‹ Le petit Buffon des enfantsChapitre 21 sur 50 · LE CRAPAUD · texte numérisé non relu

LE CRAPAUD

( Planche IX, fig. 4.)

Tout est vilain dans cet animal. Sale dans son habitation, dégoütant par ses habitudes , difforme dans son corps , obscur dans ses couleurs, infect par son haleine , ne se soulevant qu'avec peine , ouvrant, l'orsqu'on l'attaque, une gueule hideuse ; n’ayant pour toute puissance que l'opiniatreté d'un être stupide, et pour arme qu’une liqueur fétide, il ne paraît avoir de bon que l'instinct de se dérober à tous les yeux, en fuyant la lumière du jour. Sa couleur est ordinairement d’un gris livide, tacheté de brun et de jaunàire, quelquefois d’un roux sale, qui devient ensuite presque noir. Un grand nombre de verrues, ou plutôt de pustules d'un vert noirâtre ou d’un rouge clair, sert encore à l’enlaidir, Non-seulement il ne peui

Fa DES ENFANTS. 105 marcher, mais il ne saute qu à une très petite hauteur ; lorsqu'il se sent pressé, il lance contre ceux qui le poursuivent , une liqueur fétide. Cet animal habite dans les fossés, surtout dans ceux où l’eau croupit depuis long-temps; on le trouve aussi dans les fumiers, dans les caves, dans les antres profonds et dans les forêts où il peut aisément se dérober à la clarté du jour. Ilestsi vivace, qu'on en a vu qui, percés d’outre en outre par un pieu, ont vécu sept à huit jours exposés à l’ardeur du soleil. Un fait bien constaté prouve qu'un crapaud a vécu plus de trente-six ans, et la manière dont il a passé sa longue vie prouve jusqu’à quel point la domesticité peut influer sur quelque animal que ce soit. Ce crapaud a vécu presque toujours dans une maison oùilaété, pour ainsi dire, élevé et apprivoisé. La lumière des bougies avait été long-temps pour lui le signal du moment où il allait recevoir sa nourriture ; aussi , non-seulement il la voyait sans crainte, mais même il la recherchait ; il était déjà très gros, lorsqu'il

104 LE BUFFON fut remarqué pour la première fois. Sa retraite était un escalier qui se trouvait devant la porte d’une maison. Tous les soirs, au moment où il apercevait de la lumière , il levait les yeux, comme s’il eût attendu qu'on le portât sur une table où il trouvait des insectes, des cloportes et de petits vers. Comme on ne lui avait jamais fait de mal, il ne s’irritait point lorsqu'on le touchait, et devint l’objet d’une curiosité générale, au point que les dames même demandèrent à voir le crapaud familier.

Cet animal aurait vécu plus de temps dans cette espèce de domesticité, si un corbeau, apprivoisé comme lui, ne l’eût attaqué à l'entrée de son trou, et ne lui eût crevé un œil malgré tous les efforts qu'on fit pour le sauver.

an Ag AR A9 ON 3H D LNQ MAIN € 20 ID LIL NAN AIII 20ALALNEANX LA GRENOUILLE COMMUNE.

(Planche I, fig. 6.)

C'est un grand malheur qu’une ressemblance avec des êtres ignobles! Si nous n'avions jamais vu de crapauds, nous admirerions dans la grenouille une taille légère, une attitude gracieuse , des mouvements prestes et des couleurs agréables, nuancées par un beau vernis.

Lorsque la grenouille est hors de l'eau, loin de se tenir bassement accroupie dans la fange comme le crapaud, elle porte la tête haute et le corps relevé sur les pattes de devant, toujours prête à s’élancer.

Ses yeux Sont entourés d’un cercle couleur d'or. Le dessus de son corps est d’un.

vert plus ou moins foncé , et le dessous blanc. Trois raies jaunes qui règnent le long du dos, des taches noires qui s’étendent sur tout le dessous du corps , et

même sur ja partie supérieure à mesure que l'animal grandit, relèvent cet élégant assemblage de couleurs. |

Assez difficiles sur la qualité de leur nourriture , les grenouilles ne se nourrissent que d'insectes vivants tels que vers, sangsues , petits limaçons , etc. Quand l'insecte se trouve à leur portée , elles s’élancent sur lui, quelquefois à la hauteur d'un ou de deux pieds, et l’engloutissent dans leur large bouche. Dès que la belle saison est arrivée, on les entend jeter un cri qu'elles répètent pendant assez longtemps , surtout lorsqu'il est nuit. Ce coassement, composé de sons rauques , devient tout-à-fait désagréable par la continuité , et parce qu'elles se plaisent à se réunir pour le multiplier.

