‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 53 sur 104 · HOMMES POLITIQ.UES · texte numérisé non relu

HOMMES POLITIQ.UES

Les acteurs qui ont joué un rôle dans la poli — tique sont plus nombreux qu'on ne croit.

Ils ne datent guère, par exemple, que de la fin^ du dernier siècle. On comprend qu'avant cette '^ époque ils n'avaient pas grand'chose à faire dans ce sens, — le For-l'Evêque étant là pour réprimer leurs moindres écarts.

L'explosion de 1789 les émancipa. Au lendemain de la prise de la Bastille, un acteur directeur des Délassements-Comiques, Aristide Valcour (qui devait entrer plus tard à la Comédie Française), déchira la gaze derrière laquelle une ordonnance de police l*obligeait à jouer, et s'écria :

— Vive la liberté!

Ce fut le signal. Désormais les acteurs de tous les théâtres de Paris ne parurent plus en scène qu'avec la cocarde à l'oreille.

Bientôt les rôles de leur répertoire ne leur suffirent plus; ils en abordèrent de nouveaux. La

LES ACTEURS HOMMES POLITIQUES. l65

geirde nationale organisée, Larive et Brizard furent nommés chefs de bataillon. Naudet dev-int président de district.

Ils ne faisaient que leur devoir. Il faut les en lo\xer hautement.

JVLalheureusement, ce zèle gagna les petits, les bouffons.

XJn arlequin des Variétés-Amusantes, Bordier, ^près s'être essayé avec succès aux harangues politiques dans le jardin du Palais-Royal, eut *^ malencontreuse idée d'aller révolutionner la Pï^ovince.

C'était trop tôt; on le pendit à Rouen.

Il mourut bravement.

Cependant le grand drame marchait. Parmi les acteurs qui y prirent une part plus ou moins active, nommons Dugazon, le spirituel valet qui ^^ voulait pas de maître hors du théâtre, Du- S^zon, souple et hardi, toujours prêt à déchaîner ^"^ à calmer, avec quelques paroles, les fureurs ^"U parterre.

Dans les dernières années du xviii® siècle, ugazon avait préludé par calotter quelques- ^^Hs des amants de sa femme, des grands scieurs. Ce n'était pas l'usage alors. Bien qu'il «vécût plus avec elle, il trouva bon d'aller la ^ Couver, un soir qu'elle tisonnait avec un ga- ^^nt.

— Madame, lui dit-il, souhaitez le bonsoir à "^Vl. le comte; je reste ici aujourd'hui.

l66 LE PETIT PARIS.

Plus tard, Dugazon fut, avec Talma, un de ceux qui prêtèrent des petits écus au lieutenant d'artillerie Bonaparte, et qui allaient avéclui, bras dessus bras dessous, au bal du Sauvage.

Il jouait avec sa carte de jacobin à la boutonnière.

Un jour, accueilli à son entrée en scène par un coup de sifflet, il jeta sa perruque à terre et prononça fièrement ces paroles :

— Est-ce à Tacteur ou au citoyen que s'adresse cette insulte ?

Après le 9 thermidor, la réaction ne lui épargna pas les avanies. Il tint bravement tête à Torage, çt finit par avoir raison de ses ennemis.

Je citerai ensuite parmi les autres acteurs politiques :

Trial, un chanteur d'ariettes, qui devint l'ami de Robespierre, son compagnon de tous les jours, son garde du corps ;

Dorfeuille et Grammont, deux confidents de tragédie;

Fusil, un comique qui ne faisait pas toujours rire.

Mais celui qui les domine tous par la place considérable qu'il occupa, c'est Collot d'Herbois. Auteur dramatique d'un vrai talent, orateur entraînant et pittoresque (les mots les plus caractéristiques de la Révolution ont été faits par lui), Collot d'Herbois n'a pas été suffisamment étudié, à mon sens. Rien n'est moins prouvé

Page 1