‹ Le petit Jehan de SaintréChapitre 104 sur 135 · CHAPITRE LXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIL

Comment le roi parle à Saintré, et des dons qu il luy st. et à sa compaignie.

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L'ACTEUR. — End die qu'ilz s'abilloient, fous qu avez OU le roy, qui aymoit tant Saintré, . dist : Saintré 71

la yre de nostre Seigneur, ne la craignez vous pas, qui nous deffend telles vaines choses ; et s'il vous en a par tant de fois enrichy, de tant luy en estes vous plus tenu, et vous vous devez garder de plus le offendre, se vous estes bon chrestien ; ores que ceste chose est si publiée que ne se peult retourner, pour ceste fois je m'en contente, et vous deffends que n'y retournez plus. Ah ! sire, dist il, me soit pardonné, s'il vous plaist. Ores [pour l'instant}, dist le roy, je le vous pardonne de tres bon cueur ; où entendez vous faire vos armes ? Sire, nous entendons les signifier à la court de l’empereur, et se là ne trouvons qui nous vueille delivrer, nous les signifierons à la cour du roy d’'Engleterre, esperant que en l’ung de ces deux ne faillerons mye. Or bien, dist le roy, quelz habillemens ? quel nombre de gens ? ferez vous tous une bourse, ou comment ? Et quant le roy eut sceu la responce de tout, il luy dist : Je vous donray quatre mille escuz, et à chascun de voz compaignons mille et cinq cens. Et la royne luy en donna mille et cinq cens, une piece de veloux cramoysy, taint en poupre, et cent mars de vaiselle d'argent ; et à chascun des aultres, six cens escuz; aux chevaliers à chascun, une piece de veloux gris; et aux escuyers, une piece de damas aussi gris. Messeigneurs les ducz chascun, mille et cinq cens escuz et quarante mars de vaisselle, et aux aultres six cens escuz. Et ne tarda guieres que leur partement fut ; et quant le jour fut venu, ils vindrent fous ensemble prendre congié du roy, de ia royne, de messeigneurs et de mes dames, dont les beaulx parlers qu'ilz leur dirent, et de leurs biens remercier, je me passe, pour venir aux secrets pleurs et plains, et tres angoisseux souspirs que le tres douloureux cueur de ma dame faisoit du partement de son amy, dont plus que oncques mais, son partement lui deplaisoit, et toutesfois se failloit il departir. Et à tant laissera y à parler du congié ge u’ilz ont prins, et de leur voyage, où ilz vont en la court de l'empereur ; et diray du dueil que ma dame maine, et d'un aultre nouvel party. :

g DU TRES GRANT DUEIL DE MA DAME, ET DE SON PFARTEMENT DE LA COURT,

L’ACTEUR, — Ma dame, qui est ainsi demourée seulle d’amy, ne voit bahours [divertissements guerriers], ne joustes, dances, +oupnaim nl chasses, ne aultres deduits où son cueur peust prendre plaisir ; |

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ANTHOINE DE LA | SALE et quant elle voit les dame F per à per deviser ensemble, lors

renouvellent toutes douleurs en son cueur. Et, en ceste

langoureuse vie, fust ahurtée Lémue] tellement qu'elle en laissoïit le boire et le manger pour jeusner, et le dormir pour le veiller ; et tellement que peu à peu sa tres vive face collorée s’est changiée en tres palle coulleur, dont chascun s'esmerveilloit, La royne, qui la veoit mal disposée, pale et pensive, plusieurs fois luy demande qu'elle à. Ma dame, dist elle, ce n'est riens ; vous scavez qu'entre nous femmes, sommes malades quant il nous plaist. Mais à bon escient dites nous, Belle Cousine, que vous avez et où ce mal vous tient, et se nous vous y pourrions ayder, car vous, devez estre certaine

que de tres bon cueur nous y emploierons. À ! ma tres doulce

dame, humblement je vous remercie. Et sur ce, finirent leurs

parolles ; mais la royne, qui bien l’aymoiït, n'oublia pas

mander à son medicin, maistre Hues de Fisol, tres

suffisant medicin et philosophe, qui, de par la royne, | se informa de son mal, et luy ordonna qu'elle gardast son

estat, et que le matin la viendroit veoir; et ainsi fut. Le. matin que maïistre Hues eut tout bien veu son faict, trouva son corps sain et nect de douleur de teste, de fiebvres et de tous aultres maulx, fors que en son cueur avoit douleur enclouse ; que, se briefvement n’y estoit pourveu, sans remede en danpier de mort estoit ; car, par celle estroicte douleur, en

r" elle se mouroïent tous les esperits naturelz, respondans à son, cueur, et que ja presque tous estoient oppillez [comprimés]"?5 12

toutesfois, au mieulx qu'il peut, il la reconforta, puis luy dist : Ma due au regart de vostre corps, je le treuve tres bien disposé ; mais vostre cueur ne l'est mye, qui a en soy aulcune grant douleur secrete, que, se pourveu n’y est briefvement, vous tomberez en une grant langueur tres forte à guerir ; et pour ce, ma dame, ostez de vous ceste douleur, et je penseray du surplus.

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