CHAPITRE XVIII
Comment ke petit Saintré se mist à genoulx devant ma darme, et la remercya ; puis comment le roy et la royne luy donnerent argent pour soy advencer ; et puis comment enfin ma dame luy dist qu'elle vouloit qu'il eust ung bracellet esmaillé à sa devise le premier jour de may, et le portast ung an entier pour $ esprouver encontre ne Les chevalier au faict des armes.
L'acteur, — Et quant ma dame eut ses parolles finées, Jehan de Saintré se mist à genoulx, et lors humblementla remercia, et dist : Ma tres redoubtée dame, celle qui me peut. plus commander que tout le surplus du monde, si tres hum.
biement que jé scay et puis, vous remercie. Alors elle, pour
l'heure tarde [tardive] le baisa, et puis luy dist : Allez vous en, je say bien que voulez dire, et laissez le surplus fairea
moy.
tarda guerres que les aultres chevaliers etescuyers Y vindrent ; et lorsque le roy va à la messe et vit Saintré si bien et si
gentement habillé, dist « au sire d'Ivry : Je seray bien trompé :
se Saintré n'est nne fois bon homme ; mais dont Iuy vient ce dont il est si bien habillé ? Sire, dist le seigneur Ivry, j entendu que ma dame sa mere le pour voit ainsi, et. croy At
L'ACTEUR. — Le roy se teust à ceste fois, et pensa en luy mesme que il luy vouloit aider ; et quant il fut revenu en sa chambre, manda querir son trésorier, et ordonna que Saintré eut cinq cens escuz. Et quant la royne le scéust luy en fist
donner troïs cens ét mne pièce de damas, Et fust Saintré tellement en la grace du roy et de la royne, qu'il n’y avoit | nul escuyer qui y fust tant; et fout ce par le bon conseil de ma dame, qui par l'espace de sept ans l’avoit aymé, Et quant
il fut en l’aage de vingt à vingt et ung ans, auquel temps le
L'ACTEUR. — Lendemain, aussi tost que le jour apparüt, 2e … Saintré se leva; et apres la messe dicte, au plus tost qu'il av peut, s'en va le premier à la chambre de parement. Et ne
M und ‘que c'est du vouloir de son pere, qui luy en donne l'honneur.
roy luy fist beaucoup de bien; des aultres fois que ma dame ‘
voult parler à luy je m'en passe, car trop seroit long à reciter.
L’ACTEUR ENCORES, — Et quant Saintré fut en l’aage que j'ay dit, ma dame, à qui tous ses esperitz tendoient de le faire
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homme de bien et renommé, se appensa que vrayement il avoit cueur et corps assez pour faire parler de luy., Et quant i1z furent A apres leurs amoureuses devises [proposl, à chiere tres le, ma dame luy dist : Mon vray amy, mon se cueur et ma tres joyeuse pensée, puis que à Dieu plaist que ve: estes tant en grace de monseigneur le roy et de ma dame la royne, et aussi de tout le surplus, je me suis appensée que vous estes desoremais assez homme pour faire en armes quelque bien; affin qu'il soit, en ce royaulme et dehors, quelques nouvelles de vous ; et, pour ce faire, à ce prochain et premier jour de may, je vueil que pour l'amour de moy vous portez un bracelet d'or esmaillé à noz devises, brodé de =#07r six bons diamans, de six bons rubis et de six bonnes et € grosses perles, de quatre à cinq caras, qui sont cy dedans * enveloppées en une boursette qui est en ce saichet, auquel sont encore deux mil escuz pour vous mectre en point ; et 2 qivyp du surplus de vostre despence d’aller, demourer et retourner, FE ne vous esmayez ; car je trouveray assez facon que monseigneur, ma dame et messeigneurs mes beaulx oncles d'Anjou, de Berry et de Bourgongne, et autres seigneurs de nostre sang, chacun vous aydera ; et se ores ne le faisoient, mon seul amy, ne vous souciez tant que dix mille escuz pourront durer.