Les œufs que pond la femelle forment une espèce de cordon, à cause de la matière glaireuse dont ils sont enduits. Ces œufs, après un temps plus ou moins long, suivant la température , produisent ce que on appelle des têtards, dans lesquels on distingue bientôt la tête, la poitrine, le

DES ENFANTS. 107 ventre, et une queue dont iis se servent pour se mouvoir. Deux mois après, ces tétards quittent leur enveloppe pour prendre la vraie forme de grenouilles. Comme certaines parties de leur corps fournissent un aliment agréable, on a imaginé plusieurs manières de les pêcher; d’abord avec des filets, à la clarté des flambeaux qui les effraient , puis à la ligne, avec des hamecons qu’on garnit de vers, d’insectes , ou simplement d'un morceau d’étoffe rouge ou couleur de chair. Un ràteau à longues dents est encore un moyen que l’on emploie avec succès NHOUX les ame ner à terre.

RD) Ge: RD) Ge NDS Ge 1: D) Ce DE LA ROUSSE.

(Planche IX k fig. 3. ) |

Cette grenouille qui habite dans les mêmes pays que la grenouille commune , a le dessus du corps d'un roux obscur, et les cuisses rayées de brun. On l'appelle muette. Elle passe à terre une grande partie de la belle saison, et ne regagne les endroits marécageux que vers la fin de l'automne.

Comme les grenouilles rousses sont très fécondes, et qu'elles pondent depuis six cents jusqu'à onze cents œufs , les petites grenouilles de cette espèce se montrent quelquefois en si grand nombre surtout dans les bois et le terrain humide, que la terre en paraît couverte. Cette multitude, sortant de ses trous lorsqu'il pleut, a donné lieu à deux fables : l’une, qu'il pleuvait des grenouilles, et l’autre, qu'elles s'en allaient aussi promptement qu'elles

DES ENFANTS. 109 étaient venues , et qu'elles disparaissaient aux premiers rayons du soleil. Un examen plus sérieux aurait fait découvrir ces grenouilles sous des tas de pierres et autres abris, et on les aurait vues se cacher de nouveau après la pluie , pour se dérober à une lumière trop vive.

RO AIOOCERIOK E DORIMIMIONMIRIE LE DEVIN.

Ce serpent, qui parvient communément.

à la longueur de plus de sept mètres , est le plus grand etle plus fort de tous les serpents. La nature lui a accordé labeauté, le courage et l’industrie : n'ayant point de venin , il combat avec hardiesse , oppose la force à la force, et ne dompte que par sa puissance.

On trouve ce monstrueux animal dans les déserts brülants de l'Afrique. Sa tête a été comparée, et avec assez de raison, à celles des chiens de chasse , qu’on appelle

chiens couchants, Sa queue est très courte

en proportion de son corps , qui est ordinairement neuf fois aussi long que cette partie, mais elle est très dure et très forte. Sur tout le dessus de son corps se trouvent de belles et grandes taches ovales, qui ont ordinairement deux ou trois pouces de longueur , et autour desquelles l’on voit d’autres taches petites et de différentes formes. Toutes sont placées avec symétrie, et la plupart sont distinguées du fond par des bordures sombres , qui, en imitant des ombres, les détachent et les font ressortir. Ces belles taches présentent les couleurs les plus agréablement variées , et quelquefois les plus vives. Les taches ovales sont ordinairement d’un fauve doré, quelquefois noires ou rouges , et bordées de blanc ; les autres sont d'un châtain plus ou moins elair, ou d’un rouge très vif, semé de poinis noirs ou roux. Le dessous du corps est d’un cendré jaunâtre , marbré ou tacheté de noir. Il ya de quoi frémir en lisant , dans les relations des voyaseurs , la manière dont l'énorme serpent Devin s’avance au milieu des herbes hautes

