CHAPITRE XXXIHII
Comment Saintré entra pompeusement dedans les lices, avecques mainte belle compaignie de princes et chevalliers qui le CRCAAOSRE et de l'ordre qui y fut.
L’ACTEUR SUR LA VENUE DE SAINTRÉ SUR LES LICES. — Quant le xve jour apres sa venue fut venu, le jour ordonné de commencer leurs armes, auquel jour tous furent habillez et appareilliez ; à ce dit jour, sur l'eure de dix heures au matin le roy, comme saige et tres honnourable prince, pour honnourer les estrangers, envoya à Sainiré, pour laccom-
paigner,de conte de Cardonne, don Fedrich de Lune, messire Arnault de Parreilles et messire Francoys de Moncade, quatre moult nobles seigneurs et chevaliers de la court, tres bien accompaigniez, pour l’honnourer et aller sur les rens; et ce ordonné, le roy se part, et s’en va sur son hourt, qui à lung
des costez des lices estoit, tres richement tapissié de tous costez, et avecques luy les princes, seigneurs et plusieurs aultres chevaliers et escuyers de son conseil. Et à sa senestre main, la royne en son hourt, accompaignée de plusieurs princesses, dames et damoïselles de sa court, du roiaulme, illecques venues pour ces armes veoir. Et quant le roy et la royne furent tous en leurs hours reposez, lors par l’ordonnance du roy, les roys d'armes et heraulx porterent aux deux parties le commandement de faire leurs devoirs. Alors Saintré, qui ja estoit en point comme le commenceur et entrepreneur de l'emprinse, monta à cheval avec toute sa compaignie, et partit par la maniere que s'ensuyt :
Et premier de son logis partirent ses tambourins à cheval, avecques tous les aultres qui estoient venus le convoyer et accompaigner, deux à deux.
Apres les tambourins venoient Ses trois sommiers, qui portoient les coffres de son harnoïs, tous couvers de tapis a ses armes faictz de broderie, Chascun conduict à main par ses varletz ; et apres eux venoient à pié les deux armuriers,
Apres les armuriers venoient tous les poursuyvans, cottes d'armes vestues de costé, deux à deux. |
Et apres les poursuivans venoient les menestricrs de Saintré,
Et apres les menestriers de Saïintré venoïent les menestriers du roy et les trompettes d'Aragon.
Apres les trompettes d'Araÿon venoient les neraulx d'Aragon.
Apres les heraulx d'Aragon venoient les heraulx françoys. |
Apres les heraulx francois venoient les deux roys d'armes d'Aragon et d'Anjou, trestous portant les cottes d'armes vestues de leurs seigneurs ; et ceulx de France, celle de Saïintré moult richement brodée,
Apres les rois d'armes, ses quatre trompettes et clairons, et apres eulx les chevaliers et escuyers, qui sur leurs cuysses portoient xij grosses lances ; dont les six estoient du tout armées et vestues de drap d'argent à ses couleurs, fourrées de martres, et les aultres six tres richement peintes en semblable facon.
Apres les douze lances venoit sur ung tres bel coursier ledit don Bernard de Cardonne, qui sur sa cuysse portoit une lance, où estoit un gonfanon d'ung tres fin veloux cramoisy,
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ANTHOINE DE LA SALE
endossé d’hermines et brodé d'une tres riche frange d'or; et à chascun des letz du gsonffanon estoient de tres riches brodures, les quatre blasons des quatre principalles lignées de Saintré.
Apres le $sonffanon venoit don Federich de Lune, sur son tres puissant coursier, qui tenoit ung tronson de lance, vestu et fourré comme les six lances armées, sur lequel estoit son heaulme, qui au dessus avoit une grant fleur de chardon à quatre grans feuilles d'or, qui toutes couvroient le chief du heaulme ; et au pié de la fleur pendoit une longue touaille de Plaisance [pièce d’étoffe] vollant, moult richement frangée de fil d'or et de grosses perles, et le surplus semée de lectres d'or. branlans. |
Apres le heaulme venoit Saintré sur ung tres bel et fringant destrier, qui en Son chief portoit ung champfrain d'acier à trois $rans plumes en facon d'austrusse, et à ses trois couleurs tres richement brodées; luy et son destrier houssez d'ung satin cramoysy tout semé à cueur d’harmines et bordé de grans franges d'argent capponnées | alternées d'argent et de soie] de soye à ses trois couleurs ; sur son chief un tres bel et frisque [coquet]| chappel de plumes, et luy armé de ses avant bras, harnoys de jambes et souleretz [armure des pieds], sans plus ; et en sa main droicte sa baniere, là où estoit nostre Dame et son enffant, de laquelle de pas à pas il se seignoit [signait|].
Apres Saintré venoient messire Francois de Moncade et
messire Arnault de Pareiïlles, chascun son tres bel coursier
per à per [sur le même rang]; et apres eulx tous les aultres chevaliers et escuyers à $rant nombre, qui par l'ordonnance du roy l’accompaignoient. Et, atout celle ordonnance et tres bel compaignie, vint descendre en sa grant loge, toute bien tendue, que le roy aux entrées hors des lices pour chascun avoit fait faire, et illecques descendit, et avec luy ses quatre seigneurs conseilliers, et des siens ceulx qu'il avoit ordonnez.
Et sy venoient, apres ledit Saintré et devant lesdictz seigaeurs, ses quatre paigses montez sur quatre coursiers couvers de paremens qu'ilz avoient, et les paises habilliez ainsi qu'ilz estoient à l'issue et au departement de Paris, comme cy devant est dit.