‹ Le petit Paris: tableaux et figures de ce tempsChapitre 77 sur 104 · ■», ■!■ II.-.M · texte numérisé non relu

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pête, agitant les bras, adressant des regards suppliants à ses fidèles.

Vains efforts! Il fallut renoncer à l'audition de Monsieur et Madame Durand.

Cependant, Benassit et moi, nous avions remarqué un individu aux allures discrètes, même timides, et qui paraissait profondément étonné de ce qui se passait autour de lui.

Nul ne le connaissait, et il semblait ne connaître personne.

Nous en conclûmes que c'était un de ces délégués mystérieux que la préfecture de police envoyait quelquefois dans les réunions dépassant soixante ou quatre-vingts personnes.

Benassit et moi, nous résolûmes de nous amuser de cet individu. Nous nous concertâmes pour nous trouver à côté de lui à un moment donné. Alors je prononçai à voix basse cette phrase d'Homodei dans Angelo, tyran de Padoue :

— L'homme qui dort est un chat qui guette...

Œil fermé, oreille ouverte.

Il tressaillit.

De son côté, Benassit, posant la main sur son épaule, lui tenait ce langage :

— Vous ne vous appelez pas Rodolfo. Vous ^ous appelez Ezzelino da Romana. Vous êtes d'une ancienne famille qui a régné à Padoue, et qui en est bannie depuis deux cents ans. Vous errez de ville en ville sous un faux nom, vous

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hasardant quelquefois dans l'Etat de Venise...

On imagine reflFarement du pauvre diable. Il nous demanda ce que nous lui voulions.

Nous n'avions qu'un but : lui faire avouer qu'il était un mouchard.

Il se fit d'abord un peu prier; ce que voyant,^ nous procédâmes à la façon des recruteurs dan^s» les opéras-comiques, — c'est-à-dire nous l'obli — geâmes à boire à tire-larigot.

Ce moyen, aussi vieux que le monde, réussi"t toujours, même sans musique.

Lorsque nous lui eûmes versé chopes sur pintes, nous revînmes à la charge :

— Allons, lui dis-je, ne fais pas de manières, et avoue.

— Que j'avoue, quoi?

— Que tu es le mouchard.

— Eh bien!... vous m'avez l'air de bons enfants.

— Parbleu!

— Promettez-moi de me garder le secret.

— Pourquoi faire?

— Au fait, je m'en moque... mais c'est une précaution...

— Qui nous offense, honnête agent! s'écria Benassit.

— Excusez-moi, messieurs.

— Encore un verre de bière, Fouché !

— Vous êtes bien bons.

— Et puis un autre, Vidocq !

UNE SOIRÉE CHEZ COURBET. ai 5

— Oh! oh! Vidocq... c'était un homme bien remarquable.

— Tu Tas connu?

— J'ai son portrait chez moi.

Nous présentâmes le mouchard à toute la société. Il eut beaucoup de succès.

Néanmoins, comme on se lasse de tout, on finit par se lasser du mouchard — qui avait l'ivresse monotone, — et on l'engagea à aller se coucher. Je crois même qu'on Vy exhorta en le poussant un peu par les épaules.

Il se laissa faire plus docilement qu'on ne s'y serait attendu.

La fête continua jusqu'au jour.

BENASSIT

Le peintre Benassit est une de ces physionomies parisiennes qui attendent — leur peintre.

Mais le modèle est tellement original, tellement individuel, tellement personnel, que les peintres — hommes de pinceau ou hommes de plume — regardent à deux fois, et même à vingt fois avant de s'en emparer.

Il leur glisserait dans les mains — en les blessant.

Carjat s'y est hasardé une fois, et ses jolis vers octosyllabiques sont encore ce que nous avons de mieux sur le narquois Benassit.

Narquois, il l'est en effet, il Test avec délices et avec succès. Ses mots sont célèbres. Il les sème tranquillement, les dents serrées, avec un accent demi-anglais, demi-bordelais, un bon petit sourire aux lèvres. Il attend pour les dire — ou plutôt pour les décocher — qu'il y ait quatre ou cinq auditeurs assez intelligents pour les retenir et les propager.

BENASSIT. *iI7

— Monsieur, après vous le Journal amusant!

clit-il à un grave personnage, avocat ou avoué, qui vient de poser sa serviette sur la table d'un crafé.

Vous voyez d'ici la face furibonde du person-

age.

Benassit est sans pitié.

Un de nos pauvres camarades, brisé, éteint, <3ussant, arrive dans un bureau de journal, se ^tte sur un fauteuil et nous dit :

— Ah! décidément, je le sens bien, je m'en ais de la poitrine.

— A quelle heure partez-vous ? lui demande enassit.

Benassit avait eu le tort d'admettre dans une îmi-intimité un monsieur quelconque.

On lui apprit que ce monsieur avait eu des déêlés assez nombreux avec la justice.

— Oh ! dit Benassit.

Et il n'hésita pas à fermer sa porte au quidam. Mais celui-ci se regimba. Un jour, rencontrant

enassit sur le boulevard, il lui demanda assez vement pourquoi il ne l'avait pas invité à une ^tite fête que lui Benassit, avait donnée récem- ^^^^ent dans son atelier.

— Impossible, mon cher! lui répondit Benassit

^"vec son flegme accoutumé; c était un sergent

ville qui tenait le piano.

ai 8 LE PETIT PARIS.

Benassit — dans les loisirs que lui laissent le aquarelles charmantes dont il est trop avare — s'essaye à la littérature et même à la poésie, s'est pris corps à corps avec La Fontaine, do^ il a refait la plupart des fables. C'est à ne plm^ s'y reconnaître : la Cigale y mange la Fouran l'Agneau y dévore le Loup, le Bœuf s'efforce devenir aussi petit que la Grenouille, le Renar< emprunte une échelle pour déguster les raisins trop verts, les Animaux malades de la peste se rendent chez le docteur Piogey, le Renard et le Corbeau s'entendent pour faire un macaroni d^ leur fromage, FOurs et l'Amateur de jardinsachètent des terrains à Passy, la Chatte métamorphosée en femme s'en va demander un engagement aux Variétés, le Lièvre prie Brébant de lui accommoder la Tortue en potage, le Coq et la Perle vendent des manuscrits i Hachette, l'Ane portant des reliques devieiï chef de division dans un ministère, le Gef fait des dettes chez le tailleur du Paon, | Montagne en mal d'enfant est condam] pour infanticide, le Charretier embourbé traduit devant la Société de protection vers les animaux, le Serpent conduit la chez le dentiste en réclamant des dommj intérêts, le Rat de ville et le Rat des chf se font fourrer au corps de garde pour tf nocturne, le Lion amoureux gante soixatf demi... 1

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il faut voir comme Benassit est heureux idement heureux — de toutes ces invenlà!

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