‹ Le petit Buffon des enfantsChapitre 7 sur 50 · LE LION · texte numérisé non relu

LE LION

F Planche I, fig. 1.)

Le Lion est le plus fort et le plus terrible des animaux. Il à la tête grosse et charnue , le nez long, large et ouvert, le front carré , et comme sillonné de rides profondes , surtout lorsqu'il est en fureur, les yeux vifs et perçcants, et les sourcils épais. Chacune de ses mâchoires est garnie de quatorze dents, et sa langue est couverte de pointes aussi dures que de la corne.

Une longue et rude crinière, qui devient plus belle avec l'âge, ombrage sa tête et son cou. Il a les jambes courtes et osseuse, les pieds gros et larges. Ceux de devant sont divisés en cinq griffes bien articulées ; ceux de derrière en quatre toutes armées d'ongles forts et pointus. Sa queue , longue d'environ quatre pieds , est

extrêmement souple et couverte d’un poil court jusqu'à l'extrémité, qui se termine en touffe. L'animal s’en sert pour terrasser et briser l'ennemi qu’il veut étreindre.

Le rugissement est la voix ordinaire du lion. Il est effrayant. C'est une espèce de grondement d'un ton grave, mêlé d’un frémissement aigu ; mais le cri qui exprime sa colère, est plus terrible encore.

Ce cri est court et réitéré subitement.

Alors il se bat les flancs avec sa queue, il en frappe la terre, dresse sa crinière, et montre ses dents menaçantes et sa langue armée de pointes. Aussitôt il saute sur sa proie, fait un bond de douze ou quinze pieds, tombe dessus, la saisit avec ses pattes de devant, la déchire avec les ongles et ensuite la dévore avec ses dents.

Sa plus grande taille est d'environ trois mètres de longueur sur un et demi de hauteur. La femelle, plus petite dans toutes ses dimensions , ne porte point de crinière. Ses trails moins prononcés , ou plutôt radoucis, indiquent des inclinations plus douces. Sa force est

DES ENFANTS. 99 dans l'amour maternel. Dès qu’elle a des petits elle ne connaît point le danger ; elle se jette indifféremment sur les hommes et sur les animaux , quel que soit leur nombre.

Le moyen de se débarrasser d’une lionne , lorsqu'on est surpris à lui enlever ses lionceaux , est de lui en abandonner un, qu'elle court aussitôt porter à sa caverne.

Le lion n’attaque que par nécessité. Sa voracité finit où ses besoins cessent. On connaît ses différentes affections aux mouvements de sa queue. Si la faim le presse, il tombe indifféremment sur tout ce qui se présente , et la résistance ne fait qu'augmenter sa rage; aussi est-il fort dangereux de le blesser sans l’abattre.

Il arrive assez souvent aux peuples de l'Asie et de l'Afrique, où les lions se trouvent en abondance, de rencontrer de ces animaux dans leurs chasses. Alors leurs chevaux, quoique très-vifs, sont saisis d'une terreur si subite, qu'ils deviennent immobiles, et les chiens se tien-

50 LÉ BUFFON nent rampanis auprès de leurs maîtres.

Le meilleur expédient pour le cavalier , est de descendre, et d'abandonner une proie qu'il ne peut défendre. Si, par une rencontre imprévue, on se trouvait trop près et qu’on n’eüt pas Île temps d'allumer du feu pour effrayer cet animal, l'unique parti à prendre serait de se coucher par terre dans un profond silence. Lorsque le lion n’est pas tourmenté par la faim, il passe gravement, comme s’il était satisfait des marques de respect qu'on lui donne.

Les nègres creusent, pour prendre les lions, de grandes fosses qu’ils couvrent de branches et de feuillages, et sur lesquels ils mettent une pièce de chair pour amorce.

La durée de la vie du lion est d'environ vingt-cinq ans. Sa nourriture dans les forêts, sont les gazelles et les singes. [1 les attend plus souvent qu’il ne les poursuit , quoique son agilité soit égale à sa force.

