Hein
LE COMTE
» Demandez à M. de Sainte- Agathe qui connaît mes plus secrètes actions et mes plus secrètes pensées.
LE MARQUIS
i> Je vous en fais bien mon compliment! mais votre innocence doit être comme celle d'Oreste, mon bon ami : elle doit commencer à vous peser? Je l'espère, du moins.
LE COMTE baissant les yeux-
» Je l'avoue.
LE MARQUIS
)> A la bonne heure.
44 LE PETÏF-FILS
LE COMTE
» Oserais-je vous demander si ma future est brune?
LE MARQUIS
Ah ! ah ! cela vous intéresse !
LE COMTE
» Il est permis, il est même recommandé de chercher dans une épouse un peu de ces attraits périssables qui prêtent une grâce de plus à la vertu. C'est du moins l'avis de M. de Sainte-Agathe.
LE MARQUIS
* C'est juste : il y a longtemps que nous n'en avions parlé. Dites-moi, cousin, est-ce aussi M. de Sainte - Agathe qui vous habille?
LE COMTE
» Pourquoi .
DE PIGAULT-LEBRUX. 45
LE MARQUIS
» C'est que vous avez l'air d'un donneur d'eau bénite. &
A cette merveilleuse épigramme, empruntée aux romans du grand-père, les bravos redoublent.
Le catholicisme sensuel qui précède le trait final amuse au delà de toute expression l'amphithéâtre et les loges. On s'extasie devant le langage stupidement béat du comte, langage qui montre avec quel talent précieux de vérité l'auteur sait peindre les vrais croyants. La scène est d'une loyauté parfaite, et d'Auberive a beau jeu pour le sarcasme.
Il ne faudra pas être surpris, si les cla-
(*) Acte I, pages 22 et 23.
4fi LE PETIT- FIL?
queurs, un de ces soirs, escaladant l'orchestre des musiciens, viennent saisir, dans un transport d'enthousiasme, ce malheureux Samson pour le porter en triomphe.
Ce sera justice.
xvm
Je dois ici, tout en remerciant M. Àugier de sa bonne foi dans la critique, lui reprocher d'avoir, sous un autre point de vue, la conscience un peu large
Il s'agit d'un plagiat dont il s'est rendu coupable.
Évidemment les droits d'un auteur sont imprescriptibles : il peut, si cela lui convient, déployer d'un bout d'une comédie à l'autre de la platitude ou de la verve ; il est libre de faire étinceler chaque scène de bons mots comme celui du donneur d'eau bénite, ou de
DE P1GAULT-LEBRI">*. 4 "
ne semer dans ses dialogues que des plaisanteries grossières. Je vais plus loin : il lui est permis, en cas de disette personnelle, d'emprunter l'esprit des autres, pourvu qu'il cache habilement ses larcins, et que le propriétaire qu'il dévalise ne soit pas trop connu.
Mais s'il prend pour victime un homme sur lequel tout le monde a les yeux, et s'il fouille dans la poche de cet homme en présence de la foule qui regarde, c'est faire preuve de beaucoup d'imprudence ou de beaucoup d'aplomb.
J'ouvre le théâtre de Beaumarchais, et j'y trouve ceci :
brid'oison.
« J'ai vu ce ga... arçon-là quelque part.