LES ACTEURS HOMMES POLITIQUES
pier fantastique. Mais ce n'est que comme un éclair, et presque aussitôt Bocage rentre dans l'ombre... c'est-à-dire à FOdéon.
De loin en loin, madame George Sand donna satisfaction à son vieil ami en lui faisant jouer un rôle selon ses instincts, tantôt le père Rémy dans ClaudiCy un moissonneur enthousiaste conyne un l:ribun, — tantôt un Molière prophète, disant au prince de Condé :
ce Prince, souvenez-vous de ce qu'écrivait sous
la Fronde un libelliste d'une farouche éloquence.
Cet homme était payé par vous pour ébranler le
"trône au profit des grands, et cependant de ses
entrailles populaires s'échappait ce cri que vous
n'avez pu retenir : — Les grands ne sont grands
que parce que nous les portons sur nos épaules ;
nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher la
terre! »
A quoi le prince de Condé répondait sur le ïtiême ton :
a Voulez-vous dire que Téquilibre se fera par les gens du peuple? Je vous répondrai que si tous les monarques ne sont pas Louis XIV, tous les plébéiens ne sont pas Molière, et que nous ne prétendons pas soutenir une seconde fois le contrepoids de la démagogie. Non, morbleu! non... et nous avons à jamais brisé, sur les sceaux de la rébellion, la surprenante effigie de la République!» Ah! comme ce mot de république sonnait délicieusement aux oreilles de Bocage î
Un autre acteur moderne en qui Ton a pu surprendre, — à l'état intermittent, — des velléités politiques, c'est Frédérick-Lemaître.
Lui seul aurait pu dire jusqu'à quel point il avait voulu représenter Louis-Philippe dans le général mexicain de Vautrin.
En 1848, quelques groupes du monde dramatique proposèrent Frederick pour la députation. Ce projet n'eut pas de suite.
Comme Bocage, il aimait à s'échapper en petits speechs politiques. On se souvient de sa harangue aux siffleurs le soir de la première représentation de TragaldahaSy et du mot qui la teirmina : — Vive la république !