne quitte sa demeure que vers le soir, pour prendre de la nourriture ou pour jouer. II construit son nid sur l’enfourchure d’une branche dans les plus hautes futaies , et lui donne assez d'espace et de solidité pour s'y loger avec sa famille à naître. La femelle met bas au printemps trois ou quatre petits. Ces animaux ont toujours le soin lorsqu'ils aperçoivent un chasseur , de se tenir derrière le tronc de l’arbre, et de tourner autour pour rester masqués, à mesure que le chasseur tourne lui même autour de l'arbre. [is n’en continuent pas moins à monter ; et, parvenus à l’enfourchure d'une branche , ils s’y blotissent et restent invisibles. |
(4) Quadrupède , animal à quatre pieds,
L’écureuil est beaucoup plus nombreux dans le Nord que dans tout autre climat.
On fait des pinceaux avec le poil de sa queue. |