‹ Le petit Buffon des enfantsChapitre 25 sur 50 · LA COULEUVRE COMMUNE · texte numérisé non relu

LA COULEUVRE COMMUNE

{ Planche Y , fig. 5.)

Ce reptile , aussi innocent que la vipère est dangereuse , est très commun en France, surtout dans le midi ; il en peuple les bois et les divers endroits tempérés et humides. On ne l’a encore trouvé ni dans les régions chaudes, ni dans le nord de l’ancien continent , non plus qu'en Amérique.

Le dessus de son corps, depuis le museau jusqu’à l'extrémité de la queue , est noir ou d’une couleur verdâtre très foncée, sur laquelle on voit s'étendre, d’un bout à l’autre, un grand nombre de raies composées de petites taches jaunâtres de diverses figures , les unes allongées , les autres en losanges , etc., et un peu plus grandes vers les côtés que vers le milieu du dos. Le ventre est d’une couleur jaunâtre : chacune des grandes plaques qui

le couvrent , présente un point noir à ses deux bouts, ce qui forme de chaque côté une rangée symétrique.

Ce joli petit animal parvient ordinairement à la longueur de trois ou quatre pieds. Dans tous les endroits où le froid est rigoureux, il s'enfonce, dès la fin de l'automne , dans les trous souterrains ou dans d’autres creux , où il s'engourdit plus ou moins complétement ; lorsque les beaux jours du printemps reparaissent, il sort de sa torpeur, et se dépouille comme les autres serpents.

Cette Couleuvre cherche à fuir , lorsqu'on l'approche. Non-seulement on peut la saisir sans danger, puisqu'elle n’a pas de venin , mais même sans éprouver d’auire résistance que quelques efforts qu’elle fait pour s'échapper. Bientôt on l’assujétit à prendre les différents mouvements qu’on veut lui faire suivre. Elle se laisse entorüller autour des bras, tourner en différentes positions , Sans donner aucun signe de mécontentement ; elle parait même avoir du plaisir à jouer avec ses maîtres.

DES ENFANTS. 193 Comme sa douceur et son défaut de venin ne sont pas encore aussi bien connus qu'ils devraient l'être, des charlatans se servent de ce serpent , pour faire croire qu'ils ont le privilége de se faire obéir par un animal que leurs admirateurs ne regardent qu’en tremblant. Il faut cependant convenir qu’on a vu des couleuvres , surprises par l'aspect subit de quelqu'un , se redresser avec fierté, et faireentendre un sifflement de colère ; mais dans ce moment même , qu'avait-on à craindre d’un animal sans venin et dont les dents ne peuvent blesser que de pelits lézards ? C’est à cette espèce de couleuvre qu'il faut rapporter le fait suivant , attesté par un naturaliste digne de foi. Cet observateur a vu une couleuvre , tellement affectionnée à la maîtresse qui la nourrissait, qu’elle se glissait souvent le long de ses bras, pour la caresser, se cachait sous ses vêtements , venait au moindre signal , reconnaissait jusqu'à sa manière de rire, et se tournait vers elle,

lorsqu'elle marchait , comme pour attendre son ordre. |

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