L’acrTEeur, — Et quant Saintré entend les tres grans biens,
les honneurs et la grant amour que ma dame luy porte, comme ravy de joye a perdu le parler : toutes fois à genoulx se mist, et tout le mieuix qu'il peut la remercia. Ma dame,
qui congneut la facon de son parler, luy dist : Mon amy, je, qui vous ay sur tous autres pour moy servir choysi, vous prie encores que ne vous souciez fors que d'estre lie et joyeulx, et par tout faire bonne chiere ; d'or et d'argent et de bagues, pour vous mectre bien en point à ce vostre commen cement, je vous fourniray assez, Et quant vostre bräcelet sera parfaict, la nuict de ce premier jour de may, qui sera briefvement, vous venrez ici à moy, et je le mectray en vostre bras la premiere fois ; et le jour ensuivant vous le porterez par l’espace d'ung an, se en celui temps, vous n'avez trouvé jé aucun chevalier ou escuyer de nom et d'armes, sans ae D à reprouche, qui, pour acomplir vostre emprise, à cheval ou à b pié, le vous ait osté, par convenant [convention] de he Île vous rendre jusqu'à ce que par les armes à pié, qu'il fexa à vous, à s’il a du meilleur, il le ait gaingné, lesquelles armes seront : © &®mke
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ANTHOINE DE LA SALE
et premier de course de cheval, l'ung contre l’aultre, en haut nois et selles de guerre, tant que l'ung ait premier bien
‘rompu lances ; c'est à scavoir demi pié au dessoubz de/la.
douille de fer, et un pié au devant de la rondelle [partie{de la lance de tournoi]. Et tout à cheval, present le jugefiuy donra ung diamant lye [d’une belle eaul, encore! du prix de __ trois cens escuz ou au dessuz, pour donner à sa tres belle nübdame ; et le jour ensuivant, et Dieu ait garde”vostre corps de desloyal exoyne [accident]! ou autrement le huitiesme jour (or fs à l'heure ordonnée par le juge, tous deux combactrez à pié l'ung contre l’autre, de deux haches d'armes tant seullement; \.rSatlesquelles vous delivrerez tant que l’ung ou l'autre soit porté par terre, ou des deux mains perdu son baston [arme]. Etse au departir de ceste arme vostre compaigsnon est le meilleur, je vueil et ordonne que, là present, luy donnez vostre dit bracelet ; et se Dieu vous donne le meilleur, il sera quicte pour vous rendre sa hache, 1à present, et puis pour tout le jour son harnois, quant il sera desarmé.
LA DAME. —-- Car, mon amy, vous estes jeune d'aage, et si n'estes pas des plus grans, ne puissans de corps ; mais pour ce ne devez nuls doubter ; car souvent est advenu que le plus foible a desconfit le plus fort; et en bataille, le moins de nombre assez tost desconfit le plus grant, quant i1z sont bien avecques Dieu ; car à ce mestier les $ens combatent, et Dieu donne la victoire à qui luy plaist. Et pour ce, vous, de tout vostre cuer, requerez le conseil, la force, l’ayde de Dieu; si ne pourrez mal finer, Et se fortune vous estoit contraire, ce que j'espere en Dieu que non, ne vous en souciez, car ja pour ce mon bon vouloir ne changera vers vous, ains vous en aymeray trop mieulx ; car selon les droitz d’honneurs et d'armes, vous en serez plus à priser, et pour ce ne pouvez que bien faire, quelque chose que vous faciez ; mais que Dieu garde vostre corps d'exoine, comme il fera, se de bôn cueur à lui vous recommandez, et auroye plus chier que eussiez affaire à ung homme renommé qu'a un£g jeune comme vous ; et pour ceste cause, ains qu'ilz vous voient, je loue et vueil, que avant vostre partement [départ] ung mois, vous L envoyez encores ung ro Ou herault à la court premier du roy d'Arragon, puis à celle du roy de Navarre, qui sont des Espaignes les premiers, puis à celle du roy de Castille, et puis du roy de Portingal [Portugal], qui sont quatre rois
chretiens, presenter les lectres de voz armes [défis]; se vraye-