‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 5 sur 104 · L'ARBRE DE LA BANQUE · texte numérisé non relu

L'ARBRE DE LA BANQUE

Je ne passe jamais dans cette partie de la rue des Bons-Enfants qui longe les bâtiments de la Banque de France, sans jeter un regard de commisération sur le feuillage d*un arbre qui apparaît au-dessus d'un des murs du célèbre enclos.

Planté dans une étroite cour triangulaire, où il semble que le soleil ne pénètre jamais, entre de hautes constructions, cet arbre solitaire semble imprégné de tristesse.

Que fait-il là? Qui Ta planté? Qui est-ce qui l'entretient? Comment a-t-il poussé au bruit des écus?

Être « l'arbre de la Banque », c'est peut-être

une belle position, un titre envié; mais il est loin

de s'en montrer lier. Son feuillage est sombre; ses branches, en s'inclinant, semblent se conformer à sa triste pensée.

A quelque heure du jour qu'il m'arrive de passer dans la rue des Bons-Enfants, je n'ai jamais vu se poser un seul oiseau sur l'arbre de la Banque. Quelle fatalité y a-t-il là? Ordinairement un arbre est la gaieté de son quartier; celui-ci est la mélancolie du sien.

On dirait qu'il s'afflige d'avoir à passer sa vie dans ce royaume de papier et de métal, au milieu d'employés affairés ou courbés sur des registres. Sa poésie d'arbre en murmure. Aucun de ces hommes d'argent est-il capable de le comprendre?

Plaignez l'arbre de la Banque.

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