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i^a.it l'inquiétude. 11 n'y a pas eu de scènes ^ adieux, ni de mouchoirs agités.
-^ cet endroit, le fleuve est très-large ; il était sillonné de trains de bois que le pilote sut éviter â^vec beaucoup d'adresse. Peu à peu, le caractère ^ paysage, assez ordinaire jusque-là, se trans- ^^iTaa, et nous vîmes apparaître au lointain quel- Q^es-uns des principaux édifices de Paris, etpar- *^^culièrement à notre gauche le Panthéon, cou- ^^rinant la colline de Sainte-Geneviève. L'effet ^*^ est très-beau à cette distance.
En quelques minutes, le bateau à vapeur at- '-^^griit aux bâtiments de la gare d'Orléans et pï'esque aussitôt au pont d'Austerlitz. A partir ^^ Cette station, nous entrons résolument dans 1^ ville. Nous longeons le Jardin des plantes; — ^^ prêtant bien l'oreille, peut-être entendrait-on les rugissements des lions
Et les renâclements sourds des fauves onagres,
^^^me dit Villiers de l'IIe-Adam.
^e Jardin des plantes est — avec le bois de ^^logne — un des amours favoris du Parisien. ^ cela, je le comprends tout à fait. Le Jardin ^^ plantes, si superbe qu'il soit, si correctement ^^siné, si rempJi de la noblesse de M. de Buffon, ^^pendant la majesté familière; il est demeuré, ^Igré tout et plus que tout autre, un jardin ^ï> enfant. A qui le doit-il? A la plupart de ses
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animaux, et principalement à ses ours si populaires, à ses singes effrontés, à ses éléphants malicieux, à ses oiseaux piaillards, à tout ce personnel gai, original, sociable, de bonne humeur, et qui n'a pas eu de peine à devenir lui-même parisien.
Au quai de la Toumelle, le pittoresque commence à s*accuser d'une façon magistrale.
Le gigantesque et merveilleux chevet de Notre- Dame, étendant ses pinces à droite et à gauche, barre et remplit tout Thorizon. Cest un tableau sublime, qui vaut tous les points de vue célébrés, par la peinture, — et dont l'aspect saisissant n'a. cependant été bien rendu que dans une eau-forte, d'ailleurs très-haut cotée, de Méry on, ce graveur étrange, mort fou vers le milieu de ce siècle.
A droite, nous longeons le parapet de l'île Saint- Louis, bordée de plusieurs bateaux de blanchisseuses. — Inutile de dire que quelques brocards sont échangés entre les susdites blanchisseuses, armées de leurs battoirs traditionnels, et quelques-uns des passagers, armés de leurs langues parisiennes, combat égal où les tropes croisés dans Tair feraient tressaillir d'aise Vadé et Alfred Delvau. — Les hautes maisons de l'île Saint-Louis ont des côtés tranquilles qui font songer à la province aisée, la province assise au bord du Rhône ou de la Saône. De beaux vieillards en robe de chambre et en cheveux blancs se montrent à des balcons; on devine qu'ils avaient tout ;
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^ l'heure entre les mains un volume d'Horace ou <ie Voltaire.
Voltaire! En quelques enjambées, le bateau à vapeur nous remet son souvenir sous les yeux ■en faisant se dresser la belle église de Saint- Oervais, si inconnue, celle-là, des Parisiens! — <3.uand la dégagera-t-on des masures qui Tob- "Struent et qui en masquent les curieux détails? — Voltaire, ce Parisien qui a habité successivement tous les quartiers de Paris, a vécu pendant ■quelque temps à Tombre de Saint-Gervais, où je vous recommande d'aller voir un admirable Christ du sculpteur Préault.
Nous abordons au quai de la Grève, à côté des ruines de Thôtel de ville. Au centre de Paris! Un centre où, malheureusement, on a trop décapité, roué, écartelé. Les historiens appellent cela les étapes de la civilisation. La Brinvilliers, Damiens, Favras! autant de souvenirs à faire détourner la tête. Aussi, je la détourne; — mais le bateau à vapeur, sans pitié , se dirige vers le palais de justice et vers la Conciergerie, où Ton se heurte à d'autres souvenirs non moins lugubres. Cette île de la Cité est la terre du drame par excellence.
Le passage sous le Pont-Neuf ne manque pas
de grandeur; c'est encore un maître pont que
celui-là! On ne peut se lasser d'en admirer les
piles puissantes et les bizarres mascarons.
Changement de décor ! L'atmosphère des palais
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succédant à Tatmosphère des prisons ! Les spleadeurs visibles du Louvre faisant face aux splerx^ deurs soupçonnées de la Monnaie! Des arbre* .égayant la dignité de la pierre! Des bains, mai sons flottantes! Une écluse à côté d'un café concert ! Saint-Germain TAuxerrois entrevi — A ce point du voyage, Paris est magnifique regardé de bas en haut.
On n*a pas établi de station devant Tlnstitul c'est dommage. Il eût été amusant d'entendir — e ces mots : Messieurs les passagers pour Vlnstitu^^!
La station est plus loin, près du pont d^s Saints-Pères. J'aperçois au-dessus des parapets les têtes des bouquinistes — en bordure; — il j^ en a comme cela jusqu'au Pont-Royal. Machinalement, je fais un mouvement pour aller les rejoindre, mais une oscillation du bateau qui se remet en marche me rejette sur mon banc. Allons, je n'ai pas le pied marin !
Rien d'éblouissant comme le trajet du Pont- Royal au pont de la Concorde. A droite, la terrasse blanche des Tuileries et ses arbres élégamment alignés; à gauche le quai d'Orsay et ses villas délicieuses, somptueuses, fleuries. Au fond, l'amphithéâtre de Passy. Pour moi, c'est la note dominante de la traversée; je ne verrai rien de plus beau.
Après un temps d'arrêt- au bas de la place de la Concorde, — masquée absolument par l'élévation des parapets, — nous nous remettons en
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roiite. Le cours la Reine a pris la suite de la terrasse des Tuileries. Cela commence à sentir la campagne ; cela la sentira tout à fait lorsque nous aurons dépassé Thôtel des Invalides, dont le casque doré étincelle au soleil, et le gigantesque palais du Trocadéro.
Une île étroite, escarpée et sans bords comme l*île inventée par Boileau, s^rattache au pontjde G-renelle. Ensuite, voici Taqueduc triomphal du f*oint-du-Jour, que l'antiquité eût admiré, et q.ue les hommes du temps présent se contentent de regarder d'un air distrait.
Là est le terme de notre voyage.
Lin voyage, j'ai bien dit. Cen est un, en effet, le plus intéressant, le plus varié qui se puisse iiïiaginer.
Il a en outre cet avantage d'être à la portée de tout le monde, — puisqu'il ne coûte que trois sous.
Et dire qu'il y a des Parisiens ayant fait le tour du monde, et qui ne se sont jamais avisés d'aller de Paris à Paris.