Un bon repas lui suflit pour trois jours ; mais il boit toutes les fois qu’il trouve de l'eau. La lionne met bas au printemps , et ne produit qu’une fois l'année.

DÉS ENFANTS. ô1 Le lion pris jeune peut s’apprivoiser et même s'attacher à ceux qui le soignent. A quelque extrémité qu'il soit réduit, il est rare qu'il tourne sa colère contre son bienfaiteur ; mais il conserve longtemps le souvenir des iujures , et paraîten méditer la vengeance. L'histoire nous parle de lions conduits à la guerre ou menés à la chasse, etqui, fidèle à leur maître, re déployaient leur force et leur courage que contre ses ennemis. À Rome on en vit d'attelés à des chars. Parmi une fouie d'exemples frappaats, nous choisirons celui de la lionne du fort Saiat-Louis , en Afrique.

Lne belle lioune que l'aa gardait enchainée pour l'envoyer €# France, fut atteinte d'un mal violent à la mâchoire, qui la priva de la faculté de manger : comme on désespérait de sa guérison, on lui ôta sa chaine et on jeta le corps dans un champ voisio. Ses yeux étaient fermés , et sa gueule ouverte était déjà remplie de fourmis , lorsqu'un Français, nommé Compagnon, l’aperçut en revenant de la chasse. Compagnon croyant trouver quelque reste de vie dans

ce pauvre animal, lui lava le gosier avec de l’eau, et lui fit avaler un peu de lait.

Un remède si simple eut des effets merveilleux. La lionne fut rapportée au fort : on en prit tant de soins , qu'elle se rétablit par degrés. N'oubliant jamais à qui elle était redevable d’un si grand service, elle conçut une telle affection pour son bienfaiteur , qu'elle ne voulut rien prendre que de sa main ; et lorsqu'elle fut tout-à-fait guérie, elle le suivait dans l'île, avec un cordon au cou, comme le chien le plus familier.

Tel est le pouvoir des bienfaits sur les caractères même les plus farouches.

Parmi les lionnes qui ont vêcu récemment à la ménagerie, plusieurs ont souffert des chiens dans leur loge ; mais une seule a montré de l'amitié pour son camarade de prison. Elle se nommait Constanline, et avait été prise fort jeune dans le Sahara. On jeta dans sa loge un petit roquet noir et blanc, qui, tout elfrayé , fut se cacher dans un coin , en tremblant de tous ses membres. La honne se leva lentement : et, ràlant d'une voix sourde , s’ap-

DES ENFANTS 39 procha du pauvre animal, qui poussa un cri plaintif, en la regardant d’un air suppliant. [l paraît que ce regard plein de désespoir la toucha, car elle se recoucha tranquillement savs faire de mal au roquet.

L'heure de la distribution étant venue , on jeta dans la loge le diner de Constantine ; elle le mangea , et en laissa une part pour son nouveau compagnon d'’esclavage , qui n'osa pas y toucher, car la faim la plus dévorante n'aurait pu le déterminer à quitter le coin noir où la frayeur le tenait blotti. Le lendemain , il avait un peu moins peur, et il se détermina à manger la portion , que la lionne lui laissa comme la veille; huit jours après, il mangeait avec elle , et huit jours après, il se jettait sur le diner , et ne permettait à la lionne d'en avoir sa part, que lorsqu'il avait pris la sienne. Si Constantine approchait, le roquet entrait en fureur, et purement par caprice , lui sautait à la figure, et la mordait de toute sa force.

Quand l'automne fut venue avec ses journées froides et humides , le roquet,

pour être plus chaudement, jugea à propos de passer la nuit entre les cuisses de la lionne , et elle s’y prêta de fort bonne grâce. Pour récompense, dans ses accès de fureur, il se jeta un jour sur elle, et lui mordit la queue avec tant de rage et de méchanceté, qu'il parvint à la lui couper à moitié, et à l'estropier pour toute sa vie. Au bout de quelques années, le chien mourut, moitié de vieillesse , moitié d’un accès de colère , et la pauvre Constantine ne put jamais s'en consoler. On lui donna plusieurs autres chiens qu’elle étrangla ; enfin elle laissa la vie à l’un deux, mais jamais elle ne lui montra ni affection ni complaisance, et elle mourut bientôt après, consumée d'ennui, de tristesse el

de regrets.