DES ENFANTS. 111 et des broussailles, semblable à une longue poutre qu'on remuerait avec vitesse. On aperçoit de loin , par le mouvement des plantes qui s'inclinent sur son passage, l'espèce de sillon que tracent les diverses ondulations de son corps ; on voit fuir devant lui les troupeaux de gazelles et d’autres animaux dont il fait sa proie. Le seul moyen de se garantir de sa dent meurtrière , dans ces solitudes immenses , est de mettre le feu aux herbes déjà à demibrulées par l’ardeur du soleil; car le fer ne suffit pas contre ce dangereux ennemi, surtout lorsqu'il est irrité par la faim. En vain voudrait-on lui opposer des fleuves, ou chercher un abri sur des arbres : il nage avec assez de facilité pour traverser des bras de mer, et se roule avec prompititude jusqu'aux cîmes les plus hautes.

Lorsque le devin aperçoit un ennemi dangereux , ce n'est point avec les dents qu'il commence le combat, mais il se précipite avec tant de rapidité sur sa malheureuse victime, l'enveloppe de tant de contours , et là serre avec tant de force ,

qu'il rend ses armes inutiles, et la fait bientôt expirer sous ses puissants efforts.

Si l’animal immolé est trop considérable pour que le Devin puisse l’avaler , malgré la grande ouverture de sa gueule et la facilité qu'il a de l'agrandir , il continue de presser sa proie , et pour la briser avec plus de facilité, il l’entraîne , en se roulant avec elle , auprès d’un gros arbre , dont il renferme le tronc dans ses replis, la place entre l'arbre et son corps, les environne l’un et l’autre de ses nœuds vigoureux , et se servant de la tige noueuse, comme d’un levier, il redouble ses efforts , et parvient à comprimer en tous sens le corps de l'animal qu’il a immolé. Après avoir donné à sa proie toute la souplesse qui lui est nécessaire , il continue de la presser , pour l’allonger , et pétrit avec sa salive cet amas de chairs ramollies et d'os concassés.

Quelquefois il ne peut en engloutir que la moitié , alors la dernière partie reste à découvert , jusqu’à ce que la première ait été digérée.

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LE SERPENT. (Planche I, fig. 9.)

On donne le nom de Serpent à un ordre d'animaux reptiles (1), dont le corps couvert d’écailles est allongé , presque cylindrique et très flexible. A les voir en repos, on croirait qu'ils n’ont pas la faculté de se transporter d'un lieu à un autre; mais la nature leur à fourni des moyens particuliers. Pour changer de place, ils appuient la partie antérieure de leur corps sur la terre, puis ils soulèvent la partie moyenne en avançant la postérieure, et portent en avant la partie antérieure, après avoir abaissé la partie intermédiaire. À l’aide de ces mouvements, l'animal marche et avance sans jambes, comme il nage sans nageoires. Les serpents sont du nombre

(1) Reptiles , animaux qui rampent au lieu de marcher.

des animaux qui ont le sang froid et la digestion fort lente. Ils peuvent vivre longtemps sans prendre d'aliments, ainsi qu’on l'observe dans les vipères et dans les couleuvres renfermées sans vivres, pendant sept ou huit mois, dans des barils aérés.

Combien de fois n’a-t-on pas vu des grenouilles, des souris peu endommagées, dans l'estomac de ces animaux , quoique avalées quelques jours auparavant ?

Il y a des serpents dont les petits éclosent dans le ventre de leur mère, et viennent au jour, vivants ; on les appelle viperes.— Les serpents de la classe des couleuvres, font des œufs qui éclosent après avoir été pondus. Les premiers sont généralement venimeux , les couleuvres ne le sont pas. Les serpents ovipares ne couvent pas leurs œufs , ils les déposent dans des trous exposés au midi, ou voisins d'un four, ou dans des couches de fumier , etc. Ces œufs éclosent, lorsqu'ils ont été échauffés par l’un de ces moyens: ils n’ont point de coque , mais seulement une membrane flexible. Ces reptiles se dépouillent de leur pre-

mière peau, au printemps et en automne.

Cette mue s'opère dans l’espace d'une nuit et d’un jour. Leur voix est un sifflement plus ou moins aigu.

RRIR AIS RL ARRR LL RARE LI AR AR LR LR IRIS RRIR LL RAR AR LL RAILAL

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