L FÉREE 2 Hs Fr

—— ÈS SRE

pr ENFANTS 41 L'OURS.

( Planche V , fig. 1. )

L'Oars est non-seulement sauvage , mais solitaire; il fuit par instinct toute société, il s'éloigne des lieux où les hommes ont accès, il ne se trouve à son aise que dans les endroits qui appartiennent encore à la vieille nature : une caverne antique dans des rochers inaccessibles ; une grotie formée par le temps dansle tronc d’un vieux arbre, au milieu d'une épaisse forêt , lui servent de domicile ; il s'y retire seul , y passe une partie de l'hiver sans provisions , sans en sorlir pendant plusieurs semaines. Cependant il n'est point engourdi ni privé de sentiment, comme le loir et la marmotte, mais comme il est naturellement gras , et qu'il l’est excessivement sur la fin de l’automne , temps auquel il se recèle, cette

abondance de graisse lui fait supporter l’abstinence , et il ne sort de sa bauge que wrsqu'il est affamé.

Les mâles des ours bruns dévorent les oursons nouveaux-nés , mais les femelles semblent les aimer jusqu'à la fureur ; elles sont lorsqu'elles ont mis bas , plus féroces , plus dansereuses que les mâles ; elles combattent et s'exposent à tout pour sauver leurs petits. Elle en a le plus grand soin , elle leur prépare un lit de mousse et d'herbes dans le fond de sa caverne , et les allaite jusqu'à ce qu'ils puissent sortir avec elle. Le mâle et la femelle n'habitent point ensemble, ils ont chacun leur retraite séparée et même fort éloignée; lorsqu'ils ne peuvent trouver une grotte pour se gîter , ils cassent et ramassent du bois pour se faire une loge qu'ils recouvrent d'herbes et’de feuilles , au point de la rendre impénétrable à l’eau.

L'ours est très-susceptible de colère , et sa colère tient toujours de la fureur et souvent du caprice ; quoiqu'il paraisse doux pour son maître , et même obéissant lors-

DES ENFANTS. 45 qu'il est apprivoisé , il faut toujours s’en défier et le traiter avec circonspection.

On lui apprend à se tenir de bout , à gesticulier , à danser ; il semble même écouter le son des instruments , et suivre grossièrement [a mesure; mais pour lui donner cette espèce d'éducation , il faut le prendre jeune et le contraindre pendant toute sa vie ; l'ours qui a de l’âge ne s’apprivoise ni ne se contraint plus. Îl est naturellement intrépide, ou tout au moins indifférent au danger. L’ours sauvage ne se détourne pas de son chemin et ne fuit pas à l'aspect de l'homme ; cependant lorsqu'on l'offense , ou lorsqu'on l’irrite sa colèreest extraordinaire. Malheur au chasseur imprudent qui l'attaque sans être sûr de lui donner la mort du premier coup !

Car alors il est terrible.Sans hésiter, il court sur son agresseur ; mugissant de fureur , l'œil en feu, la gueule béante , dressé sur ses pieds de derrière il s’élance , l’écrase de son poids , le saisit dans ses bras puissants, l'étouffe ou lui brise le crâne avec ses formidables machoires.

Dans les contrées du nord où cet animal est très commun on le chasse pour sa graisse et sa peau. Car de toutes les fourrures grossières, la peau de l'ours est celle qui à le plus de prix.

On connaît trois espèces d'ours. L'’ours brun ou roux est carnassier et féroce. On le trouve dans tous les climats de l’ancien continent. L’ours noir , qui est le plus grand de tous, n'est que farouche et refuse de manger de la chair. L’ours blanc qui habite les bords de la mer glacial. Il se nourrit habituellement de poisson, cependant il est d’une grande férocité.

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